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lui, comme une épine au flanc, un homme du caractère de Geoffroy Ridel, rengagea à conserver pour quelque temps encore cette haute dignité.
Il s’éleva en même temps une cause de discorde plus grave encore. L’archevêque avait reçu du roi , et Fitz- Stephens (i) le constate très nettement, la permission de réclamer les biens de l’Eglise de Cantorbéry qui avaient été aliénés par ses prédécesseurs ou qui étaient possédés par des laïques. Le sentiment du devoir lui fit entreprendre cette campagne, qui en elle-même n’avait rien d’attrayant; car, dans le serment de son sacre , il avait juré de défendre les propriétés de son Eglise, qui, il le savait bien, étaient inaliénables. Quand l’injustice était notoire, il reprenait possession des biens usurpés (*) sans procédure ni sentence judiciaire, n reprit ainsi un fief chargé d’une redevance féodale de sept soldats, dont William de Ros s’était emparé à la mort de l’archevêque Théobald. L’évidence du droit était telle , que cette décision fut toujours respectée.
Citons encore un exemple (1 * 3) : le comte de Clare était allié aux plus nobles familles d’Angleterre ; l’archevêque réclamait son hommage , en vertu de la seigneurie de Tunbridge, dont le territoire à une lieue à la ronde se nommait la banlieue. Le comte offrit de rendre hommage, mais à condition qu’il ne serait pas question de la
(1) Fitz-St., I, p. 208.
(S) Herb., I, p. 8S.
(3) Herb., I, p. 86; Fitz-St., I, p. 208. Diceto, p. 536, donne la date du 22 juillet 1163, postérieure au concile de Tours.
S. THOMAS DE CANTORBÉRY
cause pour laquelle il était dû; l’archevêque refusa. Il adressa aussi des réclamations non-seulement à Saltwood et à Hethe (1), mais à la châtellenie de Rochester, et produisit l’acte d’octroi de Guillaume le Conquérant. Quelques-unes des parties intéressées s’offensèrent de ces procédés, passèrent la mer, et allèrent se plaindre au roi de l’archevêque, mais sans aucune violence ; on sentait que saint Thomas était toujours l’ami du roi, et on le regardait comme trop puissant à la cour pour pouvoir être attaqué ou offensé impunément.
L’entrevue du roi et de l’archevêque prouva que la sagesse des courtisans ne s’était pas trompée. Quelques jours avant Noël de l’année 1262, celle du sacre de l’archevêque , le roi quitta ses possessions continentales et aborda à Southampton. Le prince Henri, son fils, et saint Thomas vinrent l’y trouver.
L’accueil que reçut l’archevêque rappela tout entière l’ancienne affection qui avait existé entre eux. Le prince et saint Thomas entrèrent ensemble dans la chambre où était le roi ; Henri embrassa le saint avec sa cordialité accoutumée, et, dans sa joie de revoir son ancien ami, il semblait presque oublier son fils. Rappelons-nous que si la vie nouvelle et vraiment édifiante de notre saint donnait au roi quelques inquiétudes, et on ne peut en douter, elle fut aussi cause que le public applaudit à son élévation, et par conséquent au choix du roi, et la vanité d’Henri en était flattée.
(1) Gerv., p. 1384.
GILBERT FOLIOT.
Le premier jour, après une courte entrevue, l’archevêque laissa le roi, qui était très fatigué de son voyage ; mais le lendemain ils partirent pour Londres, firent la route à cheval côte à côte , absorbés dans une causerie intime. Saint Thomas passa à Londres les fêtes de Noël, n’ayant pas le temps de retourner dans sa ville épiscopale pour la fête ; et il célébra la sainte messe à Saint-Paul , car il n’y avait pas d’évêque à Londres à cette époque.
Un des premiers actes qui s’accomplirent dans l’Eglise d’Angleterre après le retour du roi fut la translation de Gilbert Foliot au siège vacant. Sur la demande du chapitre de Londres , dont le chroniqueur Ralph de Diceto était alors chanoine, le pape donna son assentiment; sa lettre est datée de Paris du 49 mars (*). Le mandat apostolique fut chaudement appuyé par une lettre du roi, par une autre lettre très affectueuse et très pressante de saint Thomas , et Gilbert fut intronisé dans la cathédrale de Saint-Paul le 28 avril 1163. Peu de jours après, il quittait l’Angleterre à la suite de son métropolitain, et se rendait au concile que le pape avait convoqué à Tours pour le 19 mai.
Gilbert jouera un rôle important dans notre histoire, et maintenant que nous le voyons promu à une dignité qui devait être le point culminant de sa carrière ecclésiastique, profitons-en pour dire sur la vie qu’il avait menée jusqu’alors quelques mots tirés de ses propres écrits. On y verra qu’il était bien naturel que saint Tho-
(t) Gilb. Fol , I, p. 191, 192 et 194; Diceto, p. 584.
S. THOMAS OH CAKTOBBÊBT.
mas se félicitât comme il le fait (i), du voisinage du nouvel évêque de Londres, et l’espérance qu’il eut de trouver en lui un puissant champion de la cause de l’Eglise s’y trouve parfaitement justifiée.
On dit généralement que Gilbert Foliot était un moine de Cîteaux; en réalité, il appartenait à l’ordre- de Cluny. Sa première dignité dans l’ordre ecclésiastique (*) fut celle de prieur de cette maison célèbre, dans laquelle il avait fait profession. Il fut fait ensuite prieur d’Abbeville. Il suivit (*) l’abbé de Cluny, en il 39, au second concile général de Latran, qui fut présidé par le pape Innocent n. L’archevêque Théobald y assistait aussi. La même année, il fut fait abbé de la vaste maison de bénédictins de Saint-Pierre à Gloucester. Il avait alors une position très importante, et sa correspondance prouve qu’il en avait parfaitement la conscience. Parmi les lettres qu’il écrivit quand il était évêque de Gloucester, nous en avons une (0 adressée au pape Célestin n pour recommander Nigel, évêque d’Ely; une autre au pape Lucius II pour Jocelin, évêque élu de Sarum ; une troisième au pape Eugène DI en faveur de Roger de Pont-l’Evêque, qui cependant était clerc à la cour de l’archevêque Tbéobald; dans une quatrième, il écrit à ce dernier pour l’évêque de Lincoln ; une cinquième est une requête au pape pour
(1) Gilb. Fol., I, p. 152.
(2) Id., I, p. 866.
(3) Id., I, p. 100.
(A) Id., I, p. 11, 22, 80 (répété à la p. 124), 87, 58 et 6», 57, 74 et 89.
GILBERT FOLIOT.
qu’il ordonne à l’évêque de Salisbury de bénir l’abbé de Cemely. Pâr une sixième, il recommande au pape Eugène l’abbaye de Malmesbury; dans une autre adressée à l’évêque de Llandafif, il se félicite du succès de sa médiation ; il écrit de nouveau au pape pour l’évêque élu d’Arras. Dans une autre occasion (t), il parle de plusieurs affaires importantes que le pape lui avait confiées. Il écrit dans les mêmes termes (2) à l’impératrice Mathilde et à l’archevêque Théobald. Dans toute cette correspondance ses principes sont rigoureusement ceux d’un ecclésiastique. Les cas (3) dans lesquels il réclame l’exercice du glaive spirituel sont trop nombreux pour être cités. Il maintient (<■) intacts tous les privilèges du pape; il exalte (») le saint-siège. Les lignes qui suivent («) sont tirées d’une lettre à l’impératrice Mathilde, et sa correspondance est pleine de phrases semblables : « Que votre sérénité ne soit pas troublée si nous obéissons au mandat apostolique. Nous sommes prêt à nous soumettre en tout à yos ordres, quand nous le pouvons et que nous le devons. Mais dans une circonstance où l’autorité de l’Eglise est attaquée, nous sommes pleinement excusé, puisqu’on exige de nous ce qui est contraire à nos devoirs. » C’était un homme d’une haute capacité, comme
(1) Gilb. Fol., I, p. 91.
(2) Id., I, p. 69 et 86.
(3) Id., I, p. 6, 11, 15, 26, 50, 54, 57, 62, 84, (5.
(4) Id., I, p. 29, 32, 33 et 63.
(5) Id., I, p. 47 et 85.
(6) Id., I, p. 69, 63 et 71.
S. THOMAS DE CANTORBÉRY
, le montre sa correspondance, et sa grande réputation d’austérité personnelle et de sainteté vint en aide à ses talents et à son éminente position.
Un tel homme était fait pour l’épiscopat. Il fut consacré (U évêque d’Hereford le 5 septembre 4147, à Saint- Omer, par Théobald; l’archevêque était alors exilé par le roi Etienne pour avoir assisté au concile de Reims en dépit des défenses royales. Nous avons la lettre (*) de remercîments qu’il écrivit au pape Eugène lors de son sacre. Auparavant (3) le pape l’avait fait vicaire ou administrateur de l’église d’Hereford, et il y avait donné un exemple d’antique énergie en la mettant en interdit à cause de l’obstination du comte d’Hereford. Sa correspondance à cette occasion porte le même caractère que ses actes antérieurs. Voici comment il écrit au pape (*) : « Nous savons, très cher frère en Jésus-Christ, nous savons que c’est une apostasie de ne pas obéir aux commandements apostoliques; que c’est vraiment une sorte de sacrilège de s’opposer à votre volonté. Loin de nous, fidèles , loin de nous , catholiques , loin de moi une telle pensée ; de moi surtout qui suis votre fils, uni à vous par tant de liens, subjugué par les bienfaits que j’ai reçus de votre munificence. » Il écrit (») avec une grande hardiesse en faveur de la liberté et des privilèges de l’Eglise ; il
(1) Gerv., p. 1864.
(8) Gilb. Fol., I, p. 118.
(8) Id., I, p. 93.
(4) Id., I, p. 120, 168, 170 et 174.
(5) Id., I, p.lll, 112, 122 et 152.
GILBERT FOLIOT.
menace (U un official de l’excommunication pour le contraindre à assigner devant son tribunal le doyen d’Hereford. Deux fois (*) il exerce les pouvoirs de délégat du pape; la seconde fois, il était vicaire (3) du diocèse de Worcester. Un de ses derniers actes comme évêque d’Hereford est une pétition (*) dans laquelle il demande au saint-siège l’autorisation de transporterie corps d’Edouard le Confesseur à l'abbaye de Westminster.
Fitz-Stephens(s) croit que le but du roi en demandant au pape de placer Gilbert à Londres était de s’appuyer de ses conseils contre l’archevêque. Cette supposition ne parait pas probable, et c’est le rôle joué plus tard par Gilbert qui l’aura suggérée à l’historien. Il aurait fallu que le roi fût bien pénétrant pour prévoir alors que Gilbert serait avec lui dans la lutte qui-allait s’engager; les antécédents de l’évêque ne pouvaient pas le lui faire espérer, et dans la lettre qu’il lui adressa, il rappelle seulement « les excellents conseils qu’il en avait souvent reçus pour la dignité de sa propre personne, l’état de son royaume et les affaires publiques. » On voit aussi dans la lettre du pape Alexandre que le roi voulait le prendre pour confesseur; saint Thomas, dans une lettre pleine d’une chaleureuse affection, le presse (6) d’accepter cette
(1) Gilb. Fol., 1, p. 127.
(2) Id., I, p. 15* et 168. ’
(3) Id., I, p. 176.
(*) Id., I, p. 198.
(5) Fitz-St., I, p. 216.
(6) Ep. s. Th., I, p. 281.