THOMAS DE CANTOEBfiRY
Diceto rapporte (*) qu’accompagné de Richard, archidiacre de Poitiers, il traversa la Manche six fois en trois mois, chargé de différentes ambassades ayant toutes pour objet de présenter sous un jour favorable, au pape et aux cardinaux, la demande concernant les coutumes royales.
Pendant ce temps (2), Hilaire de Chichester, le comte de Vendôme, et Robert de Melun, évêque élu d’Hereford, avaient en vain discuté, à Lentham, avec saint Thomas. Philippe, abbé d’ Aumône (s), de l’ordre de Cîteaux, apporta des lettres qui donnèrent plus de poids à leurs conseils. Il Rassura qu’il venait de visiter le pape Alexandre III, qui recommandait à l’archevêque de céder pour l’amour de la paix. Voici ce que Roger de Pontigny (*) rapporte du contenu dé ces lettres apostoliques. Elles recom-
(1) Diceto, p. 536.
(2) Grim, I, p. 26; Rog. Pont., I, p. 120; Gerv., p. 1385.
(3) Grim, Rog. Pont., loc. cit. ; Guill. de Cant., II, p. 6.
« E uns abés i vint, ki dune uint d’ultre mer,
» Philippe de l’Aldmone : einsi Toi numer. »
(Garnier, fol. *18, 11.)
Eleemosyna, ou l’Aumosne, appelée quelquefois , suivant la Gallia christiana, « le petit Cîteaux, » était située « in silvâ Leoniâ, » maintenant forêt de Marché-Noir, dans le diocèse de Blois. Cette abbaye fut fondée vers 1121 par Thibaud, comte de Champagne. L’abbaye d’Aumône était mère de plusieurs abbayes, entre autres de Waverley et de Tintern.
Philippe, étant évêque de Tarente, tomba dans le schisme de l’antipape Anaclet; il fut suspendu, et devint, en 4139, moine de Clairvaux. Saint Bernard l’en fit prieur, et, en 1156, il devint abbé d’Aumône. Une charte de 1171, de Henri, archevêque de Reims, parle de lui comme ayant résigné son abbaye pour retourner à Clairvaux.
(♦) Rog. Pont., I, p. 121.
LE CONCILE DE WESTMINSTER
mandaient, dit-il, une grande modération et une grande soumission au roi; elles rappelaient gue l'Eglise était en péril à cause des malheurs de son chef, et que la prudence devait détourner de l'Angleterre une semblable affliction. L'abbé fit observer que le pape était dès lors responsable de tout; il apportait aussi des lettres des cardinaux ; « le roi, écrivaient-ils, nous assure qu'il ne demande la soumission de l'archevêque que pour garder aux yeux de son royaume sa royale dignité, et non pour en tirer avantage aux dépens de l'Eglise. » Le saint, qui était alors à Harrow, se laissa persuader par cette assurance, et, se rendant à Woodstock (i), où était le roi, il promit de renoncer à la clause qui l'avait tant offensé.
Le roi (8) fut un peu calmé par cette promesse absolue, et montra plus de bienveillance à notre saint, bien qu'il ne le traitât pas comme autrefois. Il dit que, puisque l'acte d'opposition avait été public, il voulait que l'obligation d'observer les coutumes sans restriction fut aussi contractée dans une assemblée publique des évêques et des pairs; et dans cette pensée, il convoqua le parlement ou concile de Clarendon, qui donna son nom aux coutumes ou constitutions contestées.
(1) Rog. Pont., I, p. 120; Herbert (I, p. 118) dit Oxford.
(2) Herb., loc. cit.