CHAPITRE XX
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Ce fut en Tannée H 64, et le jour de la fête de saint André, que commença pour saint Thomas la vie de Texil. Il avait choisi pour sa résidence le monastère de Pontigny (i) à cause des ressources qu'il offrait, pensant que son séjour et celui de sa suite dans cette abbaye ne pouvaient être à charge, et parce qu'il connaissait la grande réputation d'hospitalité si bien méritée par les bons religieux de Cîteaux. Ils furent la bonté même pour
(1) « Pontigny est situé, dit M. Froude (p. 100, note), dans une vallée ouverte et fertile , à environ treize milles d’Auxerre, sur la route de Troyes. La chapelle, qui par ses proportions ressemble plutôt à une cathédrale, a survécu à la révolution ; elle ne paraît pas avoir subi de changement un peu important depuis la première moitié du xne siècle. Elle doit être exactement dans le même état qu’à l’époque où saint Thomas résidait à Pontigny. 11 ne reste des autres bâtiments que les celliers et le réfectoire; ces constructions sont de la même époque que la chapelle. Les celliers n’ont pas changé de destination ; le réfectoire a été converti en grenier à grain et à fourrage. »
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ces pauvres exilés , leur procurant, nous dit un de ceux qui firent l'expérience de leur hospitalité, la viande et les autres choses nécessaires à leurs hôtes, que la sévérité de la règle leur interdisait de partager avec eux. Quand saint Thomas eut passé trois ou quatre jours dans ce monastère , il se rendit dans la salle du chapitre, et après avoir raconté aux religieux les affaires de son Eglise, il la recommanda à leurs prières, ainsi que lui-même. Il habitait avec ses compagnons une suite de cellules voi-' sines les unes des autres , et il était servi par un moine nommé Roger, qu'il ordonna prêtre et qui écrivit par la suite une très intéressante biographie du saint.
Le temps après lequel saint Thomas avait soupiré toute sa vie était enfin venu. Il disait souvent qu'étant lord grand chancelier d'Angleterre, il avait désiré mener une vie calme et retirée afin de pouvoir se livrer aux études sacrées. Devenu archevêque de Cantorbéry,il avait mieux senti encore le besoin de cette science, qu'il ne pouvait acquérir alors, n'ayant aucun moment de loisir à sa disposition. Il étudia le droit canon sous Lombard de Plaisance , afin de pouvoir défendre avec plus de succès la cause de l'Eglise ; mais il ne fut pas longtemps à reconnaître par lui-même ce que son bon ami Jean de Salisbury (i) lui écrivit par la suite : il comprit que de semblables études tendaient à diminuer le goût des choses spirituelles chez un homme dans sa position. Il fit alors une étude plus sérieuse de la grande science de la théo-
(1) Voyez la note F, à la fin du volume.
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logie dogmatique. Il reprit avec Herbert de Bosham la lecture des saintes Ecritures,, et cette étude avait uu tel charme pour lui, que sitôt après l’office qu’il chantait au chœur, il prenait un volume des saintes Ecritures. Le Psautier et le livre des Epîtres avaient sa préférence. Bien que ce genre de vie fût plein de consolation pour lui après les jours d’épreuve qu’il avait traversés, le saint eut pourtant à porter encore à Pontigny de bien lourdes croix; elles vinrent s’ajouter à la cruelle pensée du triste état de son épouse l’Eglise de Cantorbéry pendant ce temps de séparation.
Le pape avait envoyé au roi Henri un messager qui accompagna les évêques et les autres personnages à leur retour en Angleterre. Ceux-ci trouvèrent le roi à Marlborough le soir de Noël. Henri fut fort irrité de ce que le saint-père n’avait point accédé à sa demande de renvoyer saint Thomas en Angleterre pour y être jugé par des légats chargés de pleins pouvoirs ; et par un décret public (i) il confisqua tous les domaines de l’archevêque et de l’Eglise de Cantorbéry. Il condamna à l’exil tous les parents de saint Thomas, les gens de sa maison et même tous les parents de ceux qui l’avaient suivi. Notre Seigneur permit que ce décret fût rendu le jour de Noël, anniversaire de son entrée dans ce monde où il n’avait pas même un abri, afin de consoler ceux qui souffraient tant de rigueurs pour l’amour de lui. Le décret portait, en
(1) Herb., I, p. 196 et 217; Ep. s. Th., i, p. 7; h, p. 292; Ep. Gilb. Fol., il, p. 279; Phil. Leod., in Ànecd. bed., p. 256.
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outre, qu’il serait exigé de toute personne ainsi exilée le serment de se rendre à Pontigny près de saint Thomas, car le roi savait combien son cœur sensible serait blessé à la vue des souffrances infligées à cause de lui à ceux qui lui étaient chers. Ce décret était cruel, mais il fut rendu plus cruel encore par Renouf de Broc, ce vieil ennemi de saint Thomas , à qui l’exécution en fut confiée. Le lendemain matin , il se rendit à Lambeth , accompagné des huissiers et des officiaux, et là il exigea de tous ceux qui avaient des relations avec le saint le serment de quitter l’Angleterre par le premier bon vent et de ne pas s’arrêter en route avant d’avoir fait voir à saint Thomas leur misérable état. Ceux qui lui avaient donné asile une seule nuit pendant son voyage , et même les parents de ses clercs, furent traités avec la même rigueur. Des femmes, des enfants délicats et en bas âge, ne furent point exceptés de cette mesure, de sorte que le nombre de ces infortunés ne montait pas à moins de quatre cents. Quelques-uns échappèrent à l’exil, mais leur condition en Angleterre n’en fut pas moins cruelle. Ils erraient en tous lieux, craignant d’être arrêtés; leurs amis mêmes redoutaient de les voir, car il était dangereux de leur parler, et Ton punissait ceux qui leur donnaient asile ou secours. Un prêtre, nommé Guillaume de Salisbury, resta six mois en prison au château de Corfe. Trois autres plus riches payèrent une rançon. Etienne d’Elvatoria et Alured de Wathemestede payèrent cent livres chacun, et Thurstan de Cromdon donna cent marcs, après avoir passé un jour entier à Londres dans une geôle immonde et
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parmi des malfaiteurs. Peu échappèrent aussi facilement que Guillaume Fitz-Stephens le biographe. Il fit une prière en vers qui était censée être adressée au Dieu tout-puissant par le roi;, et la présenta à Henri dans la chapelle de Bruhull; cette prière plut à Sa Majesté (i), etfcon auteur ne fut plus inquiété. Si l'évêque de Londres l'eût voulu, il eût pu secourir dans leur misère ceux des clercs de l'archevêque qui étaient privés de leurs revenus ecclésiastiques , car Henri avait remis ces revenus entre ses mains, et son official Robert Uscarl se moütea très empressé à en tirer le meilleur parti possible, bien que ce ne fût point pour l'avantage des légitimes propriétaires. Ce ne fut que quand le pape lui eut reproché d'être de connivence avec le roi pour commettre cette injustice, que l'évêque de Londres cessa de retenir ces bénéfices. Vers la fin de l'année, il les abandonna au trésor royal.
Saint Thomas fut aussi très affligé d'un décret du roiW qui défendait que son nom fût prononcé publiquement dans les prières de l'Eglise. Voici un curieux spécimen de la politique de Gilbert Foliot : lorsque le saint était en disgrâce,il retranchait son nom des prières; mais dès qu'il croyait à la possibilité d'une réconciliation, il l'y insérait de nouveau. De même, quelque temps après, quand le roi et son fils (ou, comme on l'appelait, le jeune roi) vivaient en bonne intelligence , il avait coutume de dire
(1) Fitz-St., p. 246; Ep. s. Th., n, p. 186 ; I, p. 175. (2 Id., p. 251; Herb., I, p. 198.
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dans ses prières : a pour nos rois; » mais si la discorde se mettait entre eux, il reprenait l’ancienne formule : « pour notre roi. »
Plusieurs de ceux qui furent si cruellement exilés, surtout les femmes, les enfants et les vieillards, pour qui le voyage était pénible , furent dégagés (*) par le pape du serment exigé d’eux d’aller retrouver saint Thomas, et restèrent en Flandre. Mais , comme ces exilés étaient en grand nombre , le noble cœur du saint était sans cesse affligé par l’arrivée à l’abbaye de Pontigny de ces malheureux, qui n’avaient offensé ni Dieu ni les hommes.
La nouvelle d’une telle persécution frappa d’étonnement l’Europe entière. Bientôt de riches et puissants personnages, bien qu’étrangers à notre saint, lui offrirent leur appui, et, comme on doit s’y attendre, la grande nation française se montra la première dans cette œuvre de charité.
Quelques personnes furent envoyées par l’archevêque dans des contrées éloignées, avec des lettres de recommandation pour de grands personnages laïques et ecclésiastiques , et les pauvres exilés sentirent bientôt que la chrétienté ne voulait pas ajouter une douleur de plus au chagrin d’avoir vu se rompre les liens qui les attachaient à leur famille et à leurs foyers.
Ces événements firent une grande impression sur saint Thomas. Nous avons déjà dit qu’il portait habituellement un cilice et qu’il recevait souvent la discipline en secret.
(1) Herb., I, p. 211.
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Il ajouta à ces rigueurs , par lesquelles il préparait son âme à recevoir les croix que Dieu lui destinait, des privations auxquelles il n’avait point été accoutumé. La circulation lente de son sang, qui l’obligeait à porter un si grand nombre de vêtements, le forçait aussi à prendre une nourriture substantielle , et, pour la même raison, l’usage des épices prises à forte dose (U, des clous de girofle et du gingembre, lui était absolument nécessaire. Le vin destiné à son usage était toujours de bonne qualité, mais il en buvait avec la plus grande modération. Bien que sa nourriture fut délicate, il avait toujours été sobre ; mais il ordonna alors au frère lai qui le servait de joindre la simple nourriture du couvent aux plats préparés pour lui, et pour cacher à ses compagnons qu’il ne mangeait que des légumes , il prenait ses repas seul. Après plusieurs jours de ce jeûne extraordinaire, sa santé déclina. Un jour qu’Herbert s’était rendu chez lui comme de coutume pour étudier les Ecritures , il le trouva sérieusement malade , et il le pria instamment de lui dire la cause de ses souffrances. Saint Thomas essaya de changer de conversation, mais il répondit enfin aux sollicitations de son ami, qu’il pensait, sans en être certain, que son mal venait du changement de son genre de vie. Il fut forcé à y renoncer, à reprendre son premier régime, et sa santé se rétablit bientôt. Le saint ne se contenta pas pourtant de la mortification imposée par l’assiduité de ses études et la simplicité de sa nouvelle demeure; la
(1) Garnier, fol. 45 b, 11; Herb., I, p. 21 4 ; Phil. Leod., p. 238.
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fraîcheur de l’eau qui coulait près du monastère devint pour lui un instrument de pénitence qui lui servit à vaincre et assujettir la nature.
Pendant son séjour à Pontigny (i), saint Thomas demanda au saint-père, qui était encore à Sens, de lui envoyer un habit de moine. Le pape en bénit un de drap grossier et épais, et l’envoya à l’archevêque, en lui faisant dire qu’il le lui donnait tel qu’il l’avait, et non peut-être tel qu’il l’aurait désiré. Il fut revêtu en particulier de cet habit par l’abbé de Pontigny. Alexandre Llewellen était présent, et,, voyant que le capuchon était d’une petitesse disproportionnée, il dit de son ton bref : « L’affaire est assez sérieuse ; mais je ne sais pas s’il est conforme à la règle. — Il est tout simple que Monseigneur le pape n’ait, pas proportionné le capuchon à la tète, dit en riant saint Thomas; il l’a fait avec intention, dans la crainte que vous ne vous moquiez encore de moi, comme vous fîtes l’autre jour. — Quand et comment me suis-je moqué de vous. Monseigneur? dit Llewellen. — Avant-hier, au moment où je m’habillais pour dire la messe; quand j’eus mis ma ceinture, vous me demandâtes ce qui se projetait ainsi en arrière. Maintenant je suppose que vous me traiteriez de bossu si mon capuchon était trop large. Ainsi, vous le voyez, le saint-père n’a fait que me protéger contre vos railleries. » Le fait est que le cilice que portait le saint depuis le cou jusqu’au genou était fort raide et fort épais, et qu’il le faisait paraître plus grand et plus gros qu’il
(i) Rog. Pont., p. 154; Alan, p. 364.
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n'était en effet, car bien qu'il eût le visage plein, il était réellement très mince. Pendant son séjour dans cette maison religieuse, le saint fit copier pour l'Eglise de Cantorbéry tous les meilleurs livres des bibliothèques françaises. Il étudia aussi avec beaucoup de soin les privilèges accordés par le saint-siège à différentes Eglises importantes, afin d'en obtenir le plus grand nombre possible pour la sienne propre.
Pendant ce temps, les parties engagées dans cette lutte s'envoyaient sans cesse des ambassadeurs. Le pape et saint Thomas semblèrent penser d'abord qu'il serait bon qu'un certain temps s'écoulât, afin de laisser s'apaiser la colère du roi ; mais enfin le pape, voyant que l'affaire ne s'améliorait pas, mit un grand poids dans la balance en nommant saint Thomas légat du saint-siège en Angleterre. Dans le cours de la seconde année de son séjour à Pontigny, le saint pensa que le temps était enfin venu d'exercer le pouvoir qui lui avait été conféré. 11 choisit pour porter ses lettres au roi (i) un abbé de l'ordre de Cîteaux, qui appartenait à une des maisons dépendant de Pontigny. Cet abbé se nommait Urbain, et ses manières douces et conciliantes le rendaient parfaitement propre à remplir cette mission. Le pape avait défendu à saint Thomas d’user de ses pouvoirs jusqu'à Pâques de l'année 1166, et dans l’intervalle, il avait écrit à Gilbert Foliot
(1) Herbert, I, p. 222. Le résultat de cette démarche, fut une plainte d’Henri à l’abbé de Cîteaux, conçue en ces termes: « Votre abbé de Criscamp nous a apporté une lettre de Thomas, autrefois notre chancelier, et nous l’a lue, etc. » (Ep. Gilb. Fol., n , p. 284.)
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pour le prier d’employer son influence à engager le roi à se repentir. L’entreprise avait été tout à fait infructueuse ; mais Gilbert avait mis en usage tous ses sophismes (i) pour présenter au pape la conduite d’Henri sous un jour favorable. La lettre (2) que saint Thomas envoya par Urbain était du style le plus doux et le plus conciliant. « Sire, la fille de Sion est retenue captive dans votre royaume. L’épouse du grand Roi est opprimée par ses ennemis, affligée par ceux qui doivent surtout l’honorer, et en particulier par vous. Oh! rappelez-vous les grandes choses que Dieu a faites en votre faveur. Délivrez-la, relevez-la, et écartez tout reproche de votre génération. » Cet extrait ^ donnera l’idée du style de la lettre, dont le porteur revint bientôt sans avoir pu ni émouvoir ni adoucir le roi.
Voici un extrait de la seconde lettre que le saint écrivit à Henri (3). Celle-ci, quoique toujours douce et modérée, était pourtant d’un style plus énergique : ce Je suis tourmenté au delà de toute mesure ; car le pouvoir spirituel m’a été donné par le même Dieu de qui vous tenez la souveraineté temporelle, et ma charge me contraint de tenir à Votre Majesté un langage que mon exil m’a empêché de lui adresser jusqu’ici. Il est de mon devoir de vous exhorter et même de vous avertir et de vous censurer, car vous avez fait des actes illégitimes, et je crains que mon silence ne mette mon âme en péril. »
(1) Ep. s. Th., il, p. 6 ; Ep. Gilb. Fol., I, p. 238 ; il, p. 92.
(2) Id., i, p. 363; Froude’s Remains, 2« partie, t. II, p. 139.
(3) Id., I, p. 369; Froude, p. 140.
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Cette lettre ayant été aussi inutile que la précédente, il en envoya une troisième d’un caractère plus solennel encore, par un messager dont la position ajoutait certainement à son importance. Un moine nommé Gérard avait mérité par ses austérités le surnom de Déchaussé. Il avait le don particulier de réconcilier ceux qui vivaient en mésintelligence, et se faisait surtout remarquer par une liberté de langage vraiment apostolique. Gérard ainsi qu’un autre religieux se chargèrent de la lettre de l’archevêque (U, dont voici un extrait : a Vous êtes mon seigneur suzerain, et » comme tel je vous dois mes conseils; vous êtes mon fils b dans le Saint-Esprit, et je suis obligé de vous châtier et b de vous corriger. . . Qu’il plaise donc à mon seigneur d’éb coûter les conseils de son sujet et les avertissements de* b son évêque. Qu’il se soumette à mes paternels châtib ments. Qu’il s’abstienne à l’avenir de toute communion b avec les schismatiques. Tout le monde sait avec quel b dévouement Votre Majesté reçut autrefois notre saintb père le pape, quel attachement vous avez témoigné au b siège de Rome, et quel respect, quelle déférence, vous b furent accordés en retour. Si vous connaissez le prix de b votre âme, cessez donc, mon seigneur, de priver ce b siège de ses droits légitimes. Souvenez-vous encore de b la promesse que vous fîtes à mon prédécesseur, lors de b votre couronnement, de cette promesse concernant les b droits et les libertés de l’Eglise d’Angleterre, que vous b déposâtes par écrit sur l’autel de Westminster. Qu’il
(1) Ep. s. Th., i, p. 365; Froude, p. 141.
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» vous plaise aussi de rendre au siège de Cantorbéry, du- » quel vous reçûtes votre consécration, le rang qu’il oc- » cupait au temps de vos prédécesseurs et des miens ; » toutes ses possessions, ses villages, ses châteaux, ses » fermes, tout ce qui a été pris par violence, soit à moi- » même , soit à ceux qui dépendent de moi , laïques ou » clercs. Et qu’il vous plaise aussi de nous permettre » de retourner en paix au libre accomplissement de nos » devoirs.
» S’il plaisait à Votre Majesté d’agir ainsi, vous me » trouveriez prêt à vous servir comme un bien-aimé sei- » gneur et roi, en tout ce dont je suis capable, avec toute » la fidélité et le dévouement possibles, sauf l’honneur de •a Dieu et de l’Eglise romaine, et sauf les droits de mon » ordre. Mais autrement, tenez pour certain que vous senti tirez la vengeance de Dieu. »
Une réponse sévère à cette lettre prouva à l’archevêque que le cœur du roi ne devait point se laisser attendrir. Ces trois extraits de lettres ont été cités comme une preuve importante des efforts zélés du saint pour rétablir la paix entre lui et le roi, avant d’en venir à des mesures plus énergiques. En outre, ils laisseront dans l’esprit du lecteur l’impression que produirait la lecture de toute la correspondance ; ils prouveront que l’archevêque n’eut jamais recours aux remèdes violents avant de s’être assuré de l’inutihté des efforts employés pour les éviter. Il sentait que le temps était venu où, en présence de l’Eglise et de la chrétienté, il ne pouvait garder un plus long silence sur les outrages faits à son siège. Le pouvoir
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des clefs était entre ses mains comme archevêque et comme légat, et il n'osait demeurer dans l'inaction. Combien ces pensées devaient le remplir d'émotion tandis qu'il priait, jeûnait et faisait pénitence pour obtenir la conversion du roi ! Combien son cœur devait brûler au dedans de lui alors qu'il prenait part (i) à la récolte des foins, des moissons et aux travaux extérieurs des simples frères de l'ordre de Cîteaux, car il devait sentir quelle obligation c était pour lui d'user légitimement des grands pouvoirs qui lui étaient confiés. Faut-il s'étonner que son cœur ait défailli et que dans son humilité il ait pensé (ainsi qu'on le rapporte) à remettre son siège en d'autres mains ? La consternation avec laquelle cette proposition fut accueillie par ceux qui souffraient comme lui pour la cause de l'Eglise, leur persuasion que ce serait déserter la cause de Dieu, le convainquirent que c'était une suggestion du tentateur et que ce n'était pas le moment de mêler des sentiments personnels à des actes qui devaient être accomplis en Dieu et pour Dieu.
(1) Gerv., p. 1400.