CHAPITRE XXII
SENS
Quand les exilés se trouvèrent réunis, après l’avertissement qui les avait décidés à quitter Pontigny, ils se demandèrent s’ils devaient partir immédiatement. Il semble que la gaieté n’ait point été bannie de leur discussion, car l’un d’eux fit rire les autres en disant qu’ils iraient où ils pourraient, ne pouvant aller où ils voulaient. Herbert rappela alors à saint Thomas son entrevue avec le roi Louis, les promesses et les offres que ce roi lui avait faites à Soissons, deux ans auparavant, et qu’il avait alors refusées. Le saint répondit : « 11 semblerait, mon frère, que vous cherchiez les plaisirs de la ville et de la cour d’un roi , ce qui serait bien peu conforme aux obligations que l’Evangile nous impose. » On lui persuada pourtant (puisqu’on ne leur laissait pas le choix) d’envoyer Herbert visiter une seconde fois le roi Louis , sa première entrevue ayant eu un grand succès. Le roi était en voyage quand Herbert le rejoignit, et le motif de la conduite de saint Thomas lui ayant été exposé, il s’éccia
S. THOMAS DE CANTORBÉRY
en présence des gens de sa suite : a O religion ! ô religion ! qu'es-tu devenue? Ceux que nous avions crus morts au monde craignent pourtant ses menaces, ils professent de mépriser les choses qui périssent , se détournent , pour l'amour d'elles , des œuvres de Dieu qu'ils avaient prises en main, et repoussent l'exilé de Dieu. » Se tournant alors vers Herbert, il dit : Saluez l'archevêque votre seigneur, et promettez-lui en mon nom que je ne l'abandonnerai point, bien que le monde et ceux qui sont morts au monde l'abandonnent. Qu'il nous dise quelle ville, quel château ou quel autre lieu de notre royaume il préfère habiter, et il le trouvera prêt à le recevoir. » La ville de Sens, que les exilés avaient visitée souvent lorsque le pape Alexandre y résidait , leur sembla réunir toutes les conditions désirables, et saint Thomas choisit pour cette raison l'abbaye royale de Sainte-Colombe , située à peu de distance de Sens, monastère fameux parce qu'il renfermait les reliques de la vierge qui lui a donné son nom. Il y vécut aux dépens du roi de France W, depuis le 11 novembre 1166, jour de saint Martin, jusqu'au moment où son exil fut échangé contre la palme du martyre.
Le pape Alexandre, voulant répondre au vœu du clergé et du peuple romain, était parti pour Rome après
(1) Gerv., p. 1401. Par une lettre datée de Montpellier, du 6 août 1165, le pape avait prié le roi Louis d’assigner à notre saint soit un évêché, soit une abbaye qui viendrait à vaquer en France. (Ep. Gilb. Fol., h, p. 114.) Le bruit se répandit qu’il avait été fait chancelier de France. (Ep. s. Th., il, p. 195.) Le pape blâma sévèrement la timidité de l’abbé de Pontigny et de l’ordre de Cîteaux. (Ep. s. Th., U. P- !!«•) *
SENS
Pâques de l’année 1165. Saint Thomas était alors à Pontigny depuis six mois. Sa Sainteté quitta Montpellier après l’Assomption, et fît son entrée à Rome le 23 novembre, au milieu de fêtes extraordinaires.' Elle n’y fut pas longtemps en paix, car dans le cours de l’année suivante, l’empereur schismatique Frédéric Barberousse assiégea la ville et entreprit de placer l’anti-pape sur le trône de saint Pierre. Le siège réussit, et le pape fut forcé de quitter Rome. Il se rendit sous l’habit d’un pèlerin à Gaëte , où son successeur actuel a lui-même cherché un refuge, et de là à Bénévent. Il ne revint à Rome qu’en l’année 1771 ; les peines de saint Thomas étaient alors terminées. Alan rapporte que lors du départ du pape, l’archevêque accompagna le saint-père jusqu’à Bourges ; ce biographe assure , et nous n’avons aucune raison de le croire inexact , que ce fut leur dernière entrevue sur la terre.
Ce ne fut pas seulement chez les moines hospitaliers de Pontigny que les exilés furent traités avec bonté. Guillaume, archevêque de Sens, le clergé et le peuple, les reçurent avec grande joie , et ils furent si bien accueillis dans leur nouvelle demeure, qu’Herbert, le seul des biographes de saint Thomas qui fût alors avec lui , écrit avec beaucoup de sentiment les louanges « de la douce France. » Qui peut dire quelles grâces elle a reçues et recevra encore à l’avenir du glorieux martyr, cette nation pleine de cœur qui fut si noblement sympathique à ses peines!
Le roi continuait à poursuivre son appel au saint-siège.
j. THOMAS DE CAHTOBBÊBY.
Il avait envoyé au pape Jean d’Oxford, qui s’était efforcé de convaincre le saint-père que son maître était innocent de toutes relations schismatiques avec l’empereur et ses adhérents. Il se justifia lui-même d’avoir accepté la charge de doyen de Salishury en dépit de la défense du pape, par la raison extraordinaire que le roi l’avait forcé d’accepter. Il résigna cependant cette charge entre les mains du pape, et le saint-père leva l’excommunication qui pesait sur lui, et lui conféra lui-mème la charge de doyen. Voyant le succès de ses propres affaires, il poursuivit avec l’apparence d’un grand succès celles de son maître. Le roi demandait qu’on désignât des légats pour entendre et juger l’affaire, et surtout que le cardinal Guillaume de Pavie fût du nombre.
Saint Thomas avait aussi ses messagers et ses représentants près du pape. Dans plusieurs de ses lettres, il dit au saint-père que le roi d’Angleterre a fait emprisonner un prêtre nommé Guillaume le Chapelain, dont lui-mème avait employé le frère en qualité de messager, et le saint en concluait que le roi était excommunié ipso facto. Il plaida aussi avec chaleur contre l’envoi de plusieurs légats, et surtout contre celui de Guillaume de Pavie. « Qu’il plaise, dit-il, à Votre Sainteté de ne pas mettre notre innocence en péril entre les mains de monseigneur Guillaume de Pavie, car nos persécuteurs se vantent de nous faire déposer par lui. Nous ignorons si de semblables pouvoirs doivent lui être conférés , mais nous savons qu’à moins d’y être forcé par vous-même,
nous ne voulons point d’autres juges que Votre Sainteté.
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A Dieu ne plaise que nous voyions se réaliser les assurances récemment données par un prêtre, par un clerc de notre seigneur et ami le cardinal : il a promis au roi d'Angleterre que son maître, en qualité de légat, terminerait tout selon les désirs du prince. Le frère du prêtre qui est en prison vous communiquera le reste. Qu'il plaise à Votre Sainteté d'avoir pitié d'eux, de nous-mème et de toute l'Eglise de Dieu !...» Des lettres du même genre (i) furent envoyées au cardinal Henfi de Pise, dont l'influence, on se le rappelle, avait fait accepter à saint Thomas le siège de Cantorbéry, et aux cardinaux Hyacinthe et Boso , qui s'étaient montrés ses amis dévoués au sacré collège.
Le 9 octobre de cette même année 1166, le pape, par des lettres d'Anagni (*), avait nommé saint Thomas légat de toute l'Angleterre, le diocèse d'Yorck seul excepté. Le saint envoya en Angleterre deux copies de ces lettres (3),
(1) Ep. s. Th., i, p. 10 et 113. Le pape ord^ina que le prêtre fût mis en liberté. (Ep. s. Th., il, p. 118.)
(2) La lettre du pape qui annonce cette nomination aux évêques anglais est datée de Latran, du 24 avril. (Ep. s. Th., il, p. 80.) L’éditeur de M. Froude (p. 190, note) en conclut que la lettre du pape à saint Thomas appartient à l’année 1165. Cela n’est pas possible. Le pape partit de Montpellier pour aller à Messine , vers le 15 août de cette année; au mois de novembre, il alla à Salerne et à Gaëte, et revint à Rome par la route d’Ostie ; il n’était donc pas à Anagni le 9 octobre. Pour expliquer ces contradictions, il faut se rappeler que saint Thomas fut nommé légat plusieurs fois ; Herbert dit positivement qu’il était légat à Vézelay, c’est-à-dire au mois de juin, tandis que le pape était à Annecy, d’où il partit pour Montpellier après le 29 de ce mois.
(3*) Ep. s. Th., I, p. 277 et 291.
S. THOMAS DE CANTORBÉRY
Tune aux évêques d’Hereford et de Worcester, qui s’étaient toujours montrés fidèles à leur devoir envers leur archevêque (il avait d’ailleurs sur eux des droits comme consécrateur ), et l’autre à l’évêque de Londres. Le saint leur ordonnait surtout de les communiquer à leurs collègues ses suffragants, ainsi qu’à l’évêque de Durham. La dernière de ces lettres fut remise à l’évêque de Londres, à l’autel de saint Paul, le jour de la fête, probablement le 25 janvier 1167. Elle produisit une grande impression sur l’évêque, qui écrivit au roi dans ces termes (*) : a La haute autorité qui s’oppose à nous et nous accable, nous force à recourir à Votre Majesté pour lui demander aide et appui. Nul appel ne peut suspendre un mandat apostolique qui n’admet d’autre alternative que d’obéir ou d’être coupable de désobéissance. Votre Altesse peut conjurer la disgrâce et l’anéantissement qui nous menacent, en nous accordant sa royale permission d’obéir au mandat apostolique et de payer le denier de saint Pierre, en restituant aux clercs par votre royale clémence ce qui leur est dû, et en ordonnant aux évêques d’en appeler au pape et aux légats que nous attendons, dans le cas où les lettres de l’archevêque contiendraient des choses contraires aux coutumes du pays. » Le pauvre Gilbert dut sentir amèrement alors combien il est dur de servir deux maîtres aussi différents qjie Dieu et Mammon. Il put bien écrire au pape W :
(1) Gilb. Fol., il, p. 7; Froude, p. 234
(2) Id., i, p.243.
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« Pour dire la vérité en peu de mots, tant que les choses seront en cet état entre monseigneur lè roi et Sa Seigneurie de Cantorbéry, il nous est impossible, à moi et aux autres évêques de ce royaume, d’obéir aux ordres de l’un et d’éviter la terrible colère de l’autre. »
Cependant les nouvelles de Rome n’étaient point favorables. Saint Thomas était à Sens depuis peu de temps quand revinrent les messagers qu’il avait envoyés pour s’opposer à l’appel que Jean d’Oxford avait fait au nom du roi. Ils rapportèrent la nouvelle que celui-ci avait été absous et réintégré dans sa charge de doyen de Salisbury, et qu’il avait réussi à obtenir du pape l’envoi des légats et la nomination des cardinaux Guillaume de Pavie, prêtre de Saint-Pierre-ès-liens, et Othon, diacre de l’église de Saint-Nicolas dans la prison Tullienne. Tout ceci fut décidé vers la fin de l’année. Il n’était point facile à saint Thomas de connaître positivement les pouvoirs conférés aux légats. Dans la lettre (t) que lui écrivit le saint-père pour lui faire part de cette décision, il parle de la paix qu’il espère voir se rétablir entre lui et le roi ; il lui ordonne de tout faire en faveur de la paix, « sauf votre honneur et celui de l’Eglise. » Cette phrase était répétée deux fois dans la lettre. Il lui conseille aussi de se fier à Guillaume de Pavie, qui lui a promis solennellement de faire tous ses efforts pour rétablir la paix. Le pape, dans sa lettre (2) aux évêques, parle plus claire-
(1) Ep. s. Th., il, p. 15.
(2) Id., 11, p. 77; Latran, 1®* déc.
S. THOMAS DE CANTORBÊBY.
ment des pouvoirs des légats ; il les désigne comme personnes de latere nostro, munies de pleins pouvoirs pour entendre cette cause et telles autres qu’ils jugeraient nécessaires, et pour les terminer canoniquement d’après l’inspiration du Seigneur. Il leur donna aussi le pouvoir d’absoudre in extremis ceux qui auraient été excommuniés par saint Thomas, sous le serment conditionnel exigé d’habitude de se soumettre au jugement du pape en cas de guérison. Le pape dit de même, dans sa lettre au roi (i), qu’il les a envoyés munis de pleins pouvoirs et qu’il leur a conféré tous ses droits avec cette plénitude que l’Eglise romaine a coutume d’accorder. 'Saint Thomas avait-il connaissance de ces lettres? On peut d’autant mieux en douter que la dernière recommande au roi de garder le secret. Mais Jean d’Oxford se vanta si hautement, à son retour, de son succès, que le saint et ses amis craignirent que le saint-père n’eût consenti à des mesures qui auraient pu amener la perte de la liberté de l’Eglise.
Nous devons à la plume même de saint Thomas le récit suivant (*) du retour de Jean d’Oxford en Angleterre. Les faits contenus dans ces lignes lui furent racontés par le chapelain de l’évêqué d’Hereford, chanoine régulier et personnage digne de foi. L’évêque l’avait envoyé à l’archevêque pour s’excuser de ne point comparaître en personne lors de la fête de la Purification, malgré les trois
(1) Ep. s. Th.,' il, p. 117.
(8) Id ,l, p. 814; Froude, p. 840.
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sommations du saint, a Jean d'Oxford, en débarquant, trouva notre frère l'évêque d'Hereford qui attendait un vent favorable pour passer la mer ; il se cachait , car les officiers du roi l'auraient empêché de faire la traversée. En l'apercevant, il lui défendit d'aller plus loin, d'abord au nom du roi, puis au nom de Sa Sainteté le pàpe. L'évêque demanda alors, comme me l'a assuré le messager qui vint ensuite pour excuser l'absence de Sa Seigneurie,
« s'il avait des pouvoirs pour cela; » Jean assura qu'il en avait et que le pape lai défendait, ainsi qu'aux autres évêques, de se rendre à nos sommations et de nous obéir en quoi que ce soit jusqu'à l'arrivée du légat à latere du pape que le roi avait demandé et obtenu. Ce légat venait, dit-il, avec de pleins pouvoirs pour terminer l'affaire pour laquelle ils avaient appelé, la cause principale et tous ses incidents. L'évêque insista pour voir les lettres ; mais Jean dit qu'il les avait envoyées à Winchester avec ses bagages, à environ douze milles de Southampton. Après avoir réfléchi , l'évêque renvoya à Winchester maître Edouard, son clerc, à la véracité de qui j'ai confiance; et il examina les lettres en compagnie de l'évêqup de Londres, qui attendait aussi pour traverser la mer. Quand l'évêque de Londres les vit , il s'écria, comme s'il ne pouvait se contenir : a Alors Thomas ne sera plus mon archevêque. » Jean d'Oxford ajouta que sa propre personne était privilégiée, et qu'ainsi nous n'avions pas le pouvoir de l'excommunier ou même de le réprimander, si ce n'est en présence du pape; qu'il pouvait offrir la dignité de doyen de Salisbury à qui il lui plairait , et
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que notre autorité nous était enlevée entièrement jusqu'à l'arrivée des légats. »
Ces nouvelles répandirent la consternation parmi les amis de saint Thomas. Son caractère ardent lui fit profondément sentir .cette disgrâce , et il en dit vivement sa pensée. La lettre à laquelle nous empruntons l'extrait suivant fut adressée à Jean de Cantorbéry, un des gens de sa maison qui le représentait à Rome. Les réflexions qu'elle renferme expriment d'une manière énergique son désappointement et son inquiétude.
« Si cela est vrai, sans doute alors monseigneur le pape a étouffé et étranglé non-seulement notre propre personne, mais lui-même et tout le clergé des deux royaumes et des deux Eglises de France et d'Angleterre. Car, que n'oseront les- rois de la terre contre le clergé sous le couvert de ce malheureux précédent? Sur quoi peut compter l'Eglise de Rome quand elle abandonne et laisse dépouiller ceux qui défendent sa cause et combattent pour elle-même jusqu'à la mort? Qu'arriverait-il si notre seigneur le pape éprouvait quelque disgrâce tandis que le roi et les autres sont* en possession de ces privilèges? Ils seront transmis à leurs descendants, et personne ne pourra plus les leur arracher; et même, que l'Eglise y consente ou non, d'autres princes voudront les extorquer à leur profit, jusqu'à ce qu'enfin la liberté de l'Eglise périsse et, avec elle, le pouvoir et la juridiction des évêques. Car personne ne pourra plus s'opposer à la méchanceté des tyrans, qui concentrent aujourd'hui leurs efforts contre l'Eglise et les ministres de Dieu. Et ils ne s'arrêteront
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pas avant de les avoir asservis comme le reste du monde.
» Ces résultats, nous ne les voyons point encore; mais que nos suppositions soient vraies ou fausses, nous voyons bien que nous sommes affligé outre mesure. Les évêques, les abbés et les autres membres du clergé ne nous témoignent plus ni soumission ni respect. On dirait que notre déposition est maintenant un fait accompli. Que monseigneur le pape soit assuré pourtant que nulle considération ne nous engagera à rentrer dans les domaines du roi pour y plaider notre cause , ni à accepter nos ennemis pour juges, surtout monseigneur de Pavie, qui a soif de notre sang et voudrait occuper notre siège; car, d'après ce que nous savons, ce siège lui est promis dans le cas où il débarrasserait le roi de notre personne. Une autre chose nous afflige encore : la noblesse, les évêques et autres dignitaires du royaume de France, comme s'ils désespéraient de notre cause , ont renvoyé les malheureux exilés soutenus jusqu'ici par leur charité , et ceux-ci peuvent périr de froid et de faim, ainsi que cela est déjà arrivé à plusieurs d'entre eux. Ayez soin défaire connaître toutes ces circonstances à monseigneur le pape, afin que si, comme nous l'espérons, il lui reste encore quelque zèle pour la cause de Dieu, il se mette en mesure de nous secourir. »
lus de $*lishmj écrivit ai pape à ce sujet une lettre (U énergique ; mais les remontrances d'Humbert le
(1) Ep. Jo Sar.,11, p. 25.
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Lombard (i), archidiacre de Bourges, produisirent bien plus d'effet à Rome. Humbert, qui fut promu à l'archevêché de Milan (*), sa ville natale , et qui occupa ensuite la chaire de saint Pierre sous le nom d'Urbain ni, était alors un des clercs du saint-siège romain et l'ami dévoué de saint Thomas. Il parla d'abord au pape de la colère du roi de France, qui déclarait que Sa Sainteté ne lui aurait pas fait une plus grande peine si les légats étaient venus lui enlever sa couronne. Il dit ensuite qu'il résultait de tout cela, a que la douce saveur du nom de Sa Sainteté était affaiblie. » Il ajouta : c< Et ce qui rend la chose plus fâcheuse encore, c'est qu'on croit généralement que le jour approche où Votre Sainteté et Monseigneur de Cantorbéry remporteront la victoire ; car le roi fut si effrayé quand le jour de l'appel fut écoulé , qu'il assura que les évêques n'avaient été engagés dans cette affaire ni par ses ordres ni par ses conseils, et qu'il ne voulait point y prendre part avec eux. Les évêques euxmêmes étaient dans une telle détresse et craignaient tel^ lement un interdit, que quelques-uns envoyèrent des messagers à Monseigneur de Cantorbéry, et que. d'autres se mettaient en chemin pour se rendre à son appel, quand Jean d'Oxford , comme revêtu du pouvoir de légat, leur
(1) Ep. s. Th., il, p. 208. M. Robertson m’accuse de confondre Humbert le Lombard avec Humbert de Plaisance. Toute la question est de savoir qui des deux a écrit cette lettre. L’expression ejus clericust qui se trouve dans l’adresse au pape, me l'a fait attribuer, peutêtre à tort, au premier.
(2) Herb., 1, p. 367.
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défendit d’obéir, au nom de Votre Sainteté. L’évêque d’Hereford fut rappelé au moment où il attendait sur les côtes pour traverser la mer. Enfin, dit ^ Humbert, j’ai entendu certifier souvent que toutes les espérances du roi reposent sur vos malheurs et sur un événement que je prie Dieu de retarder longtemps par sa miséricorde infinie, — la mort de Votre Sainteté; car it assure qu’il ne reconnaîtra jamais votre successeur que lui-même n’ait reconnu toutes les dignités et coutumes de son royaume, et on croit maintenant qu’il a demandé les légats par ruse, afin d’éviter l’excommunication et la mise en interdit du royaume. Il espère ainsi, dit-on, annuler l’autorité de l’archevêque pendant la vie de Votre Sainteté et faire par la suite des conditions à votre successeur. »