CHAPITRE XX Y
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Les affaires étaient aussi indécises qu’avant l’arrivée des cardinaux-légats; quant à saint Thomas, il venait d’éprouver un sérieux échec. Il pouvait maintenant se plaindre au pape (*) et dire avec raison que les légats, dans la limite de leurs pouvoirs, lui avaient ôté toute autorité. D’un autre côté, le roi semblait disposé à abandonner les deux plus fâcheux articles des constitutions de Clarendon : celui qui interdisait les appels au pape, et celui qui obligeait le clergé à comparaître devant des cours laïques même dans des causes ecclésiastiques. Cependant les cardinaux n’avaient pas quitté le pays , et plusieurs personnes qui, après avoir été excommuniées par saint Thomas, avaient été absoutes en Angleterre, s’adressèrent à eux pour obtenir une nouvelle absolution. La première avait été principalement donnée par l’évêque
(1) Ep. s. Th., l, p. 29.
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de LlandafF, quand Jean d’Oxford revint de Rome, en vertu d’une interprétation mensongère des pouvoirs envoyés par le pape en faveur de ceux qui seraient en danger de mort et qui feraient serment d’obéir au saintsiège quand ils reviendraient à la santé. Désormais, toutes les parties tenaient ces absolutions pour nulles, et les cardinaux Guillaume et Othon ordonnèrent (*) aux évêques de Norwich et de Chichester de les renouveler, après avoir exigé le même serment. Le pape, instruit par saint Thomas, leur ordonna (*) de rétablir les censures, à moins que les parties ne restituassent les propriétés de l’Eglise qu’elles avaient usurpées. Saint Thomas envoya cette lettre aux légats ($), en expédition par un chanoine régulier, en original par Osbert, sous-diacre du saint-siège ; mais les cardinaux dirent que les revenus de l’Eglise avaient été touchés par les ordres du roi, et que, par conséquent, tant qu’ils seraient sur les domaines du roi, il était impossible de faire justice des usurpateurs. Dès lors, le cardinal Othon était entièrement dominé, ou par les raisonnements de son collègue, ou par la crainte qu’il avait du roi, car cette manière d’agir est inexcusable.
Quant à la proposition faite par Guillaume de Pavie de transférer saint Thomas à un autre siège, elle fut assez bien accueillie, particulièrement par l’évêque de Worcester; le saint en fut très mortifié et s’exprima sur ce sujet en termes énergiques : « Nous voulons faire savoir
(1) Ep. Gilb. Fol., Il, p. 151.
(2) Id., p. 56.
(3) Ep. s. Th., I, p. 217 ; Froude, p. 801.
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à notre seigneur le pape, écrivait-il, ainsi qu'à nos autres amis, et vous leur ferez bien comprendre que nous ne souffrirons jamais qu’on nous arrache du sein de notre mère l’Eglise de Cantorbéry, qui nous a nourri et élevé au poste où nous sommes; nous consentirions plutôt à être immolé ; Dieu le sait, lui qui voit tous les cœurs. Travailler dans ce but serait peine perdue, car il n’est rien que nous ne préférions à un tel malheur. Et quand même on écarterait tous nos autres sujets de peine, tant que cet homme retiendra les propriétés de notre Eglise ou celles de toute autre Eglise de ses domaines, nous aimerions mieux mourir d’une mort cruelle que de vivre dans la honte, et de l’en laisser jouir impunément. » Dans une lettre (t) écrite peu auparavant, le saint faisait savoir au pape que le roi retenait en ses mains sept évêchés vacants dans les deux provinces de Rouen et de Cantorbéry.
Cependant les messagers des deux partis étaient constamment sur le chemin de Bénévent, où résidait le pape. Pour employer les termes expressifs d’Herbert (a), « le seuil des saints apôtres est usé par nos messagers et par ceux de nos adversaires ; les deux partis vont et viennent, se hâtent et s’agitent, Plusieurs envoyés meurent en route; d’autres les remplacent, et leur , nombre augmente des deux côtés. Pour ne parler que des nôtres, la multitude de nos compagnons d’exil nous a fourni tant de messa-
(1) Ep. g. Th., p. 23.
(2) Herb., I , p. 25*.
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gers, qu'il semble que Dieu ait permis tant d’exils pour le bien de notre cause. Un pauvre archevêque, avec ses amis bannis comme lui, misérables et à peine vêtus, résiste vaillamment aux citoyens et aux rois, aux cardinaux et aux riches. Là du moins j’ai appris que l'argent et l’or ne peuvent soutenir la lutte avec un homme de science et de cœur, quelque pauvre qu’il puisse être. » Jean de Salisbury a écrit (U le récit suivant des négociations de Bénévbnt à l’évêque d’Exeter, avec lequel il entretenait une active et amicale correspondance : « Les deux partis ont été accueillis avec courtoisie ; mais les envoyés du roi, dont la cause est plus mauvaise, étalent plus de pompe et de magnificence, et quand ils ont vu qu’ils ne pouvaient ébranler notre seigneur le pape par les flatteries et les promesses, ils ont eu recours aux menaces; ils ont insinué que le roi est disposé à suivre les erreurs de Noureddin , à embrasser une religion impie , plutôt que de laisser Thomas remplir plus longtemps les fonctions d’évêque de Cantorbéry. Mais l’homme de Dieu n’a pas été plus ébranlé par la crainte que séduit par la flatterie. Il leur a présenté l’alternative de la vie et de la mort, leur a dit qu’il ne pouvait pas les empêcher de choisir le chemin qui mène à la mort en méprisant la grâce et la patience de Dieu ; mais que, pour lui, avec la grâce de Dieu il n’abandonnerait pas la voie droite. Ils se sont calmés alors, et, voyant qu’ils ne pouvaient rien faire par ce moyen contre la bonne
(1) Ep. Jo Sar., il, p. 134 ; Froude, p. 317.