THOMAS DB CANTORBÉRY
cause, ils ont envoyé des députés au roi de Sicile, porteurs de lettres de créance du roi, exprimant l'espérance que le roi et la reine de Sicile les aideront à obtenir de notre seigneur le pape quelque chose de contraire aux intérêts de l'Eglise. Mais Sa Majesté très chrétienne le roi de France, soupçonnant ces intrigues perverses, a écrit à l'archevêque de Palerme qu'il considérait comme sienne la cause de l'Eglise et celle de l'archevêque de Cantorbéry. On ne sait pas encore quel succès ont eu les démarches des deux partis.
» En même temps les légats que le roi d'Angleterre a obtenus du pape ont envoyé des messagers à Rome; mais leurs récits ne s'accordent pas. Ils se contredisent l'un l'autre à la cour du pape. Quant aux réponses qu'ils rapporteront à leurs maîtres, on ne les connaît pas d'une manière certaine. Le roi et les légats, qu'un autre intérêt anime, ont adressé des prières au pape en faveur de l'évêque de Salisbury, et le pape a promis, à la fin, de lui pardonner et d'écrire à l'archevêque de Cantorbéry pour lui demander et lui conseiller de le recevoir dans ses bonnes grâces et dans son amitié aux conditions suivantes : l'évêque devra donner caution et envoyer deux des principaux clercs de son Eglise, le doyen excepté, pour prêter serment que l'évêque leur a ordonné , et n'a pas ensuite révoqué cet ordre, de promettre en son lieu et place qu'il fera réparation à l'archevêque pour son opiniâtreté et sa mauvaise conduite. On peut conclure de là, ou que le pape ignore la sentence par laquelle les légats ont absous l'évêque, ou qu'il ne veut pas la ratifier. Le
« EN ATTENDANT
même évêque avait obtenu auparavant des lettres du pape presque dans le même sens , mais qui ne lui imposaient pas le serment; il ne jugea pas à propos de s’en servir, ou parce qu’elles déplaisaient au roi , ou parce qu’elles n’étaient pas regardées comme suffisantes. Quand le messager du roi est revenu avec ces lettres, on ne savait pas encore quelle sentence chaque parti rapporterait de Bénévent; mais le saint-père a écrit à Sa Majesté très chrétienne « qu’il ne manquerait ni à l’Eglise de Dieu ni à son ami de Cantorbéry tant qu’il aurait le bon droit de son côté. »
Il y eut alors plusieurs conférences entre les nobles des deux royaumes, et enfin entre les deux rois d’Angleterre et de France, à Mantes, le 21 mai, le dimanche après l’Ascension, dans le but de rétablir la paix. Ce fut probablement à cette époque, bien que ce fait puisse remonter à quelques années plus haut, qu’un effort (1) fut tenté, avec la médiation du roi Louis, pour réconcilier avec Henri plusieurs des partisans de l’archevêque et pour leur rendre les revenus de leurs bénéfices, dont ils avaient grand besoin. Henri leur donna un sauf-conduit pour venir le trouver à Angers , où il avait passé les fêtes de Pâques. Le dimanche de Quasimodo, le roi leur donna audience. Le premier qui fut introduit fut Jean de Salisbury ; après avoir salué le roi, il lui demanda de lui rendre la possession paisible de ses bénéfices, assurant qu’il ne l’avait jamais volontairement offensé et qu’il
(1) Fitz-St., p. SSA ; Froude, p. 114.