‹ La vie et le martyre de s. Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et légat du Saint SiègeChapitre 61 sur 79 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

OUTRAGE. — RÉCONCILIATION

La nouvelle de l’absolution des excommuniés , que les messagers du roi avaient rapportée de Rome, et qui servit à révéler le peu de sincérité d’Henri dans les dernières négociations, n’était pas tout à fait sans fondement. Probablement le pape crut aux dernières assurances que le prince avait données de son obéissance, et, voulant le ramener tout à fait, il choisit deux évêques normands qui avaient été de son parti dans les derniers événements, l’archevêque de Rouen et l’évêque de Nevers , et il leur confia le soin de conclure les négociations et d’absoudre les excommuniés. Cependant leurs pouvoirs ne s’étendaient pas jusqu’à l’absolution de l’évêque de Londres , et pour les autres , le pape mit à l’exercice légal de ces pouvoirs deux conditions essentielles : l’espoir certain de la paix et la prestation des serments d’usage. Les instructions données par le pape à ces deux évêques étaient de presser le roi d’exécuter les promesses faites par lui à la

OUTRAGE. — RÉCONCILIATION

dernière conférence; et, sur son refus, ils avaient l’ordre, après une notification suivie d’un délai de quarante jours, de mettre le royaume en interdit.

Saint Thomas avertit (i) l’évêque de Nevers que le roi voudrait, avant tout, obtenir des absolutions, et que lorsqu’il aurait gagné ce point, il serait impossible d’obtenir quelque chose de lui. Les deux évêques, pressés par Henri, abandonnèrent la condition que le pape leur avait imposée et qui faisait d’un espoir certain, c’est-à-dire de la perspective d’une réconciliation immédiate, up préliminaire indispensable , et cédèrent aux demandes du roi. En même temps, Gilbert Foliot plaidait en personne sa cause devant le pape, et avec tant de succès que le saintpère renonçait à l’exception faite contre lui , qui l’empêchait de profiter des pouvoirs conférés aux deux évêques. Il se hâta d’aller trouver l’archevêque de Rouen, qui lui donna l’absolution en l’absence de l’évêque de Nevers, dont la lettre du pape exigeait le concours, et cela avec une grande publicité, le jour de Pâques de l’an 1170. Foliot regarda cette absolution comme un triomphe, et pour proclamer son succès, il pontifia solennellement t*) à Cantorbéry, dans l’Eglise de saint Thomas. Ces faits provoquèrent ’ la lettre suivante (3), adressée par saint Thomas à un des cardinaux :

(1) Ep. s. Th., 1, p. 302 ; Froude, p. 467.

(2) Id., I, p. 230.

(3) Ep, s. Th., i, p. 95 } Froude, p. 478. Cette lettre était adressée au cardinal Albert, l’un des légats envoyés au roi par le pape après la mort du saint.

Page 1