THOMAS DB CANTOBBÊBY
« Je voudrais, frère bien-aimé, que les discours de mes compatriotes pussent retentir jusqu’à vos oreilles; que vous pussiez connaître ce qui se chante, à la honte et au mépris de l’Eglise de Rome, dans la rue d’Ascalon!
» Je ne sais par quelle fatalité il arrive constamment que la Cause du Seigneur est sacrifiée devant la cour de Rome : Barabbas est absous , le Christ est crucifié. C’est sous l’influence de cette cour que notre exil, que les souffrances de l’Eglise ont atteint leur sixième année. Vos Seigneuries ont condamné les malheureux et les expatriés, et, je puis le dire en conscience, pour cette seule raison qu’ils sont les faibles et les petits enfants du Christ, et qu’ils ne veulent pas s’écarter de la justice du Seigneur; d’un autre côté, vous avez absous les sacrilèges, les meurtriers, les voleurs, des hommes qui ne se sont jamais repentis, et dont l’absolution, je le dis franchement, sera nulle aux yeux de Dieu, quoique ce soit saint Pierre qui l’ait prononcée. Voici ee que dit Notre Seigneur dans l’Evangile de saint Luc : « Si ton frère pèche contre toi, réprimande-le, et s’il se repent, pardonne-lui; et s’il pèche contre toi sept fois le jour, et si sept fois le jour il vient à toi en disant : Je me repens, pardonne-lui. » Pensez-vous que les paroles de Jésus-Christ soient des paroles vaines quand il dit : a s’il se repent et s’il vient & toi en disant : Je me repens? » Non, certes. Au jour du jugement, il n’admettra pas que ses paroles soient des paroles vàines ; il ne laissera pas sans condamnation ceux qui osent, au mépris des formes qu’il a prescrites, justifier les méchants par une absolution impuissante, éans con-
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fession ni pénitence, et ressusciter des âmes qui ne peuvent pas vivre.
» Et maintenant j'ai fini. Pour le reste, que Dieu prenne en main sa propre cause, ce Dieu pour lequel je suis proscrit et exilé. Qu'il fasse de moi ce qu'il voudra. Mon intention est de ne plus fatiguer à ce sujet la cour de Rome. Que ceux-là recherchent sa protection qui sont puissants dans leur iniquité et qui, après avoir foulé aux pieds la justice et traîné l'innocence en captivité, triomphent, à leur retour, de la honte de l'Eglise. x>
On sent battre, à chaque mot de cette lettre, l'âme ardente de cet enfant qui sautait dans l'eau pour courir après son faucon, de cet homme qui se couvrait d'un cilice terrible et s'exposait à de rudes coups trois ou quatre fois chaque jour. Au milieu des affaires les plus sérieuses, c'est toujours cette impatience des obstacles qui traversent ses desseins, comme aux jours où il bouclait son armure et tenait sa lance en arrêt pour la cause de son maître, qui devint toujôurs la sienne propre. Maintenant Dieu est son maître ; sa cause est la cause de Dieu. Il ne vise qu'au but, il parle avec la liberté d'un apôtre; car « là où est l'Esprit de Dieu, là est la liberté. »
Le roi avait parlé d'aller en Angleterre et de presser le couronnement de son fils; ce n'était point une vaine menace. Depuis longtemps il en avait le désir, probablement pour détruire, autant que possible", l'effet d'une sentence d'excommunication qui aurait atteint sa personne ; mais il y avait à cela une difficulté; le couronnement du souverain était une des prérogatives les plus incontestées
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du siège de Cantorbéry. Réginald de Salisbury(i) lui conseilla de demander au pape de donner des pouvoirs à un autre évêque pour accomplir cette cérémonie, et, comme le roi lui disait qu'il lui paraissait impossible d'obtenir cette faveur , Réginald lui répondit : « Notre seigneur le pape se conduira comme un sot et comme un fou s'il vous refuse. » R paraît que la demande fut faite, et avec succès, car on a encore deux lettres d'Alexandre (2) qui autorisent Roger, archevêque d'Yorck, à couronner le jeune prince. Il est vrai que leur authenticité est très contestable. Quant au motif qu'Henri allégua plus tard pour expliquer cette demande, et qui tut sûrement alors le prétexte de l'usurpation, saint Thomas l'apprit (3) de la bouche même du roi et le dit au pape : il paraît qu'après la mort de Théobald, le siège de Cantorbéry étant vacant et saint Thomas encore chancelier, Henri avait désiré que son fils pût être couronné, quoique ce fût un enfant de six ou sept ans. Roger était alors fort en disgrâce, et saint Thomas put rappeler à Henri qu'il avait dit lui-même qu'il aimerait mieux que son fils perdît la tète que de voir Roger imposer sur lui ses «mains hérétiques. » Pour empêcher l'archevêque d'Yorck d'élever des prétentions à l'exercice de cette importante
(1) Ep. s. Th., I, p. 226.
(2) Ep. s. Th., 11, p. 43 et 45. Au retour de Richard Barre et de Ralph, archidiacre de Llandaff, le bruit courut , et les évêques de Paris et de Noyon récrivirent au pape (Ep. Gilb. Fol., il, p. 230), que Roger avait -reçu ce pouvoir.
(3) Ep. s. Th., i, p. 70.
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prérogative pendant la vacance du siège de Cantorbéry, Henri pria le pape de permettre que son fils fût couronné par l’évêque qu’il choisirait. Il faisait maintenant la même demande en faveur de ce même prélat qu’il avait alors obtenu d’exclure. D’un autre côté , saint Thomas, avant les négociations relatives à l’absolution de l’évêque de Londres, avait reçu du saint-père des lettres (i) datées du 26 février, d’autres encore datées d’Anagni du mois de novembre précédent, d’autres de Latran du 5 avril, défendant à tout autre qu'à l’archevêque d’accomplir cette cérémonie. Saint Thomas fit tout ce qu’il put pour faire parvenir ces lettres en Angleterre; mais la surveillance fut si exacte qu’il n’en pénétra aucune copie avant le samedi qui précéda le couronnement. Elles furent alors remises (2) à l’archevêque d’Yorck et à l’évêque de Londres, qui n’en tinrent aucun compte.
Après son retour (*) à l’abbaye de Sainte-Colombe près de Sens , saint Thomas dit un matin à Herbert qu’il était convaincu que le prince Henri ne vivrait pas longtemps, a J’étais dans mon lit après matines , sans pouvoir dor-
(1) Ep. s. Th., il, p. 45 et 47, et précédemment d’Ânagni, au mois de novembre. (Fœdera, parRymer, I, p. 29.) Lettres de saint Thomas aux évêques. (Ep. s. Th , i, p. 190 et 227.)
(2) Fitz-Stephens le dit positivement (p. 268). Saint Thomas demanda au roi pourquoi il avait poussé Roger et les autres évêques à la désobéissance , < car ils avaient reçu de notre seigneur le pape la défense formelle de procéder à cette cérémonie en notre absence. » (Ep. s. Th., i, p. 70.) Roger d’Yorck prêta serment, après le martyre, qu’il n'avait pas reçu la défense. (Diceto, p. 558.) Il est certain qu’il y eut plusieurs lettres détruites. (Ep. s. Th., il, p. 288.)
(3) Herb., I, p 229 ; Gerv., p. 1545.
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» mit, dit le saint à son ami; je songeais au roi, à sa » grandeur, à sa merveilleuse prospérité; je rêvais aux » destinées futures du prince Henri, que j’aime tendre- » ment, à l’avenir de son frère (Richard ou Geoffroy). Au » moment où je me laissais aller au sommeil, j’entendis b une voix qui disait :
» Mors tulit una duos, tulit altéra, sed malê, patrem. »
Herbert dit que saint Thomas n’avait jamais fait de vers de sa vie , parce qu’il ne l’avait point appris dans sa jeunesse. « Dieu m’a laissé vivre, ajoute-t-il, pour que je visse l’accomplissement de ces prophétiques paroles. » L’anecdote est intéressante ; elle prouve les sentiments d’affection que le saint eut toujours pour ce prince, qu’il appelle « notre Henri, » malgré la cérémonie qu’on accomplissait alors à Westminster et dont le jeune roi était le principal personnage.
Le roi convoqua (i) les évêques et les barons à Londres pour le dimanche 14 juin. La reine ne devait pas quitter la Normandie, et , pour des raisons que nous ignorons , la princesse Marguerite devait rester avec elle. Richard d’Ilchester fut envoyé pour presser le prince , que son père attendait sur la côte anglaise ; il traversa en toute hâte le canal, accompagné des évêques de Bayeux et de Séez. Quand le dimanche fut venu , le jeune roi, qui avait été auparavant armé chevalier par son père , fut couronné par l’archevêque d’Yorck; et, comme pour rendre l’outrage plus éclatant, non-seulement on omit le
(1) Fitz-st., p. 268 ; Ep. s. Th., Il, p. 64, 287 et 299.
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serment de maintenir la liberté de. l’Eglise qui se prêtait aux sacres des rois, mais on y substitua la promesse (!) d’obéir aux coutumes royales.
Immédiatement après, Henri retourna en Normandie; avant de partir pour l’Angleterre, il avait ordonné à l’évèque de Worcester d’être présent au couronnement. L’évêque alla donc à Dieppe; le roi avait déjà passé la mer, et la reine , qui était restée à Caen avec Richard de Humet, justicier de Normandie, craignant que l’évêque n’eût à prendre parti dans l’attaque qui menaçait les droits de l’archevêque de Cantorbéry, lui écrivit de ne pas passer la mer, et elle ordonna au prévôt de Dieppe et aux propriétaires de bâtiments de ne pas lui donner passage. Comme Henri, à son retour, approchait de Falaise, il rencontra l’évêque, qui était venu à trois milles au devant de lui ; le roi se mit à l’insulter : « Certes, vous êtes un traître; je vous ai ordonné d’assister au couronnement de mon fils, je vous en ai indiqué le jour, mais vous n’avez pas voulu y être : vous montrez par là que vous n’avez point d'amour pour moi ni pour la grandeur de mon fils. Je vois maintenant que vous favorisez mon ennemi et que vous me haïssez, moi et les miens ; mais jous n’aurez plus les revenus de votre évêché : je vous les ôterai, car vous vous êtes montré indigne d’un évêché ou d’un bénéfice. En vérité , vous ne fûtes jamais le fils de mon bon oncle Roger, qui nous éleva ensemble tous deux dans ce château où nous avons été instruits
(1) Ep. s. Th., p. 33, ISO et 84.
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et formés par lui. » L'évêque, pour toute réponse, lui opposa la défense qu'il avait reçue dans le port; mais le roi ne voulut pas le croire et lui dit, toujours plein de colère : « La reine est au château de Falaise et Richard de Humet n'en est pas loin; voulez-vous vous autoriser d'eux? — Pas de la reine, dit l'évêque; car si par crainte elle cachait la vérité, vous n'en seriez que plus irrité contre moi; et si elle l'avouait, vous vous emporteriez honteusement contre cette noble dame. Je ne suis pas un personnage assez important pour qu'elle entende de vous à cause de-moi une parole dure. J'ai bien fait de ne pas assister au couronnement; c'était une offense faite à Dieu, non par le prince, mais par les évêques ; et si j'eusse été là , je n'aurais pas souffert que la cérémonie s'accomplît. Vous dites que je ne suis pas le fils du comte Roger. Je ne puis dire si je le suis ou non; mais vous ne montrez pas, par votre reconnaissance, que ce même comte Roger mon père était votre oncle , qu'il vous a élevé depuis le jour de votre naissance, qu'il a guerroyé pour voüs pendant seize ans , contre le roi Etienne, dans des combats offensifs et défensifs, et qu'enfin il a été fait prisonnier. Si vous aviez tout cela présent à l'esprit, vous n'auriez pas traité mes frères comme vous l'avez fait; vous avez réduit la tenure et seigneurie de mille hommes que votre aïeul le grand roi Henri avait donnée à mon père, à un fief de deux cent quarante hommes, et par là vous avez fait une injustice à mon frère le comte. Quant à mon jeune frère, qui avait la réputation d'un brave soldat, vous l'avez laissé tomber dans une misère
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telle, qu’il a dû quitter la vie séculière, faire des vœux perpétuels et prendre l’habit des Hospitaliers de Jérusalem. Voilà comment vous traitez vos parents et vos amis; voilà comment vous payez ceux qui ont bien mérité de vous. Quant à vos menaces de m’ôter les revenus de mon évêché , prenez-les si vous n’avez pas assez des revenus de l’archevêché, de six sièges vacants et d’un grand nombre d’abbayes, que vous percevez au péril de votre âme, employant à des usages temporels les aumônes de vos pères , ces bons rois , et le patrimoine de Jésus-Christ. » Ces paroles et beaucoup d’autres du même genre furent entendues de tous ceux qui étaient à ôheval à la suite du roi. Un chevalier d’Aquitaine qui ne connaissait pas l’évêque, demanda qui parlait ainsi ; on lui dit qui c’était :
« Bien lui prend, dit-il, d’être un homme d’Eglise; si c’était un soldat, le roi ne lui laisserait pas deux acres de terre. » Un autre, pensant plaire à Henri, fit à l’évêque d’amers reproches ; mais le roi, se tournant vers lui avec indignation, le chargea des plus grossières injures et lui dit entre autres choses : « Vile canaille, parce que je dis ce qui me plaît à mon cousin l’évêque , pensez-vous que vous puissiez, vous ou tout autre , l’insulter et le menacer? Je me fais violence pour ne pas vous arracher les yeux. C’en est trop qu’un évêque soit insulté par vous ou par d’autres. » Ils arrivèrent ainsi au lieu où ils devaient se reposer; après dîner, le roi et l’évêque causèrent à l’écart et fort amicalement de la réconciliation avec . saint Thomas. Il faut dire, pour l’honneur de l’évêque de Worcester, qu’il ne manqua pas une occasion de venir
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au secours de notre saint, et les magistrats , qui se servirent souvent de ce prétexte pour persécuter des abbéd ou d’autres ecclésiastiques, n’osèrent jamais sur ce point inquiéter l’évèque.
Cependant l’archevêque de Rouen et l’évèque de Nevers ne faisaient rien pour amener Henri à se conformer aux intentions du pape. Ils avaient reçu l’ordre de faire suivre la notification de l’interdit de la sentence ellemême, dans un délai de quarante jours, si le roi ne ratifiait pas ses premières propositions; quant au pouvoir d’absoudre dont ils avaient usé, il leur avait été conféré à condition de s’eh servir seulement dans le cas où ils auraient un espoir certain de réconciliation. L’archevêque de Sens écrivit au pape pour se plaindre de leurs lenteurs ; en conséquence, on reçut des lettres du saintpère qui leur prescrivaient d’amener le roi à une conférence dans un délai de vingt jours, et de mettre quarante jours après le royaume en interdit. Ces lettres furent envoyées, dans le premier moment, à saint Thomas, qui attendit avant de les remettre, pour des raisons que nous ignorons. Les deux évêques essayèrent de passer la mer pendant que le roi était en Angleterre ; mais leur tentative fut peu sérieuse et ne réussit pas. A son retour, ils eurent une conférence avec lui, conformément aux ordres du pape. Chose étonnante ! on y parle du couronnement du prince comme d’un attentat commis par le roi contre les droits de l’archevêque, et, comme on le verra plus tard, on ne punit que les évêques qui avaient accompli la cérémonie. Tout à coup Henri accorda toutes les con-
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dirions dont il avait été question à Montmartre, tout en renouvelant son refus de donner ou de recevoir le baiser de paix. Le pape, dans cette supposition, avait suggéré l’idée quel’arehevêque pourrait recevoir le baiser de paix du prince Henri ou, comme on l’appelait alors, du jeune roi ; mais saint Thomas n’insista pas, dans la suite, sur ce signe de réconciliation .
C’est ici le moment de soulever cette question qui engage d’une manière si grave le caractère d’Henri II et de laquelle dépend, en réalité, sa responsabilité personnelle dans le fait du martyre : était-il sincère dans ses vœux pour la paix, daus les arrangements qu’il conclut alors? On doit reconnaître que son refus de donner le baiser de paix n’est pas la seule circonstance suspecte qui nous porte à douter de la sincérité du serment qu’il prêta avant son absolution après le martyre.
« Quelqu’un lui écrivit, dit un auteur (*), et lui fit la question suivante : Pourquoi tenir l’archevêque hors du royaume? On le tiendrait bien mieux dedans que dehors. L’avis était donné, il fut compris. Immédiatement le roi arrangea une conférence; on traita de la paix, est il accorda tout ce qu’il avait jusque-là refusé. R Dès lors, l’intention du roi, en faisant couronner son fils, est sans nul doute celle que lui prête le même historien : « II voulut que son fils fût couronné en toute hâte, en vue d’un résultat que certaines circonstances pouvaient amener ; de cette façon , si un crime était commis , on ne
(1) Fitz-St., p. 272.
pourrait pas en punir le royaume , puisque Henri n'en serait plus roi. »
Le 16 juillet (*), l'archevêque de Rouen et l’évêque de Nevers vinrent informer saint Thomas, qui était toujours à Sens, qu’Henri était prêt à accorder toutes les conditions qu'on lui demandait. Les rois d'Angleterre et de France eurent une conférence, le 20 et le 21, dans une plaine entre les deux châteaux de Viefui et de Freitval, sur les limites de leurs domaines ; les pauvres exilés surent plus tard que les habitants avaient nommé cette plaine le Pré-des-Traîtres. L’archevêque de Sens avait pressé saint Thomas d’assister à cette conférence avec lui et les deux évêques, ajoutant que la réconciliation n'aurait jamais lieu s’ils se tenaient ainsi à distance l’un de l’autre. Le saint , dans le premier moment , ne voulait pas y assister sans avoir été invité ; à la fin, il y consentit. Les rois arrangèrent leurs affaires sans faire mention de l’archevêque de Cantorbéry; en sorte qu’après la conférence du second jour, ses clercs vinrent lui annoncer que les affaires étaient finies et les rois sur le point de se retirer; il était donc fort à craindre qu’après avoir assisté sans invitation à la conférence, il ne s’en retournât couvert de honte. Cependant, dans l’intervalle, les évêques qui accompagnaient le saint demandèrent une entrevue au roi, qui l’accorda et la fixa au jour suivant, qui était la fête de sainte Marie-Madeleine. 11 promit de se soumettre en tout aux volontés du pape, excepté pour
(1-) Ep. s. Th., Il, p. 301; Froude, p. 498.
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1’affaire du baiser de paix ; il ajoutait^ avec serment, que s’il le refusait , ce n’était pas qu’il eût aucun mauvais dessein contre saint Thomas ; il prenait Dieu à témoin et en appelait à l’archevêque de Sens comme garant de sa sincérité. Il dit même qu’il céderait sur ce point, quoique avec peine, plutôt que de s’en retourner sans avoir fait la paix. L’archevêque de Sens revint trouver saint Thomas et lui dit combien le roi avait été gracieux dans ses manières et dans ses paroles ; il le supplia de ne pas repousser ce retour de ses royales bontés en insistant sur le baiser de paix ; il ajouta qu’Henri avait promis publiquement qu’à son retour dans son royaume, il le recevrait en lui donnant le baiser et toutes les marques possibles de reconnaissance. Le saint était prêt « à donner sa vie pour son troupeau. » Cette phrase d’une lettre où sont racontés ces événements prouve que les amis de saint Thomas croyaient peu aux protestations du roi. Il suivit donc le conseil de l’archevêque de Sens, et sa réponse fut portée à Henri assez tard dans la soirée.
Cette nuit (i), le roi d’Angleterre fut l’hôte du roi de France. Faisant allusion à la journée du lendemain: « C’est donc demain, dit Henri, que je fais la paix et une bonne paix avec votre voleur. — Par les saints de France, répliqua Louis, de quel voleur parlez- vous, je vous prie? — De notre archevêque de Cantorbéry, — Je voudrais, répondit Louis, qu’il fût nôtre aussi bien qu’il est vôtre; vous plairez à Dieu et aux hommes si vous
(1) Fitz-St., p. 27Î.