‹ La vie et le martyre de s. Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et légat du Saint SiègeChapitre 74 sur 79 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

LÉGENDES

Une vie de saint Thomas de Cantorbéry serait incomplète si elle ne faisait pas mention des légendes qui le concernent. L’histoire de la princesse sarrasine qui fut, dit-on, la mère de notre saint, devrait tenir la première place dans le chapitre des légendes; nous l’avons déjà racontée; ajoutons seulement que ce récit devint le sujet favori des ballades, et que la plume des ménestrels ne le respecta pas toujours. Une de ces ballades dit (U que Gilbert, à son retour en Angleterre, avait été pressé de se marier, et qu’à la fin, quoique bien à contre-cœur, il y avait consenti; mais la dame sarrasine qui avait brisé ses fers quand il était captif en Orient, arriva chez ltii après de longues pérégrinations, le matin même de son mariage.

Les extraits suivants ont été pris dans un ouvrage an-

(1) Jamieson, Chants populaires, II, p. 127.

LÉGENDES

tien et extrêmement rare (0, intitulé : Lyfe of saynt Thomas of Caunturbury , imprimé par Richard Pynson. Nous le citerons textuellement. L’ouvrage commence par dire que saint Thomas naquit justement à l’endroit où s’élève aujourd’hui l’église de Saint-Thomas d’Akers.

« A l’âge de quarante-quatre ans, il fut sacré et installé, et devint un saint homme, transformé tout d’un coup en un homme nouveau, pratiquant de grandes pénitences, portant un cilice garni de nœuds et un haut-de-chausses semblable, qui lui descendait jusqu’aux genoux. Sous son habit, il portait un froc de moine; son costume était celui d’un clerc, il faisait grande abstinence, amaigrissant son corps et nourrissant son âme. »

Passons maintenant à Sens. « Peu après, saintThomas arriva; c’était un jour de saint Marc, dans l’après-midi. Son pourvoyeur devait lui donner du poisson pour son dîner, parce que c’était un jour de jeûne ; mais il n’en put point trouver pour son argent, et revint près de son maître, qui lui dit d’acheter ce qu’il trouverait. Il acheta de la viande, l’apprêta pour leur dîner, servit au saint un chapon rôti, et mangea de la viande bouillie. Le pape, ayant appris l’arrivée du saint, envoya un cardinal pour le complimenter; le cardinal le trouva à table, mangeant de la viande, et revint bien vite auprès du pape, en lui disant que Thomas n’était point un si saint homme qu’on le supposait, et qu’il mangeait de la viande ce jour-là,

(1) Cet ouvrage se trouve au British muséum, bibliothèque Grenville, 1344. Dans une note qui y est jointe, celui quiTa écrite déclare qu’il n’en connaît pas d’autre exemplaire.

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