‹ La vie et le martyre de s. Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et légat du Saint SiègeChapitre 75 sur 79 · THOMAS DE CANTORBÉRY · texte numérisé non relu

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malgré la défense de l’Eglise. Le pape ne le crut pas, et envoya un autre cardinal, qui rapporta au pape une cuisse de chapon dans son mouchoir, comme pièce de conviction; mais il se trouva que la cuisse de chapon s’était changée en carpe. A cette vue, le pape leur reprocha de dire de semblables faussetés sur le compte du saint évêque. Eux affirmèrent que c’était de la viande que Thomas mangeait. Après cela, saint Thomas vint trouver le pape pour lui présenter ses humbles respects; le pape lui souhaita la bienvenue, et après quelques moments de conversation, il lui demanda ce qu’il avait mangé.

« C’était de la viande, dit le saint, comme on vous l’a dit; j’y ai été forcé, parce qu’on ne trouvait pas de poisson. » Alors le pape comprit le miracle de la cuisse de chapon changée en carpe, et voulut, dans sa bonté, accorder à saint Thomas et à tous ceux du diocèse de Cantorbéry la permission à tout jamais de manger de la viande le jour de la fête de saint Marc, même quand elle tomberait un jour maigre ; il accorda en même temps des indulgences; tout cela s’est conservé jusqu’à nous.

» Et après, saint Thomas dit la messe devant le pape avec une chasuble blanche; après la messe, il dit au pape qu’il lui avait été révélé qu’il mourrait pour la cause de la sainte Eglise, et que, quand il mourrait, la chasuble blanche serait changée en chasuble rouge. »

Retournons à Cantorbéry. a Le jour de Noël, saint Thomas fit un sermon dans la cathédrale à Cantorbéry, et il demanda , en pleurant , au peuple de prier pour lui, car il savait bien que son temps était proche, et il

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excommunia ceux qui étaient contre les droits de la sainte Eglise; le même jour, comme le roi était à table, tout le pain qu’on touchait séchait et moisissait à l’instant, et personne n’en pouvait manger, et le pain qu’on ne touchait pas restait beau et bon à manger. Et les quatre chevaliers vinrent à Cantorbéry, le mercredi de la semaine de Noël, vers le soir.

» Alors sir Reynold dit : « Si tu n’absous le roi et nous de l’excommunication, cela te coûtera la vie. » Et saint Thomas dit : «Tu sais bien que le roi et moi, nous avons fait la paix le jour de sainte Marie-Madeleine , et que l’excommunication doit suivre son cours contre ceux qui ont outragé l’Eglise, d Alors un des chevaliers le frappa à la tête, comme il était à genoux devant l’autel; et comme sir Edouard Grim, qui était son porte-croix, avançait le bras avec la croix pour parer le coup, le coup sépara en deux la croix et presque le bras, et Grim, effrayé, s’enfuit, ainsi que tous les moines qui étaient alors à compiles. Et tous les quatre le frappèrent et lui coupèrent un grand morceau du crâne, en sorte que sa cervelle tomba sur le pavé. Ainsi ils le tuèrent et le martyrisèrent, et si cruellement que l’un d’eux brisa sur le pavé la pointe de sou épée; et c’est ainsi que ce saint archevêque souffrit la mort dans sa cathédrale pour la cause de la sainte Eglise. Et, après qu’il fut mort, ils lui ôtèrent la cervelle. Ils allèrent ensuite dans sa chambre, y prirent ce qui lui appartenait, prirent son cheval dans son écurie, emportèrent ses papiers et ses écritures, et les remirent à sir Robert Broc pour les porter au roi en

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France. Et comme ils fouillaient dans sa chambre, ils trouvèrent dans un coffre deux chemises de crin, toutes remplies de gros nœuds, et ils dirent que certainement c'était un saint homme. Ils descendirent au cimetière, et là ils commencèrent à trembler et à craindre que la terre ne voulût plus les porter, et ils furent remplis d'effroi, car ils pensaient que la terre allait les dévorer tout vivants, et ils connaissaient qu'ils avaient commis un grand crime. Et on sut bientôt tout ce qui s'était passé et comment il avait été martyrisé ; on prit ce corps saint, on le déshabilla et on trouva par dessus, ses habits d'évèque, et dessous ceux d'un moine, et sur sa peau une chemise de crin garnie de nœuds , et son haut-de-chausses était aussi de crin, et les nœuds entraient dans la chair, et son corps était plein de vermine. Il souffrit de grandes douleurs et fut ainsi martyrisé l'an deNotre Seigneur xi.c.lxxi, il était âgé de lui ans. Et bientôt après, on rapporta au roi qu'il avait été tué ; sur quoi, le roi conçut un grand chagrin et envoya à Rome pour demander son absolution. Et après que saint Thomas eut quitté le pape, le pape voulut voir chaque jour la chasuble blanche avec laquelle saint Thomas avait dit la messe, et, le jour où il fut martyrisé, il vit qu'elle était devenue rouge; il connut par là que ce jour-là même il avaitsouflfert le martyre pour la cause de la sainte Eglise, et il fit chanter une messe solennelle de Requiem pour le repos de son âme. Et quand le chœur commença à chanter le Requiem , on vit paraître au haut de l'église un ange qui commençait l'office des martyrs: Lœtabitur justus , e t tout le chœur

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continua à chanter la messe des martyrs. Et le pape remercia Dieu, à qui il avait plu de faire de tels miracles en Thonneur de son saint martyr; et sur sa tombe, par les mérites et les prières du saint, notre seigneur béni s’est manifesté par un grand nombre de miracles : les aveugles y ont recouvré la vue, les muets la parole, les sourds l’ouïe, les boiteux leurs membres, les morts la vie. Prions donc ce glorieux martyr d’ètre notre avocat, afin que nous puissions, par ses prières, obtenir les bénédictions éternelles. Amen. »

Une autre légende (1) très curieuse se rattache à saint Thomas de Cantorbéry ; l’auteur parle à la première personne, comme si c’était le saint lui-même qui racontait : « Moi Thomas, archevêque de Cantorbéry, quand je m’enfuis d’Angleterre en France, j’allai trouver le pape Alexandre, qui était alors à Sens, pour lui dénoncer les mauvaises coutumes et les abus que le roi d’Angleterre avait introduits. Une nuit, comme j’étais en prière dans l’église de Sainte-Colombe, je demandais à la reine des vierges de donner au roi d’Angleterre et à ses héritiers des sentiments de conversion, afin que le Christ, dans sa miséricorde, leur inspirât d’aimer l’Eglise d’un entier amour. Tout à coup la bienheureuse Vierge m’apparut ; elle avait dans son sein cet aigle d’or, elle tenait dans sa main une petite burette de pierre. Elle tira l’aigle de son sein, enferma la burette dans l’aigle, et mit la burette et l’aigle dans ma main; et elle m’adressa les paroles

(1) Cotton, Mss. Brit. mus. Claud. E. VIII, 1 b; Vita, II, p. 246.

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suivantes : « Voici l’onction avec laquelle doivent être, à l’avenir, sacrés les rois d’Angleterre, non pas ceux d’entre ces rois qui sont et seront des méchants , ceuxlà ont beaucoup perdu et perdront beaucoup à cause de leurs péchés; mais il viendra des rois en Angleterre qui seront de bons rois et des champions de l’Eglise ; ceux-là seront remis en paisible possession des pays perdus par leurs pères, lorsqu’ils auront l’aigle et la burette. Il y aura un roi d’Angleterre qui sera le premier consacré par cette onction ; il recouvrera sans combat les provinces perdues par ses pères, à savoir la Normandie et l’Aquitaine. Ce roi sera le plus grand parmi les rois, il fera bâtir plusieurs églises en Terre sainte, il chassera tous les païens de Babylone et y fera bâtir plusieurs églises. Toutes les fois qu’il portera l’aigle dans son sein, il remportera la victoire sur ses ennemis, et son royaume s’accroîtra ; quant à toi, tu seras martyr. » Alors je demandai à la bienheureuse Vierge de m’indiquer à qui je pourrais confier ce précieux trésor ; elle me répondit : « Il y a dans cette ville un moine de Saint-Cyprien de Poitiers, nommé Guillaume, que son abbé a injustement chassé de son abbaye, et qui est en instance auprès du pape pour qu’il oblige son abbé à lui rendre son bénéfice. Donne-lui l’aigle et la burette, pour qu’il emporte le tout à Poitiers ; il les cachera dans l’église de Saint-Grégoire, près de saint Hilaire, au chevet de l’église, du côté du couchant, sous une grande pierre; on les retrouvera en temps opportun pour servir au sacre des rois d’Angleterre. Les païens seront cause que cet aigle sera re-

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trouvé. » Et je lui remis tous ces objets enfermés dans un vase de plomb. » Le vieux manuscrit dit que « ces objets furent retrouvés par hasard par monseigneur le roi d’Angleterre, la veille de saint Thomas, Tan de Notre Seigneur \ 337, dans un vieux coffre. » Walsingham (1) dit que le roi Richard II les trouva dans la tour de Londres en 1399, et qu’on se servit pour la première fois de cette huile au sacre d’Henri IV.

La dernière histoire que nous allons raconter est aussi probable que la précédente Test peu, et pourtant nous sommes obligé de la mettre au nombre des légendes, car elle semble contraire aux faits de l’histoire de saint Thomas. On raconte (*) que pendant le séjour de saint Thomas à Lyon, on lui demanda de consacrer l’église bâtie sur la hauteur en l’honneur de la bienheureuse Vierge et qui depuis est devenue célèbre sous le nom de Notre-

(1) Anglica, Normann., etc., ed. Camden, Francof., 1603, p. 360.

(2) On raconte une histoire toute semblable, dont Saint-LÔ aurait été le théâtre. * Dans une autre partie de la ville se trouve un bâtiment qui sert aujourd’hui de halle aux blés ; avant la révolution, c’était une église dédiée à saint Thomas de Cantorbéry. L’église primitive date de 1174. Elle était en construction à l’époque où saint Thomas Becket, ayant encouru le ressentiment d’Henri, s’exila et passa par Saint-LÔ. Gomme on n’était pas d’accord sur le patron à donner à la nouvelle église, on consulta l’illustre étranger, qui répondit : « Dédiez l’église au premier martyr qui versera son sang pour la foi. * La Providence permit que ce fût saint Thomas. 11 fut assassiné en 1171 et canonisé en 1173. Cependant l’église primitive fut détruite en 1571 pour faire place aux nouvelles fortifications; elle a été reconstruite en 1630 telle qu’on la voit aujourd’hui. » (Voyage architectural en Normandie, par H. Gally Knight, esq , M. P., Londres, 1836, p. 123 )

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Dame de Fourvières. Après l’office, on le pria de consacrer encore une petite chapelle qui touchait à la première. Il demanda en l’honneur de quel saint elle devait être consacrée. On lui répondit qu’on n’avait pas encore désigné de patron et qu’on le priait de le choisir lui-même. Il réfléchit quelques moments et dit qu’il ne voulait pas la consacrer, mais qu’il fallait attendre et la dédier au premier martyr qui verserait son sang pour Jésus-Christ. En conséquence , quelques années après, la chapelle fut consacrée à Dieu en l’honneur de saint Thomas de Cantorbéry.

Pour le même motif et faute de preuves suffisantes, il semble nécessaire de rejeter l’explication donnée par De Magistris dans son histoire locale d’Anagni, de ce fait que les chanoines de cette cathédrale érigèrent un autel en l’honneur de notre saint dans l’aile méridionale de l’église souterraine. Cet historien raconte qu’en 1169, pendant qu’Alexandre III habitait Anagni, saint Thomas y arriva lui-même peu après les ambassadeurs du roi Henri, et que pendant le temps de son séjour il célébra toujours la messe dans la basilique. Il serait certainement question de ce voyage dans les biographies du saint ou tout au moins dans sa volumineuse correspondance.

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