ORATIO
O dulcissime Jesu Christe, qui beatissimam Genitricem tuam, gloriosam Virginem Mariam, perpetuis gaudiis in cœlo lœtificasti, concédé propitius ut ejus meritis et precibus con- , tinuis salutem et prosperitatem mentis et corporis conse-#
HONNEURS ET OUTRAGES
quamur, et ad gaudia tuœ beatitudinis ac ejusdem Yirginis féliciter perveniamus ætemam. Per te, Jesu Christe, Salvator mundi, qui yivis et régnas cum Deo Pâtre, in unitate Spiritûs Sancti, Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
L’histoire de saint Thomas par Parker , citée par le docteur Smith, évêque de Chalcédoine, rapporte (O que saint Thomas d’Aquin composa en l’honneur de notre saint une hymne que l’on chantait tous les jours. Il est à regretter qu’elle ne soit point venue jusqu’à nous, car il eût été intéressant de rattacher le nom de saint Thomas de Cantorbéry à celui du saint dominicain son homonyme, comme nous avons eu plusieurs fois l’occasion d’associer son souvenir à celui de saint Bernard, de saint Guillaume, de saint Gilbert, de saint Anselme et de saint Edmond.
Parmi les parents du saint jetés par l’exil dans les différentes parties de l’Europe, deux de ses neveux furent enterrés à Vérone, ce qui explique comment la cathédrale de cette ville possède une si noble relique de saint Thomas et comment une église y fut érigée en son honneur en 1316. Plusieurs autres membres de sa famille allèrent à Rome et s’établirent ensuite à Fabriano sous le règne du pape Innocent III. Au xiv* siècle, deux mem-
(1) Flores hist. eccl. gentis angl. (Paris, 1654, lib. VII, cap. vi, n° 2, p. 377.) 11 faut avouer que l’hymne donnée par le docteur Giles (Vita, II, p. 209) rappelle, à quelques égards, le style du Lauda,Sion. Elle commence ainsi :
Laureata novo Thomà,
Sicut suo Petro Roma,
Gaude, Cantuaria.
458 S. THOMAS DE CANTORBÊRÏ.
bres de cette famille nés à Fabriano héritèrent de ses vertus et furent élevés à la dignité du sacerdoce. Les bienheureux Jean et Pierre Becket (i) appartenaient à l’ordre des ermites augustins de cette ville.
Vers l’année 1385 , Jean Becket, alors bachelier en théologie, vint à Oxford pour y faire des cours, et le chapitre général de son ordre , tenu à Strigonie en Hongrie le 24 mai de la même année, lui assigna dans cette université « la première chaire de professeur de Sentences qu’un étranger eût obtenue à Oxford. » Le registre de l’ordre fait mention de plusieurs privilèges qui lui furent accordés par le général, entre autres celui d’aller à Londres avec un compagnon quand il le voudrait; de rester pendant les vacances dans le couvent d’Oxford et d’avoir un secrétaire. Il revint avec le degré de maître, vers l’année 1392, dans le couvent où il avait fait profession, et le 7 mai 1420 on lui délégua lès pleins pouvoirs de général de son ordre.
Le bienheureux Pierre Becket fut élu, en 1388, visiteur adjoint du couvent de son ordre à Rimini, pour remplacer le fameux Grégoire d’Arimino. L’année suivante, il reçut l’autorisation de prêcher ; mais cette occupation ne le détourna pas de ses études, car en 1 391 il fut nommé second professeur à Venise. Deux ans plus tard, il lui fut permis de visiter le saint sépulcre , et son nom reparaît dans la chronique de l’ordre en 1421 ; on y voit qu’il lui
(1) Ces faits sont tirés des documents présentés à la sacrée congrégation des Rites en 1835.
HONNEURS ET OUTRAGES. 459
fut donné un serviteur, probablement à cause de son âge avancé. On dit aussi qu’à son retour du saint sépulcre il éveilla dans son pieux parent le désir de visiter comme lui ces saints Lieux, et qu’ils firent le pèlerinage ensemble. A leur retour, ils bâtirent dans leur ville natale une église en l’honneur du saint sépulcre ; cette église avait deux chapelles et cinq autels , sur l’un desquels reposèrent plus tard les reliques des deux saints religieux. Leur translation de la sépulture du couvent à cette église fut due à un miracle : un fagot d’épines sèches placé entre leurs tombes donna des boutons qui produisirent de belles et nombreuses fleurs. Leurs reliques furent portées à l’église du couvent, et leur translation solennelle eut lieu plus tard à l’église du Saint-Sépulcre en 1565. On y célèbre leur fête le 1" de janvier, anniversaire de leur translation. La petite église dans laquelle ils reposent porte maintenant leurs noms, et la châsse de bois dans laquelle sont renfermés leurs corps est couverte de peintures représentant les miracles opérés par leur intercession; ces peintures datent, dit-on, de 1450 environ. En 1591, la communauté de Fabriano fit vœu de solenniser ce jour comme fête d’obligation pendant douze ans, pour obtenir d’être délivrée de la peste et de la famine. Le 28 août 1835, le pape Grégoire XVI leur accorda le titre de bienheureux et autorisa le culte qu’on leur avait rendu jusqu’alors.
La dévotion à saint Thomas se répandit très rapidement. La première représentation connue du saint est exécutée en mosaïque, dans l’église de Monréale près
460 S. THOMAS DE CANTORBÉRY
de Palerme ; cette église fut bâtie par Guillaume le Bon, roi de Sicile, qui en posa la première pierre, l’année où saint Thomas fut canonisé. Ce roi avait épousé une fille de notre roi Henri II, Jeanne d’Angleterre, qui arriva en Sicile Tannée 1177.
On conserve dans la cathédrale d’Anagni un bel ornement complet, donné à cette église par le pape Innocent III en Tannée 1200. Sur une des dalmatiques (i) est représenté le martyre de saint Thomas, parmi plusieurs figures de saints anglais. La croyance générale, conforme à la tradition locale, est que le saint vint A Anagni pendant son exil; on prétend même qu’il disait la messe à un autel de la crypte, qu’on a ôté depuis pour faire place à la sépulture des chanoines. On voit dans la chapelle du chœur une peinture qui peut avoir servi de porte au trésor ; on lit sur cette peinture une inscription (*) qui dit qu’en 1325 les chanoines possédaient une de ses reliques.
Dans le couvent des sœurs de Notre-Dame à Namur, son martyre est représenté sur une mitre qui appartint d’abord au célèbre cardinal Jacques de Vitry, directeur et biographe de la bienheureuse Marie d’Oignies; il laissa cette mitre, en 1244, à l’abbaye d’Oignies, d’où, à la mort du dernier prieur, elle passa à Namur.
(1) Mrs. Jamieson (Légendes des ordres monastiques , Londres, 1850, p. 115) se trompe en disant une chape.
(2) « Hoc opus fieri fecit dominus Raynaldus, presbyter et clericus istius J&cclesiæ sub anno Domini mcccxxv, mense maii. Ibi sunt de reliquiis sanctorum Thomæ, archiepiscopi Cant., Thomæ de Aquino, et Pétri, episcopi Anagnini. »
HONNEURS ET OUTRAGES
Le premier autel (i) qu’on lui éleva en Belgique était dans le monastère de Saint-Laurent, à Liège. Ce fut l’abbé Evelin qui l’érigea, « en souvenir de l’affection qu’il portait à notre saint alors qu’ils étudiaient ensemble à Paris. » A Rome, le plus ancien autel en son honneur est celui de la chapelle {*) qui lui fut dédiée dans la crypte ou confession de l’église de Saint- Alexis sur le mont Aventin. Cet autel fut consacré en 1218 par Pélage, cardinalévêque d’Albano, qui plaça dans l’intérieur quelquesunes de ses reliques, réunies à celles de plusieurs autres saints. Il existe également à Ver*oli une relique fort remarquable, conservée dans un très beau buste, qui fut décoré il y a deux siècles par un chanoine de cette église. On voit à Courtrai une chasuble du saint; une autre chasuble et un calice à Dixmude, un ornement complet à Sens. Son Eminence le cardinal Wiseman a une mitre, et Erdington conserve un amict ; ces deux reliques viennent du même trésor. Grand nombre d’autres reliques ont été honorées dans différentes églises, mais elles n’ont point survécu aux orages que la religion a essuyés. L’anneau (3) que le saint
(1) Martene, Vet. Scriptor., Paris, 1724, IV, p. 1090. En 1196, Adalbert III , archevêque de Saltzbourg , ordonna aux religieux du monastère d’Admont de célébrer la fête comme double de seconde classe, < et ut meliori pani et vino et etiam piscibus , ob honorem ejusdem martyris, nostrîque memoriam, illâ die congregationi ministretur. •
(2) « Ex pervetusto membran. codice qui Lexionarium dicebatur, ad Alexianorum usum monachorum, » Félix Nerinius, abbas hyeronimianus, De Templo et Cœnob. SS. Bonifacii et Alexii. Romæ, 1752,
(3) Mon. angl., Lond., 1682, I, p. 6.
S. THOMAS DE CANTORBÉRY
portait lors de son martyre se trouvait parmi les reliques de Glastonbury. On montrait un cilice (*) dans un reliquaire du collège anglais à Douai , un fragment de cilice à l’abbaye de Liesse, un autre (*) dans celle de Saint- Victor à Paris ; un os de son bras dans la grande église de Sainte-Waldetrude à Mous; son calice dans le grand couvent de Bourbourg ; sa mitre et un linge trempé dans son sang à Saint-Omer, dans l’église de Saint-Bertin ; le rochet (8) qu’il portait lors de son martyre était dans l’abbaye de Saint-Martin, appelée communément Saint-J udoc ; on conservait des pièces de ses vêtements dans plusieurs autres monastères des Pays-Bas.
Les plus intéressantes reliques qui existent encore sont celles qui sont conservées dans l’église de Sainte-Marie- Majeure à Rome. Baronius dit (*) que les cardinaux légats Albert et Théodwine rapportèrent un morceau du pavé sur lequel avait été répandue sa cervelle, ainsi que sa tunique tachée d.e sang, et que ces reliques furent alors placées dans cette église.
Bientôt les plus précieux trésors vinrent enrichir sa châsse à Cantorbéry. Albert, archevêque de Livonie, dans son récit (®) de la translation des reliques de saint Edmond, dit que rien au monde ne peut en égaler la richesse et la beauté. Tous les auteurs, jusqu’au règne
(1) Alban Butler, 29 déc.
(2) La Vie, par de Beaulieu, Paris, 1674, p. 388.
(3) Stapleton, Très Thomæ, Colon. Agripp., 1612, p. 108.
(4) Annales, XII, p. 655.
(5) Martene, Thés. nov. anecd., III, p. 1868.
HONNEURS ET OUTRAGES. 463
d’Henri VIH, en ont parlé de même. Contentons-nous de citer un Vénitien (0, qui la visita vers l’année 1500: c’était sans doute alors le temps de sa plus grande splendeur. « La tombe du martyr saint Thomas, archevêque de Cantorbéry, surpasse, dit-il, tout ce qu’on peut imaginer. Malgré sa grande dimension, elle est entièrement recouverte de plaques d’or pur ; mais cet or se voit à peine, car il est recouvert à son tour de différentes pierres précieuses : saphirs, rubis, balais, diamants et émeraudes. De quelque côté que se tournent les yeux, ils aperçQivent de nouvelles magnificences. Le travail de l’art rehausse toutes ces beautés , car des pierres sculptées de toute grandeur, des agates, des onyx, des cornalines et des camées , dont plusieurs d’une grosseur énorme , sont enchâssées dans l’or. Mais rien n’égale un rubis qui n’est pas plus large que l’ongle du pouce, et qui est fixé à la droite de l’autel. L’église est un peu sombre, surtout dans la chapelle où est placée la châsse, et quand nous allâmes la visiter, le soleil était à son déclin et le temps nuageux. Néanmoins je vis ce rubis comme s’il eût été dans ma main. On médit qu’il avait été donné par un roi de France. »
L’histoire de l’Eglise est une série de vicissitudes; les rois et les nobles jettent les richesses dans son sein, et ces richesses éveillent la convoitise; elle est dépouillée et devient pauvre; puis on lui fait de nouvelles offrandes,
(1) Description de l’Angleterre sous Henri VII, publiée par la société de Camden.
S. THOMAS DE CANTORBÉRY
qui deviennent à leur tour la proie de pillards sacrilèges. La châsse de saint Thomas ne fut pas épargnée quand les propriétés de PEglise d’Angleterre tombèrent entre les mains des laïques; mais saint Thomas la protégea si visiblement, que le spoliateur déclara la guerre' à son nom.
Un jurisconsulte (U nous raconte en ces termes cette parodie des formes de la justice :
« Quand Henri VIU voulut secouer l’autorité du pape, il pensa que tant que le nom de saint Thomas resterait dans le calendrier, on s’autoriserait de son exemple pour méconnaître l’autorité ecclésiastique du souverain. Çn conséquence, il ordonna à son attorney général d’intenter un procès à saint Thomas , sous forme de quo waranto, l’accusant d’avoir usurpé le titre de saint. H fut cité devant la cour avec toutes les formalités d’usage. Le jugement qui le dépouillait de ce titre aurait été rendu par défaut si le roi, pour montrer son impartialité et les égards qu’il avait pour l’administration de la justice, n’avait assigné un avocat à l’accusé aux frais de l’Etat. La cause fut appelée; l’attorney général et l’avocat de l’accusé furent entendus, les preuves présentées de part et d’autre, et il fut déclaré que Thomas, autrefois archevêque de Cantorbéry, s’étant rendu coupable de contumace, de trahison et de rébellion, ses os seraient brûlés publiquement, afin que la punition infligée au mort fût un enseignement pour les vivants. » On ordonna, de plus, que les offrandes faites à sa châsse seraient confis-
(1) Lord Campbell, Vies des chanceliers, I, p. 95.
HONNEURS ET OUTRAGES. 46
quées au profit de la couronne. On fit ensuite la déclaration suivante : « Attendu , comme la chose est certaine aujourd'hui, que Thomas Becket a été tué dans une émeute causée par sa propre obstination et l'intempérance de son langage, et que depuis il a été canonisé par l'évêque de Rome comme champion de son autorité usurpée. Sa Majesté le roi juge expédient de déclarer à ses sujets bien-aimés que Thomas n'est point un saint, mais un rebelle et un traître à son prince. C'est pourquoi il recommande strictement qu'il ne soit point estimé ni appelé saint; que toutes images et portraits de lui soient détruits; que les fêtes établies en son honneur soient abolies, et que son nom et son souvenir soient effacés de tous les livres, sous peine d'encourir l'indignation de Sa Majesté et d'être emprisonné selon le bon plaisir de Sa Grâce. »
Ce fait eut un certain retentissement dans cette Rome pour laquelle saint Thomas vécut et mourut. Le pape Paul III, dans une bulle (*) lancée contre Henri, rappelle ses crimes en détail et s'exprime ainsi : « Après avoir, au plus grand mépris de la religion, appelé devant la cour saint Thomas , archevêque de Cantorbéry, et l'avoir fait condamner comme contumace et déclarer traître , il a ordonné que ses os , conservés à Cantorbéry dans une châsse d'or, à cause des miracles sans nombre opérés en sa faveur par le Dieu tout-puissant, seraient enlevés et brûlés, et que leur cendre serait jetée au vent, surpassant
(1) Bulla Cùm redemptor, 17 décembre 1538.
466 S. THOMAS DE CANTOBBÉKY.
ainsi en cruauté les nations les plus cruelles, car en temps de guerre les vainqueurs ne s’acharnent point contre un cadavre. De plus, il s’est emparé de toutes les offrandes d’un prix inestimable déposées sur son tombeau par la libéralité des princes et ' des monarques, parmi lesquels nous comptons plusieurs rois d’Angleterre. Et, malgré ces sacrilèges, il pense n’avoir fait aucune injure à la religion, s
Ces circonstances ont donné à saint Thomas une position spéciale parmi les saints. Son nom patrone tous les efforts faits en vue de combattre l’esprit d’Henri Vin et de ses successeurs, toutes les luttes entreprises pour empêcher ces princes d’exercer la juridiction ecclésiastique.
Le grand docteur Milner le considérait comme le protecteur de son diocèse, et, à la prière de l’évèque qui a succédé en partie à ses fonctions, le pape Pie IX a déclaré saint Thomas patron du diocèse de Northampton. L’hôpital anglais à Rome était sous son invocation; le collège qui lui a succédé est encore sous cet auguste patronage, et les membres de ce collège , en communion avec leurs frères, ont marché si fidèlement sur ses traces, que le cardinal Baronius, en parlant de saint Thomas, est naturellement conduit à faire allusion aux martyrs anglais qui furent ses imitateurs.
Le fait suivant (i) prouve la dévotion dont ce grand saint était l’objet dans les collèges de l’étranger qui fournissaient « les prêtres de séminaire; » c’est ainsi qu’on
(1) Archiv. coll. angl., L'rbiâ Scr., vol. XX, n°> SS et SA.
HONNEURS ET OUTRAGES
appelait alors les missionnaires apostoliques. En 1599, les cardinaux Borghèse et Farnèse, ayant reçu du pape Clément VIII la juridiction sur tous les séminaires anglais, accordèrent à chacun de ces établissements deux fêtes auxquelles furent attachés les mêmes privilèges qu’aux fêtes de la Sainte Trinité et de saint Thomas, qu’on célébrait dans le collège anglais à Rome. On remarqua que les cinq séminaires des différentes parties de l’Europe désignèrent d’abord à l’unanimité saint Thomas de Cantorbéry, et ne choisirent qu’en second lieu différents saints illustres de l’Angleterre. On nomme ordinairement saint Thomas le protecteur du clergé séculier anglais; et, bien qu’il n’existe aucun document du saintsiège qui lui accorde officiellement ce titre, il lui a été donné récemment dans plusieurs rescrits. Mais le corps le plus vénérable placé sous le patronage de saint Thomas est la sacrée congrégation des immunités ecclésiastiques. Cette congrégation se réunit à son autel tous les ans au jour de sa fête, et, à sa demande, le pape Grégoire XVI décréta que la fête de saint Thomas serait double dans les Etats de l’Eglise. Sur les instances du cardinal duc d’Yorck, le pape Benoit XIV donna à tous les ecclésiastiques d’origine anglaise la permission de célébrer cette fête, partout où ils seraient, comme double de seconde classe avec octave. Avant ces décrets, le pape Urbain VIII avait accordé à tous les Anglais l’autorisation de célébrer l’octave lors même qu’elle tomberait dans un temps où, d’après la rubrique ordinaire , elle aurait dû être supprimée. Enfin, le pape Pie IX, par un rescrit du
S. THOMAS DE CANTORBÉRY
12 juillet 1857, a permis de célébrer la fête comme double de première classe avec octave , confirmant ainsi une coutume observée de temps immémorial en Angleterre.
A toutes les qualités qui font un homme grand et digne d'ètre aimé, saint Thomas joignait une parfaite pureté d'intention et une persévérance inébranlable à procurer la gloire de Dieu et à défendre les droits de l'Eglise. Ses mortifications furent telles, que les hommes doutèrent si son martyre consistait à vivre ou à mourir. A l'heure de son dernier combat, il entra à regret dans l'église, craignant de paraître fuir; mais quand il y fut entré, il ne voulut plus en sortir, car il voulait offrir à Dieu le sacrifice de sa vie dans la mère-église d'Angleterre. Il ne leva point la main pour se défendre; mais, avec cette noblesse et cette majesté qui étaient dans sa nature, il vit venir les coups d'épée qui envoyèrent son âme jouir de sa glorieuse récompense. Dieu n'oublia point la gloire du serviteur qui avait été si zélé pour la gloire de son Epouse; des miracles éclatants et sans nombre furent la récompense terrestre de saint Thomas de Cantorbéry.
Répétons les paroles de la prose qu'on lit, au jour de sa fête, dans le missel de Salisbury ; sans doute elles retentirent plus d'une fois sous les voûtes de Christ-Church à Cantorbéry, tandis qu'on chantait la messe à son tombeau.
Trucidatur flos pastorum inter sanctuaria,
Nec diei nec locorum obstat reverentia.
Martyris indicatur gloria crebra per indicia,
Curantur per ejus suffragia infirmorum millia.
HONNEURS ET OUTRAGES
Stella maris, quæ lætaris te lactasse Filium,
Hune precamur, assequamur ut Thomæ consortium.
Rivalisons de tendresse et de dévotion avec cette époque naïve, et disons , en empruntant les paroles d'une vieille antienne :
Opem nobis, ô Thoma, porrige, Rege stantes, jacentes érigé, Mores, actus et yitam corrige, Et in pacis nos yiam dirige.