‹ La vie et le martyre de s. Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et légat du Saint SiègeChapitre 9 sur 79 · LA COUR DE CANTORBÉRY · texte numérisé non relu

LA COUR DE CANTORBÉRY

deux prélats intéressés se rendirent à Rome pour soumettre la question au saint-siège. Ce fait eut lieu en 1143, année dans laquelle mourut le pape Innocent. L’état politique de Rome était précaire; et comme le sacré collège sentait le danger d’un interrègne, la chaire de saint Pierre ne fut vacante qu’un jour. Cependant le pape Célestin II ne régna que six mois, et après une autre vacance d’un jour, Lucius lui succéda.

Quand saint Thomas visita Rome avec l’archevêque Théobald, le saint-père était probablement au Vatican à l’abri du château Saint-Ange , alors entre les mains de ceux qui lui restaient fidèles. Le Trastévère, à cette époque comme toujours, se glorifiait de sa fidélité, tandis que le reste de la ville était en insurrection. La situation politique était peu favorable à la discussion des affaires qui les amenaient à Rome. Théobald réussit sans doute, car on ne parle plus d’Henri comme légat; et l’archevêque présida en cette qualité le premier concile qui fut tenu en Angleterre. Pourtant, comme ce synode n’eut pas lieu avant Tannée 1151, nous ne savons point si ce succès fut immédiat.

Il serait très intéressant de savoir où saint Thomas habita dans la ville éternelle; mais nous n’avons rien qui puisse l’indiquer. L’hôpital, cette fondation due à la munificence de John et Alice Shepherd, ne fut fondé que * deux cents ans plus tard; il fut alors dédié, comme le collège anglais qui lui succéda et qui existe encore aujourd’hui, à la sainte Trinité, en l’honneur de notre saint. L’établissement anglo-saxon dont le souvenir est

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conservé sous le nom de Santo SpiritoinSassia, et auquel se rattachent les noms d’Ina, d’Ethelwolf, d’Alfred et de Canut, existait encore (i), mais dans un grand dénûment. Les autres fondations anglaises furent toutes d’une date plus récente que la visite de saint Thomas.

Il se présenta une autre affaire de grande importance, dont la conduite fut très probablement confiée à saint Thomas par Théobald. Cette affaire acquit une plus grande importance encore quand le saint eut succédé à son maître sur le siège de Cantorbéry. C’était la préséance de cette église sur l’archevêché d’Yorck , et le droit du métropolitain du Nord de faire porter sa croix devant lui dans la province de Cantorbéry. L’archevêque d’Yorck avait été appelé primat d’Angleterre de temps immémorial, et l’archevêque de Cantorbéry n’était distingué de lui que par le titre de primat de toute l’Angleterre. C’est pourquoi , afin d’assurer la suprématie réelle d’un siège sur l’autre, la pétition au saint-père prit la forme d’une requête par laquelle on demandait que l’archevêque de Cantorbéry pût, en vertu de sa position, jouir du pouvoir de légat ou fût ce qu’on nommait le legatus natus du saint-siège , dignité qui lui fut conférée plus tard.

Dans ces négociations , Théobald reçut une puissante • assistance de saint Bernard. Lorsque, pendant le règne d’innocent, il avait désiré visiter le saint-siège et qu’il en avait été empêché, saint Bernard avait écrit une lettre

(1) Voyez la note B, à la fin du volume.

LA COUB DE CÀMOBBÉBY.

au pape (i) dans laquelle il louait hautement ce prélat. La mort de Lucius, en 1143, fut l’occasion de l’élection de Bernard, ahbé de l’ordre de Cîteaux, qui, sous le nom d’Eugène III, devint illustre par ses propres actions aussi bien que par les écrits de son saint homonyme. Dans la première lettre que le saint ahbé de Clairvaux adressa au nouveau pape, il prit le parti de l’archevêque de Cantorbéry contre les prélats d’Yorck et de Winchester dans ce qu’il nomme « l’ancienne querelle concernant la charge de légat. »

On aime à penser, et cela est extrêmement probable, que saint Thomas a pu, soit en allant à Rome, soit à son retour, passer à Clairvaux pour y voir son puissant avocat saint Bernard ; qu’il a été lui-même porteur de ses lettres au saint-siège, et qu’ainsi une amitié personnelle peut avoir existé entre ces deux saints.

Les troubles continuant encore à Rome , le pape Eugène visita la France; en 1148, il quitta Paris, où le roi Louis lui avait fait une réception royale, pour aller à Reims. Les évêques de l’Eglise universelle avaient été convoqués dans cette ville pour y tenir un concile à la mi-carême. Cédant à l’influence d’Henri de Winton, qui était peut-être mécontent d’avoir perdu la position de légat et désirait exposer l’archevêque à la colère du roi ou du pape, le roi Etienne refusa à Théobald la permission d’assister au concile. L’archevêque cependant entreprit d’échapper aux gardes qui avaient été placés pour l’em-

(1) Ep. ccxi et cxxxviii, ed. Horst., Lugd., 1687.

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pécher de quitter l’Angleterre, et, seul entre tous les évoques, à l’exception de trois que le roi envoya pour excuser les autres, il assista au synode. Il était accompagné par saint Thomas, qui a raconté lui-même que Théobald fut reçu par le pape avec de grands honneurs, et que le saint-père remercia le saint en plein synode a de ce qu’il était venu au concile plutôt à la nage que sur un vaisseau (i). »

Le roi força Théobald à quitter encore l’Angleterre après son retour du concile, et l’archevêque resta à Saint- Omer, où il consacra Gilbert Foliot, évêque d’Héreford, avec l’assistance des évêques d’Amiens et de Cambrai. De là, autorisé par le pape Eugène, il mit l’Angleterre en interdit , et cette position ne cessa que par la médiation d’un certain nombre d’évêques et de nobles qui réconcilièrent le roi et l’archevêque.

Saint Thomas fit à Rome, dans ce temps, un autre voyage pour traiter une affaire de la plus haute importance. Etienne désirait que son fils Eustachefùt couronné de son vivant, afin de lui assurer sa succession. C’était contraire à la convention de Winchester. Cette convention établissait qu’Etienne garderait la couronne sa vie durant et qu’elle passerait ensuite à Henri. Le couronnement projeté d’Eustache fut expressément défendu par le pape, et le chroniqueur (*) nous dit que cette défense, qui assurait la couronne à Henri sans contestation, avait

(1) Ep. s. Th., i, p. 10*; Gerv., p. 1868.

(2) Gerv., p. 1371.

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