‹ La vie et les conspirations du Général Malet, 1754-1812Chapitre 10 sur 18 · SUPPLÉMENT · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT

Le général de division Pomereuil(l) prendra le commandement de tous les corps de la Garde impériale qui se trouvent actuellement à Paris. Le général Deriaux continuera, sous ses ordres (2), à remplir les fonctions de chef d'État-Major de ces corps.

M. Rabbe, colonel du régiment de la Garde de Paris, étant promu au grade de général de brigade, M. Thibault, chef du 1^^ bataillon de ce régiment, le remplacera.

M.Godard, capitaine [des grenadiers], est nommé chef du l^'^ bataillon.

(1) François-René-Jean de Pommereuil, né à Fougères en 1845, lieutenant d'artillerie en 1765, maréchal de camp en 1787, général de division en 1796, sous l'Empire, préfet, conseiller d'État, etc.

^2) (En surcharge). Le général Dériot, promu général de bri-

M. Rouff, capitaine 1 , est nommé chef du 2^ bataillon.

Les douze compagnies de ce régiment sont destinées à former les cadres et noyaux de douze bataillons pour la Garde du gouvernement. Tous les capitaines seront promus au grade de chefs de [ces (2)] bataillons. L'avancement sera progressif pour les autres officiers. Les sous-officiers seront susceptibles de remplir les places d'officiers (3).

Cette organisation sera plus amplement détaillée par un règlement particulier.

Chacun des paragraphes de cet ordre du jour comporte des développements qui exigent une mise au point spéciale ; ainsi chacun des acteurs principaux recevra copie du sénatus-consulte, copie de Tordre

gade le 6 avril 1811, était en 1789 fourrier aux Gardes françaises. 11 avait fait toutes les campagnes des guerres de la Liberté : Moselle, Nord, Ouest, Italie, Egypte, Allemagne, Dalmatie ; il était chef d'État-Major de la Garde depuis 1808.

(1) Rayé. Dans l'expédition publiée par Gigon, p. 191, le nom est en blanc.

(2) En surcharge.

(3) Ce paragraphe est suivi dans le texte publié par Gigon, p. 191, de celui-ci :

M. Gouget, colonel des dragons de la Garde de Paris, est promu au grade de général de brigade. Le corps qu'il commande formera le noyau et le cadre d'un régiment de dragons et d'un de chasseurs, de quatre escadrons chacun, qui feront partie de la Garde du Gouvernement.

du jour, copie de la proclamation, une lettre personnelle réglant dans le détail ce qu'il aura à faire. Il y a un paquet composé de la sorte pour le commandant de la 10^ cohorte; pour les généraux que Malet compte faire sortir de la Force et qu'il a désignés, dans son esprit, pour ses collaborateurs essentiels; pour le commandant des dépôts de la Garde; pour le préfet de la Seine ; pour le colonel de la Garde de Paris ; pour les deux chefs de bataillon; pour les commandants des dépôts du 12^ léger, du 38^ de ligne, du 52^ de ligne, de la compagnie de réserve, du bataillon de vétérans... Chacune des pièces est copiée en entier de la main de Malet : de la même écriture penchée, nette, sans guère de ratures, courant indéfiniment, sans majuscules, sans raies, ni barres, ni traits de suspension.

Et il y en a ainsi un portefeuille rempli d'exemplaires.

Et ce n'est pas tout ; pour le premier acte, le plus important, Malet se dédouble. Il va paraître, devant la 10® cohorte, comme un général Lamothe délégué par le général en chef Malet (1). Ne serait-il pas en

(1) Le général de division commandant en chef des troupes de Paris et de la première division.

A M. Soulier, Commandant la Cohorte

Au quartier-général de la place Vendôme^ le 23 octobre 1812, à une heure du matin.

Monsieur le Commandant, Je donne l'ordre à M. le général Lamothe de se transporter à votre caserne, accompagné d'un commissaire de police pour

effet par trop insolite qu'un général commandant en chef vînt lui-même dans la cour d'une caserne se

faire, à la tête de la cohorte que vous commandez, la lecture de l'acte du Sénat par lequel il annonce la mort de l'Empereur et l'abolition du Gouvernement impérial. Ce général vous donnera aussi connaissance de l'ordre du jour de la division, par lequel vous verrez que vous êtes promu au grade de général de brigade et qui vous indiquera les fonctions que vous aurez à remplir.

Vous ferez prendre les armes à la cohorte avec le plus de diligence possible. Pour remplir ce double but plus sûrement, vous défendrez qu'on avertisse les officiers qui seraient le plus éloignés de la caserne. Les sergents-majors commanderont les compagnies où il n'y aura pas d'officiers.

Lorsqu'il sera jour, les officiers qui se présenteront à la caserne seront envoyés place de Grève où les attendront les compagnies qui devront s'y réunir, après avoir exécuté les ordres qui seront donnés par le général Lamothe et auxquels vous voudrez bien vous conformer en le secondant de tout votre pouvoir.

Lorsque ces ordres seront exécutés, vous vous rendrez à l'Hôtel de Ville pour y prendre le commandement qui vous est indiqué dans l'ordre du jour. Vous aurez sous vos ordres les troupes ci-après désignées :

1° Votre cohorte ;

2° Deux compagnies du 2^ bataillon de Vétérans ;

3° Une compagnie du l®'" bataillon du régiment de la Garde de Paris ;

4° Vingt-cinq dragons de la Garde de Paris ;

5° La garde que vous y trouverez déjà placée.

Vous ferez toutes vos dispositions pour garder l'Hôtel de Ville et les avenues. Vous placerez un détachement au clocher de Saint-Jean pour être maître de sonner le tocsin au moment où cela sera nécessaire.

Ces dispositions faites, vous vous présenterez à Monsieur

livrer à d'aussi médiocres besognes. Le général Lamothe, après avoir joué cette scène capitale, rentre dans la coulisse. Ce sera « un général » qui, à la tête de la 10® cohorte, s'arrêtera devant la Force et exigera la mise en liberté immédiate des prisonniers d'État et des officiers généraux détenus dont Ducatel a fourni les

le Préfet qui demeure à 1 Hôtel de Ville, pour lui remettre le paquet ci-joint. Vous vous concerterez avec lui pour faire préparer une salle dans laquelle se rassemblera le Gouvernenement provisoire et un emplacement commode pour recevoir mon État-Major qui s'y transportera avec moi sur les huit heures.

S'il se présente à vous, de ma part, des commissaires, il«; seront munis d'une carte portant le même timbre que celui placé au bas du présent ordre. Vous pourrez prendre avec eux les mesures que les circonstances exigeraient en mon absence.

Je m'en rapporte pour tout ce qui ne serait pas prévu dans cette instruction, à votre sagesse, à votre expérience et à votre patriotisme dont on m'a donné le meilleur témoignage. C'est d'après ces raisons que je mets une entière confiance dans vos dispositions.

En exécutant ponctuellement cet ordre. Monsieur le Commandant, vous serez sûr de servir utilement votre patrie qui

vous' en sera reconnaissante.

Malet.

Timbre.

P.- S. — Le général Lamothe vous remettra un bon de 100.000 fr. destiné à payer la haute solde accordée aux soldats et les doubles appointements des officiers. Vous prendrez aussi des arrangements pour faire vivre votre troupe qui ne rentrera à la caserne que lorsque la Garde nationale de Paris sera assez organisée pour prendre le service. Cette somme est ndépendante de la gratification qui vous est accordée.

noms. Il est deux de ces généraux auxquels, sans leur avoir rien confié, Malet accorde pleine confiance et qu'il introduit dans son drame au premier coup ; pour chacun d'eux, Lahorie et Guidai, un paquet est prêt (1).

Victor Panneau de Lahorie vient de l'Armée du Rhin, avec une réputation d'intégrité et de droiture, il a été l'ami d'Alexandre de Beauharnais. Il était en 1800 chef d'état-major de Moreau à la fortune duquel il s'est attaché ; il en a partagé les vicissitudes, et, comme complice de la conspiration de l'an XII, il a été condamné à mort par contumace. Caché durant six ans chez M""^ Hugo, arrêté en 1811, détenu à Vincennes, il a accepté ou subi l'exil aux États-Unis. Il est sur son départ et peut-être Malet le sait-il. D'ailleurs, il n'a point rencontré Lahorie depuis dix ans.

Il n'a jamais vu Guidai. Officier de l'ancienne armée, rentré au service en 91, promu adjudant général, commandant en l'an VI les troupes de l'École militaire, destitué une première fois pour intempérance et excès de pouvoir ; général de brigade, par la faveur de Barras, qui, dit-on, prisait sa femme ; employé dans l'Orne où il a été mêlé à l'affaire de Frotté (2), réformé et destitué en Fan X ; retiré à Grasse, où il

(1) Malet a pensé d'abord à faire libérer Lahorie et Guidai par Soulier; il n'y a renoncé qu'au dernier moment trouvant la chose trop hasardeuse.

(2) On peut croire qu'il lui dressa un guet-apens ; sa veuve dira qu'il était d'accord avec lui pour ramener les Bourbons.

voyait souvent l'ex-directeur Barras, il a établi des rapports avec les Anglais, pour « être chargé de la correspondance entre le parti royaliste dans. le midi de la France et la flotte anglaise devant Toulon et pour porter diverses instructions aux partisans du Roi »; il a été employé dans le même objet pendant toute la durée du commandement de l'amiral Lord Exmouth, commandant en chef la flotte de S. M. B. dans la Méditerranée dans les années 1811-1812. A la Force, Guidai attendait, sans impatience, son transfert à Aix où il devait passer au conseil de guerre et il multipliait les certificats de médecin et les démarches pour obtenir des sursis à son départ. Ses excellents amis, M. et M""^ Paban, de Marseille, étaient d'autant plus empressés à le seconder que Paban, venu à Paris peut-être expressément, était pleinement au courant de la conspiration, à telle enseigne qu'il fut fusillé à Toulon le 21 décembre 1813, sur jugement de la commission militaire.

' A la vérité, Malet comptait employer certains autres prisonniers d'État, un nommé Boccheiampe, Corse, qui avait été arrêté en Toscane comme agent des Bourbons ; même deux colonels, Madier de Lamartine et Faujas de Saint-Fond, compromis dans la capitulation de la Guadeloupe, mais comme comparses; et il n'avait point désigné Madier et Faujas sur l'ordre de mise en liberté qu'il avait préparé pour le concierge de la Force.

A Lahorie et à Guidai seuls, étaient réservées des

missions d'une importance capitale, qui exigeaient non seulement une extraordinaire activité et une singu^ lière présence d'esprit, mais une connaissance exacte de Paris et du personnel gouvernemental : puisque Lahorie devait être ministre de la Police à la place de Savary, et Guidai préfet de Police à la place de Pasquier. Ils auraient chacun à apprendre en marchant un rôle qu'ils n'avaient jamais répété et dont ils ne savaient pas un mot. Lahorie depuis huit ans n'avait point marché dans une rue de Paris ; Guidai de même. N'importe !

Enhardi à mesure que, dans son imagination, se déroulent les scènes du drame et qu'il en voit le succès, Malet, ayant enfoncé les portes de la Force, risque un coup d'une audace vraiment surprenante. A Rabbe, dont le dévouement à Bonaparte s'est affirmé sans hésitation depuis 1800 ; qui, comme colonel du 2^ régiment de la Garde de Paris, fut un des juges du duc d'Enghien ; auquel, comme à l'officier d'extrême confiance, a été confié le commandement de là seule force militaire organisée qui soit à Paris ; Malet enverra tout simplement, par un planton, tous les documents politiques et les ordres du jour.. Il y en aura des exemplaires pour chacun des deux bataillons ; mais ce n'est point assez. Rateàu a dit que le colonel pouvait être absent. Il a un congé de quelques jours. Il va partir pour Beauvais. Alors, par dessus la tête du colonel et des chefs de bataillon, Malet dresse l'ordre de marche de chacune des douze compagnies. Dans son

cerveau, comme dans une chambre claire, il voit les douze compagnies, aller, venir, passer dans Paris qui ne s'en inquiétera pas, car on choisira le jour de la parade hebdomadaire, s'étendre de barrière à barrière, et occuper tous les points importants. Les grenadiers du V"^ bataillon iront au Luxembourg (palais du Sénat), les voltigeurs à la place Vendôme, la V^ compagnie de fusiliers à la Trésorerie (1) (1, rue Neuve-des- Petits-Champs), la deuxième à la préfecture de Police (rue de Jérusalem), la troisième à l'Hôtel de Ville, la quatrième au ministère de la Police (quai Malaquais),

(i) ire compagnie de fusiliers du i" bataillon

de la Garde de Paris

Il est ordonné à la 1^^ compagnie de partir de sa caserne aussitôt que le présent ordre lui sera remis pour se rendre à la Trésorerie (rue Neuve des Petits-Champs) en ne passant pas par la rue de la Verrerie. Elle marchera avec le moins de bruit possible. Arrivée à sa destination, le commandant enverra un détachement de quinze hommes à IVYdministration de la Loterie, même rue. Un autre de vingt-cinq hommes à la place des Victoires pour renforcer en cas de besoin la garde de la Banque de France.

Les vivres et une bouteille de vin par homme lui seront fournis par les soins du commandant pendant tout le temps que durera ce service extraordinaire.

Paris, le... octobre 1812.

Le Général de division Commandant en chef, (Cachet). Malet.

Il ne sera exécuté d'autres ordres que ceux munis du timbre mis à celui-ci. Tout militaire qui se présenterait sans cela ou sans une carte pareille sera arrêté.

les grenadiers du 2® bataillon à la barrière Saint- Martin, les voltigeurs à la barrière de Vincennes, la 1" compagnie de fusiliers à la préfecture de Police, la 2"^ quai Voltaire, la S*"® place de Grève, la 4*"^ place du Palais-Royal. Les détachements s'étendront et gagneront du terrain et chacun de leurs pas est compté, eomme leur itinéraire de leur caserne au but fixé. Rien ne semble avoir été laissé au hasard.

A ce point du scénario se placent les lettres et les ordres adressés à l'adjudant commandant Doucet, chef d'État-Major de la Place de Paris, promu général de brigade. Il est dans le programme de ne point admettre, de la part de Doucet, la moindre hésitation à exécuter les instructions qu'il recevra; sur la clôture des barrières et leur garde, sur l'arrestation dé l'archichancelier et des ministres, sur la mise en activité de toutes les troupes non employées jusque-là. A ces ordres que Doucet ne manquera pas d'exécuter, se superposeront ceux que le général Desnoyers aura reçus chez lui, rue Duphot, en même temps qu'un chapeau, un Ijabit de général et une épée ; ceux que le général Deriot aura à exécuter à l'égard des dépôts de la Garde, de la sûreté de l'Impératrice et du roi de Rome, déclaré bâtard, ne viendront qu'ensuite : il convient d'abord de fermer les barrières de Paris.

Ainsi, à mesure que sur le papier se développe son projet, Malet tranche les difficultés : suivant son dessein avec une imperturbable assurance, il n'admet point qu'un des acteurs qu'il a désignés résiste ou se

dérobe et, avec une logique délirante, il impose à chacun la direction qu'il suivra, la série des actes qu'il accomplira, presque les paroles qu'il prononcera.

Que si l'on veut penser que, pour chacun des quinze à vingt personnages principaux nommés dans le Sénatus-Consulte ou l'Ordre du jour, il faut, outre « les pièces politiques >>, une instruction particulière ; qu'il en faut une pour chaque commandant des douze compagnies de la Garde de Paris, et que chacune de ces pièces a certainement été rédigée et, dans tous les exemplaires qu'on a pu contrôler, recopiée par lui 1

« On peut juger de l'immensité de son travail, a écrit un contemporain qui put être bien instruit, par les nuances des rôles qu'il préparait et par la nécessité de remettre à chaque partie des copies des pièces fondamentales de son système, la proclamation du Sénat et le sénatus-consulte...

« Le plus grand ordre devait aussi être observé dans toutes les opérations préparatoires ; car, aux difficultés déjà si grandes de l'entreprise, il ne fallait pas joindre celles que la confusion eût occasionnées.

« Pour obtenir cet ordre, dès qu'un rôle était complètement préparé, Malet avait soin que la dépêche fût à l'instant close, cachetée et numérotée. »

Il manquait encore au drame un accessoire indispensable : les costumes, èrénéral de division, Malet devait en porter les insignes; à Desnoyers, il fallait un uniforme ; et à Râteau une tenue d'aide de camp. M""^ Malet prépara la malle contenant les uniformes,

les chapeaux et les'armes. Il faut penser qu'elle s'était procuré les uns, qu'elle avait fait broder les autres ; l'on ne peut douter dès lors qu'elle ne fût au courant de la conspiration, et l'alibi que Malet tenta de lui procurer en est une preuve nouvelle.

L'Exécution du Complot

(23 octobre 1812)

Dans les premiers jours d'octobre tout était prêt et tous les actes étaient copiés (l).,,Le 11 octobre, sur les indications de Lafon, Boutreux alla chez M"*^ Malet chercher la malle qui contenait les armes et les uniformes; il était porteur d'une lettre que Malet destinait sans doute à innocenter sa femme dans tous les cas : « Comme je vois avec assez de chagrin, écrivait-il, que mes uniformes ne me seraient plus nécessaires, j'ai pensé qu'un peu d'argent me serait plus utile. Je t'adresse donc, ma chère amie, une personne avec laquelle j'ai pris des arrangements pour lui vendre tout ce qui me reste d'habits, chapeaux, ceinturons, ^abjes et épées : tu remettras donc tous ces objets au porteur de ma lettre. Il est encore heureux dans la circonstance de trouver cette ressource. »

M'"^ Malet lui ayant remis la malle, Boutreux la

(1) Boutreux avait fait au moins quatre copies du Sénatus- Consulte, six de l'ordre du jour, cinq du bon sur le Trésor, une enfin de la lettre au commandant du dépôt du 32« d'infanterie. Toutes les autres copies étaient de la main de Malet.

porta, sur un fiacre, chez Caamano, cul-de-sac-Saint- Pierre. Il retourna à la maison Dubuisson où il dîna avec Malet et Lafon. Il se retirait sur les sept heures du soir, et ces Messieurs, comme de coutume, vinrent l'accompagner dans la rue. Après avoir dépassé la porte, l'abbé Lafon dit à Boutreux : « Allons voir la maison Caamano. » Ils firent quelques pas ensemble et Boutreux s'aperçut que Malet ne les avait pas suivis : « Bah ! lui dit Lafon, il connaît la carte, il est allé en reconnaissance, il viendra nous joindre. » Arrivés chez Caamano, ils donnèrent à la femme Henry, qui faisait le service du prêtre, Lafon 10 francs et Boutreux 5 francs, pour qu'elle allât leur chercher à manger et ils attendirent. Au bout d'une grande demi-heure, on frappa à la porte. C'était Malet. Boutreux prit une chandelle pour l'éclairer et alla lui ouvrir la porte ; au même moment arriva la femme Henry portant les vivres qu'on l'avait envoyée chercher. Malet passa dans, la seconde pièce où il fut rejoint par Lafon. Il y eut un colloque d'une heure et demie entre lui, Lafon et Boutreux, et celui-ci assure que Malet dit alors : « Non, l'on serait inquiet, il est trop tard. » Tous trois sortirent, laissant là les victuailles auxquelles, quelques jours plus tard, Caamano n'avait point encore touché. Boutreux suivit Maiet et Lafon jusqu'à la place des Vosges ; il leur proposa de les accompagner plus loin et, sur leur refus, il les quitta. Que le coup eût été fixé à cette nuit même on en a la preuve par les bons au porteur dont le corps est de

l'exécution du complot ' 215

là main de Boutreux (1), et qui portent la date du 11 octobre. Il n'est pas interdit de supposer que, par quelque accident, Râteau qui, avant de jouer le rôle d'aide de camp, devait apporter le mot d'ordre, n'avait pu sortir de la caserne. Cette remise permit de soigner quelques détails qu'on avait négligés. Boutreux fut envoyé au Palais-Royal pour y acheter, avec l'argent que lui remit Malet, une dragonne de général de division et une écharpe de commissaire de police. Il revint chez Caamano qu'il trouva « en train de fumer le cigare », et, sans lui donner l'éveil, il entr'ouvrit la malle et glissa sur les paquets d'uniformes qui s'y trouvaient, la dragonne et l'écharpe (2).

On arriva ainsi au 22 octobre. Par ordre de Malet,

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