‹ La vie et les conspirations du Général Malet, 1754-1812Chapitre 11 sur 18 · CAISSE D'AMORTISSEMENT BON AU 'PORTEUR · texte numérisé non relu

CAISSE D'AMORTISSEMENT BON AU 'PORTEUR

Fonds de 4.000.000

BON DE I OO.dOO FH.

Sur la présentation du présent, il sera payé au porteur par la Caisse d'amortissement la somme de cent mille francs à imputer-sur le fonds de quatre millions mis à ma disposition par le décret du Sénat du 11 courant.

Le présent dûment acquitté par le (Cachet.) porteur.

Le Général de Division, Commandant eu chef, etc.

Il ne spra acimllé que les biiiks p'Hiani e tiïnbre Signé : Malet.

ci-iiesviis.

(2) On peut se demander si Boutreux n'y plaça pas aussi les pistolets dont Malet devait s'armer et qu'il trouva chargés et amorcés.

Boutreux alla raprès-midi chercher Râteau à la caserne : ils dînèrent ensemble au Palais-Royal, passèrent chez Boutreux pour prendre des bottes et jouèrent ensuite au billard, de neuf à dix heures, dans un café de la rue Saint-Antoine. A dix heures, ils se rendirent rue de Montreuil pour attendre Lafon et Malet, qui, au dire de Boutreux, sortirent de la maison Dubuisson par une croisée donnant sur cette rue. Les quatre hommes allèrent alors chez Caamano où ils datèrent (1) et timbrèrent les pièces destinées aux diverses autorités. Ils n'avaient pas de tampon à encre grasse pour imprimer le cachet portant une L majuscule, à fioritures, entourée d'une guirlande de feuilles de chêne. On dut barbouiller les pièces à l'encre fluide.

Plus tard on interrogea tous les graveurs de Paris pour trouver celui qui avait vendu le cachet à Lafon (sans doute L est l'initiale de son nom).

Ce travail dura jusqu'à une heure du matin. Alors, la malle fut ouverte, on en sortit les armes et les uniformes. L'on mangea et l'on but.

A trois heures, les trois acteurs s'habillèrent : Malet en grande tenue de général ; Râteau en uniforme de capitaine aide de camp ; Boutreux, sur son frac bleu, ceignit une écharpe de commissaire de police et se coiffa d'un chapeau haut-de-forme. Après une der-

(1) Celles que nous avons en main portent octobre sans quantième.

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nière tournée de punch, sous une pluie diluvienne, Malet, escorté de son nouvel aide de camp et de Boutreux, se mit en route.

Le premier acte que Malet devait jouer sous le nom de Lamothe réussit à miracle. Le commandant Soulier réveillé dans un accès de fièvre, ahuri par la nouvelle, affolé par le grade de général et les cent mille francs qu'on lui offrait, accepta tout et mit sa cohorte à la disposition de Malet. Réunie dans la cour de la caserne Popincourt (rue Saint-Ambroise), la cohorte des gardes nationaux à laquelle un commissaire de police bredouillait des textes de lois, qu'un général daignait haranguer et devant qui son adjudant-major lisait un très long ordre du jour plein de noms de généraux, n'eut pas la moindre idée qu'elle fût trompée. Officiers, sous-officiers et soldais, sous la terreur du code militaire, n'eurent garde de discuter des ordres supérieurs, et, leurs chefs marchant, tout marcha. Malet avait gagné la première manche, il avait en main une force armée essentiellement obéissante, dont les chefs obtempéreraient passivement (1).

Au second acte, de même ; il s'agissait de délivrer

(1) De la caserne, tant il est sûr d'avoir réussi, il emmène un garde de la 10^ cohorte nommé Boniface Pillot, dans une maison que celui-ci ne peut indiquer et où les « Conspirateurs prennent un portefeuille volumineux qu'ils lui font porter jusqu'auprès de la place Vendôme. » Là, Râteau reprend le portefeuille sur l'ordre de Malet, et, en se sauvant de l'hôtel de l'État-Major de la place, il le jette dans un coin obscur du vestibule, où on le retrouva.

Lahorie, Guidai, et même Bocchelampe. Cela se fit sans que, à la Force, le posle, n: le concierge, opposassent la moindre résistance : il y eut quelque temps perdu, car Lahorie et Guidai n'avaient nulle idée de ce qu'on leur voulait et ils prirent leur temps pour s'habiller ; mais eux non plus ne firent aucune observation ; ils se placèrent, en civils, à la tête de la troupe que leur donna Malet et ils se mirent en marche vers le ministère de la Police et vers la préfecture de Police. Guidai devait en outre arrêter Clarke et Cambacérès et occuper le Sénat. Ce n'était point petite besogne, mais Malet s'en rapportait à son génie. Aussi bien, tout lui réussissait : il venait d'envoyer directement les ordres au colonel de la Garde de Paris et, par des plantons de la 10^ cohorte, il avait adressé, pour chaque compagnie, leurs instructions aux deux adjudants de bataillon : ces ordres étaient exécutés. Bien mieux ! ceux que, par Soulier, il transmettait au comte Frochot, préfet de la Seine, conseiller d'État, homme intelligent,' instruit, d'une haute valeur administrative ; et nulle part de résistance. — Frochot obéissait, de même que Savary, Pasquier et Desmarest se laissaient arrêter.

Restait le gros morceau que Malet s'était réservé : il s'agissait d'enlever la forteresse, l'État-Major de la 1" division, les deux hôtels de la place Vendôme, l'un, l'hôtel particulier que le général Hulin avait acheté en 1807 et qu'il habitait avec sa seconde femme née Tissonnier, l'autre — au n° 7 — où Hulin, à la grande colère de Savary, avait obtenu de réunir l'État-Major

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de la place à l'Etat-Major de la division. Ici Malet savait qu'il avait affaire à forte partie : il ne pouvait songer à tromper ou à corrompre Hulin, vieux routier de révolutions. — Aussi, à la première résistance que celui-ci opposa, demandant à voir les ordres qu'alléguait Malet, il lui tira un coup de pistolet dans la tête. Le laissant inanimé sur le parquet, il traversa la place: A Doucet, le chef d'État-Major d'Hulin, il avait adressé une lettre et des ordres : pensait-il qu'il obéirait ? Peut-être ! Mais ni Doucet, ni Laborde, son adjoint, n'étaient de ceux qu'on trompe, qu'on intimide ou qu'on corrompt. Au moment où Malet cherchait un pistolet pour le tuer, Doucet le saisit à la gorge et Laborde lui arracha le pistolet. Appelant alors les dragons de la Garde de Paris de planton dans l'antichambre, ils l'attachèrent solidement. Il était huit heures : après avoir gagné les quatre premières manches, Malet perdait la cinquième.

Alors tout s'effondre : Lahorie qui, ayant arrêté Savary et l'ayant expédié a la Force sous la conduite de Guidai, s'est cru ministre, et « durant ce court rêve de ministère, comme l'écrit Savary à l'Empereur (rapport du l^'^ novembre), a signé trois ordres de détention, une permission à Boccheiampe pour aller à la Force, a commandé son costume officiel et est allé en qualité de ministre de la. Police à l'Hôtel de Ville assister à l'assemblée du Gouvernement provisoire qui devait, suivant le prétendu sénatus-consulte, y siéger à neuf heures ; » Guidai qui, en conduisant Savary à

la Force, s'est donné du ton sur la route, y est arrivé, déjà fortement allumé. « On ne dort pas ici, a-t-il dit, en faisant paraître une grande contraction de nerfs et une grande agitation dans les yeux, ce sont de bons enfants, ils sont bien éveillés, ils se sont laissé prendre dans leur lit comme des » Puis, apostrophant l'inspecteur général des prisons David qui se trouve dans la première pièce du greffe : « Que fait ici ce B..... de

Capucin 1 F -le au cachot ! Néanmoins tous les

agents de la police doivent être arrêtés I » Et après un colloque avec la femme du concierge. M"® Bault, il ordonne avec les mêmes violences de langage de mettre David en liberté. Sortant de la Force, Guidai pense, qu'au liquide il convient d'ajouter le solide ; puis il va voir ses amis Paban et, comme l'affaire tourne mal, il se terre dans un petit logement rue des Prêtres- Saint-Paul, n*' 17, loué par la D^^^ Richard pour l'y recevoir ainsi que Boccheiampe.

Boccîieiampe que Lahorie a amené lui-même place de Grève, en vue de l'installer comme préfet de la Seine, s'ennuie à contempler le monument et prend un fiacre : muni de la permission qu'il s'est fait signer par Lahorie, il se rend à la Force, propose à quelques prisonniers de les mettre en liberté, et s'étonne qu'ils le refusent ; alors, il remonte dans son fiacre et s'en vient rue des Jeûneurs n" 16, chez la demoiselle Simonet, âgée de vingt-sept ans, ouvrière en corsets, actuellement sans ouvrage, qu'il a employée à faire des courses extérieures et des sollicitations chez divers Corses

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