MINISTÈRE DE LA POLICE GÉNÉRALE
Trois ex-généraux Mallet {sic), Lahorie et Guidai ont trompé quelques gardes nationales, ils les ont dirigés contre le Ministre de la Police générale, le Préfet de police (1) et le Commandant de la place de Paris. Ils ont exercé des violences contre eux, ils
(1) En surcharge, de la main de Pasqiiier, sur l'original.
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répandaient [faussement] le bruit de la mort de l'Empereur.
Ces ex-généraux sont arrêtés ; ils sont convaincus d'impostures, il va en être fait justice.
Le calme le plus absolu règne à Paris, il n'a été troublé que dans les trois (1) hôtels où les brigands se sont portés.
Le présent a\'is sera publié et affiché à la diligence de Monsieur le Conseiller d'État, Préfet de Police.
Paris, le 23 octobre 1812.
Le Ministre de la Police Générale, Le Duc de Rovigo.
L'on pouvait se demander si cette rédaction était opportune et si, en attribuant à ces trois hommes, une qualification que deux au moins n'avaient plus le droit de porter, on ne grossissait point l'importance de l'échauffourée; si, en inculpant les Gardes Nationales on n'étendait point des accusations qui n'eussent dû porter que sur une cohorte. Pas un mot de l'Empereur, même pas un vivat, alors qu'on annonçait sa mort ; pas un mot de l'Impératrice et du Prince impérial. C'était à se demander si le tour de force que venait de faire Savary n'avait pas altéré ses facultés mentales.
(1) En surcharge. Rovigo avait écrit cleucc, Pasquier met trois.
Cependant, malgré les attroupements qui s'étaient produits en des lieux où la foule n'était en coutume de s'assembler que pour se réjouir ou s'amuser, malgré les propos échangés qui eussent pu indiquer l'inquiétude au sujet de la Grande armée dont on n'avait aucune nouvelle depuis près d'un mois, nul ne bougeait et la vie de Paris continuait avec la même régularité et la même insouciance. Rien, dans les rapports, ne marquait la moindre émotion, ni, à la vérité, le moindre enthousiasme, et nul, même dans la police, ne songea à organiser une démonstration devant l'hôtel du prince archichancelier, devant les Tuileries ou devant le palais de Saint-Gloud. Cela pourtant eût pu paraître d'un loyalisme opportun. Clarke y envoya des détachements de cavalerie de la Garde. Mais ce n'était pas la même chose.
Restait à connaître l'effet que produirait en province l'avis de M. le duc de Rovigo et la révélation que trois ex-généraux pouvaient troubler Paris en sorte qu'ils s'emparassent des trois centres d'action de la capitale. Allait-on trouver des ramifications qui révélassent une désaffection profonde ou des trames étendues ? De chaque département arriva au contraire une réponse négative. Partout, les préfets et les commissaires généraux de police exaltaient le bon esprit de leurs administrés, protestaient que le gouvernement était inébranlable, que les seuls sentiments qui animaient les habitants étaient : amour pour l'Empereur et sa dynastie, admiration de sa gloire, reconnaissance
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de ses bienfaits. De tous les départements de l'ancienne comme de la nouvelle France, s'élève un hymne dont les strophes sont à la vérité assez banales, mais que rend intéressantes le fait qu'à ce même moment, les conseils de recrutement sont en séance dans tout l'Empire et que les préfets, en tournée de revision, sont mieux à même de juger les impressions que la nouvelle aura produite dans les populations. D'Indreet-Loire, ou de la Roër, comme du Rhône, de la Gironde, du Loiret, de la Nièvre, de la Moselle, de rOurte, de l'Eure (1), des Basses-Pyrénées ; de La Haye, d'Amsterdam, d'Emden, de Groningue, comme de Florence et de Sion, une acclamation s'élève que troublent à peine quelques remarques, suggérées par le dévouement, sur les rassemblements qu'ont tenté de former dans quelques communes, des hommes de 1793. On eut à réprimer quelques excès de zèle de eunes auditeurs qui avaient fait afficher des placards flétrissant « une poignée de brigands soudoyés par ''Angleterre, qui avait eu l'audace de violer l'hôtel de >on Excellence le Ministre de la Police » ; on a comme
(!) Icij une discordance : « Plusieurs personnes de ce pays, écrit le baron de Chambaudoin, connues pour être du parti Jacobin, ont donné la nouvelle que le prince de Ponte-Corvo, à la tête de 40.000 Anglais, s'était emparé de Dantzick et que cette ville était en leur pouvoir. » — A rapprocher de cette phrase dite par Malet à Boutreux « que le prince royal dé Suède allait faire une descente et écraser l'Empereur et qu'alors le Sénat changerait la forme du gouvernement ».
à l'ordinaire, été excédé de déclarations de fonctionnaires appartenant à tous les services d) ; mais on n'a guère eu à retirer de cette occasion qui s'est présentée, comme eût dit Real, « de tâter le pouls à l'opinion » que certains bruits assez curieux : ainsi M. de Villiers du Terrage, directeur général de la police de Hollande, établit une con ordance de dates entre la tentative de Malet, l'arrivée de Moreau en Angleterre et le passage du général Sarrasin à Héligoland et il attribue tous ces mouvements aux Anglais. Berckheim, le commissaire spécial de police à Mayence, signale l'attitude « chaque jour plus envahissante des associations d'illuminisme dont les ramifications embrassent, ditdl, tous les pays de la Confédération qui bordent nos frontières ».I1 annonce les rapports établis parla poste de l'armée entre les officiers en Russie et les personnages de diverses cours rhénanes, mais cela n'a aucun rapport avec Malet. Seul, M. le baron Capelle, préfet du Léman, avec le commissaire spécial auditeur baron de Melun, ne se contente pas d'annoncer la paix entre la Suède et l'Angleterre et l'achat par le prince royal de Suède, pour le général Moreau, d'une
(1) Il faut retenir, à cause du rôle que joua son auteur trois ans plus tard, une lettre adressée à M?'" le duc de Rovigo, Ministre de la Police générale à Paris, par le colonel commandant d'armes d'Antibes, Cuneo d'Ornano, où il donne cours à son indignation « contre ces misérables qui ont osé méditer des projets contre le gouvernement et exercé des violences contre ses ministres ».
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terre appelée Finsbourg, où il est attendu incessament, il renouvelle ses vieilles dénonciations contre les Philadelphes. A la vérité, après ce qu'il dit avoir tiré de l'ex-général Guillaume, « il n'est pas impossible que cette association se soit, dans le temps, formée sous les auspices de la police secrète afin d'y attirer les mécontents de ce parti, de les y connaître et de les mieux surveiller;» mais il voit un rapport entre l'association des Philadelphes et celle qui, ayant été « atrocement célèbre dans la dernière révolution de Genève sous le nom de Cercle de la Grille », s'est transformée en Cercle des Sans-Culottes, puis en Cercle des Mêmes, Il propose l'arrestation de plusieurs personnes, l'éloignement de quelques autres. Il réclame l'arrestation de Buonaroti, compromis jadis dans la conspiration Babeuf, qui vit honorablement à Genève en donnant des leçons d'italien, d'un sieur Villart, secrétaire du commissaire des guerres Herpin, du maire de Versoix le sieur Turray, et d'un avocat, M. Fabre Terray» ancien procureur général syndic du département du Mont-Blanc. Sans admettre toutes les mesures proposées par Capelle, on lui donne pourtant de larges satisfactions en destituant et en exilant ceux qu'il a dénoncés. Sans doute Capelle eût-il mieux fait en surveillant l'ami de Lafon, « le sieur Alexis de Noailles », lorsqu'il venait à Rolle auprès de « l'ex-duc d'Ayen, son grand-père », mais ce n'était pas à des personnalités de cet ordre que le baron Capelle s'attachait. Il avait mieux â faire. Pourtant aurait-il trouvé là une
belle occasion d'établir un lien entre Malet, Moreau, le prince royal de Suède et.JSl"'^ de Staël et peut-être cette fois n'eût-il pas été si mal inspiré.
Même en y joignant en bloc les dénonciations de M. le baron Capelle, la chasse était médiocre: que Moreau pût, dût même être dans l'affaire, tout le monde en était convaincu et ce n'était là qu'une « anticipation » ; que Bernadotte — ci-devant prince de Ponte Corvo et maréchal d'empire, à présent prince héréditaire de Suède, eût fait ses accords contre la France avec les Anglais et les Russes, nul n'en doutait et cette opinion unanime constituait pour lui un premier châtiment ; mais tout cela était supposition, conjectures, hypothèses, nulle part réalité. La réalité c'était Malet : c'était que les quatre ou cinq polices auxquelles étaient confiées dans la capitale la sécurité du régime impérial, la protection de l'Impératrice et du Prince impérial, n'avaient rien soupçonné, rien deviné, rien prévenu, rien empêché. Les quatre premiers actes du drame avaient pu être joués sans le moindre accroc, et si, la péripétie avait échoué, c'est qu'elle était injouable. La police civile, ni celle du duc de Rovigo, ni celle du baron Pasquier n'y était pour rien et, quant à la police militaire, ni celle de la gendarmerie d'élite qu'avait ci-devant organisé Savary, ni celle de la gendarmerie que dirigeait le duc de Conegliano, ni celle du ministère de la Guerre que commandait le duc de Feltre, ni celle de la place et de la division, n'avaient rien su ni rien empêché, puisque
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Malet avait pu venir assassiner Hulin dans son cabinet et qu'il s'était fait prendre par Doucet et Laborde en voulant les tuer. La police prévient les attentats ; si ses chefs en sont réduits à attendre que MM. les assassins viennent les tuer à domicile, quelle sécurité pour le public !
Les chefs des diverses polices se sentaient si fort compromis qu'ils s'efforcèrent les uns et les autres à des justifications. Seul, Hulin, avec sa balle non extraite, était en belle posture et il pouvait écrire à l'Empereur dès le 24 : « Sire, il était tout simple que des bandits qui voulaient troubler votre bonne ville de Paris cherchassent à ôter la vie à celui qui aurait su mourir pour l'accomplissement de ses devoirs, mais c'était me donner mille fois la mort que de m'alarmef" sur les jours de votre personne sacrée.
« 11 m'est donc permis de jouir de la seule consolation qu'on pourrait m'offrir dans ma triste situation en m 'apprenant que Votre Majesté n'a point cessé de jouir d'une santé dont tous les fidèles sujets voudraient prolonger la durée au prix de leur propre existence 1 »
Lorsque, le 27 octobre, sur l'ordre du duc de Feltre, Hulin lui adresse son rapport sur les faits qui se sont produits dans son hôtel et à l'hôtel de l'État-Major, jusqu'à l'arrestation de Malet, il a soin d'ajouter: « Lorsque l'on a conduit l'ex-général Malet de l'État- Major au ministère de la Police générale et de là à l'Abbaye avec ses complices, un concours immense
de citoyens de toutes les classes, sur les visages desquels l'indignation était peinte, accompagnait leur marche aux cris de Vive l'Empereur I On recueille tous les jours des preuves de dévouement que des citoyens de la Capitale ont données dans cette occasion à Sa Majesté, les uns en venant offrir leurs services, les autres, en contribuant à l'arrestation de quelques complices de l'ex-général.
« Cet événement, loin d'avoir porté atteinte à l'opinion publique, semble, au contraire, l'avoir remontée. Elle est généralement bonne. »
Cet optimisme pouvait sembler quelque peu forcé et eût attiré des réserves s'il ne s'était agi de Hulin qui voyait gros. Ailleurs, on était moins satisfait et l'on admettait que tout ne fût pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le baron Pasquier ne revient pas sur les faits, trop connus, dit-il, pour avoir besoin de commentaires. « Il ne s'attache pas à disculper la police du tort que ^quelques personnes veulent lui imputer. Elle n'a pas prévu ce qui était imprévoyable; elle n'a pas su ce que personne n'a révélé. Cette conspiration, ayant commencé par l'action même, on ne voit pas, dit-il, comment il eût été possible de deviner une action qui a eu lieu sans antécédents qui l'aient annoncée ; enfin, cette action une fois commencée ayant été toute militaire, il est évident pour quiconque connaît l'organisation des deux polices, civile et militaire, dans Paris, que la première a dû être paralysée jusqu'au moment où une force militaire su-
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périeure à la force insurgée a fait rentrer celle-ci dans le devoir. »
Pasquier ne méconnaît pas, loin de là, l'importance de l'événement : « Il a porté atteinte au prestige qui doit toujours environner le trône; il a mis en question si la monarchie était réellement fondée et s'il ne suffisait pas de la mort du Souverain régnant pour détruire en un jour tout son ouvrage et toutes ses créations. Ce qui s'est passé n'est rien pour la personne de l'Empereur, cela est de la plus haute importance pour le roi de Rome. » Pasquier admet que « si la fausse nouvelle eut été vraie », « les fidèles sujets, ceux qui ont à la fois quelque lumière et quelque énergie, se seraient rangés autour de leur légitime souverain le roi de Rome devenu empereur, mais, dit-il, le combat se serait peut-être engagé et l'on peut juger quelles en auraient été les fâcheuses conséquences, en ne mettant pas même en doute que la victoire serait restée à la bonne cause. » L'hypothèse, étant donnés les événements qui venaient de se produire, était peu soutenable, puisque, jusqu'au moment où Malet lui-même attaqua Hulin à main armée; il ne trouva personne pour lui résister, ni parmi les offi ciers supérieurs, ni parmi les fonctionnaires, ni parmi les soldats. Il n'est pas moins vrai que, avec une intelligence véritable de la situation politique, Pasquier met le doigt sur la plaie, lorsqu'il écrit : « C'est avec le temps seul que les institutions civiles, nouvellement créées, peuvent acquérir dans un État, l'im-
portance qui en fait la garantie salutaire du trône contre les fureurs anarcliiques et contre les usurpations militaires. Cependant, s'il y a quelque chose à ajouter à ces institutions, s'il y a un moyen hâtif de les renforcer et de les consolider, je ne mets pas en doute que Sa Majesté, dont le puissant génie perce dans l'avenir plus loin qu'il n'ait jamais été donné à un autre homme de le faire, ne s'occupe aussitôt qu'elle en aura le loisir, de rechercher et d'employer les moyens d'y parvenir. »
Il laissait donc à Sa Majesté le soin de résoudre une telle question, « qui n'est, disait-il, que du ressort de la plus haute politique. » L'Empereur à la vérité ne « pouvait faire qu'il fût son petit-fils » et il savait à merveille que tout son système héréditaire péchait par là : mais, à défaut de quelques siècles à offrir au souverain, M. Pasquier préconisait le rétablissement, au profit de la police de Paris, « d'une garde qui ressemblât à ce qu'était autrefois le guet à cheval et le guet à pied, prenant l'ordre du préfet de Police comme le guet le prenait autrefois du lieutenant de Police ». Pasquier se trouvait d'autant plus fort pour vanter cette rénovation qu'il l'avait déjà proposée l'année précédente. Il ne présentait alors cette nécessité que sous les rapports de la sûreté contre les voleurs et les malfaiteurs: elle se renforce aujourd'hui, disait-il, de l'avantage infini qu'elle présenterait pour la surveillance sur les militaires, car, il ne faut pas se le dissimuler, il n'y a que les militaires qui puissent surveil-
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1er les militaires. Il demandait quatre ou cinq cents hommes de guet à cheval, quinze cents à dix-huit cents hommes de guet à pied, troupe toujours sédentaire, ne quittant pas Paris, entièrement sous les ordres du préfet de Police.
M. Pasquier avait bien aussi quelques idées sur l'administration militaire et sur la composition opportune de la garnison de Paris, mais il n'y touchait qu'avec des précautions infinies et se contentait d'indiquer la nécessité de ne point appeler de cohortes à Paris tant qu'elles n'auraient pas une autre composition d'officiers. « Les officiers retraités qui ont été appelés à prendre du service dans ces cohortes, disaitil, n'ont eu pour une partie leur retraite que pour couvrir une réforme. » Si Pasquier avait recherché ceux qui fréquentaient les maisons de jeu et les maisons de filles, il eût fait bonne chasse. Telles étaient, esquissées avec une incontestable habileté, les considérations qu'inspirait l'attentat du 23 octobre au conseiller d'État préfet de Police.
Il faut entendre après lui le comte Real dont on a vu déjà l'appréciation du côté révolutionnaire de l'événement. Real se tenait plus terre à terre : il réduisait tous les conspirateurs à un seul : Malet, et il se demandait avec tout le public d'où ce succès complet obtenu si rapidement par un homme isolé qui n'avait ni argent, ni consistance, ni popularité, et dont l'habit seul avait créé la puissance, les succès. De la sédition appelant, ajoute-t-il, les regards sur le séditieux, on s'est
récrié sur son audace : aux yeux de certaines personnes, cette audace donnait à Malet une sorte de grandeur et, du succès rapide de la sédition, comme de l'audace des séditieux, ces mêmes personnes tiraient la triste conséquence que la tranquillité de la capitale comme celle de l'Empire seront toujours à la merci de tout homme qui pourra ressembler à ce factieux. « Non, répond Real, car il ne rencontrerait nulle part la crédulité, l'ambition niaise et la bêtise miraculeuse de Soulier, le chef de la dixième cohorte. Que Soulier fît une objection, prît un renseignement, envoyât un planton à l'Étatmajor ou au Sénat et tout s'écroulait. » Ce n'est donc pas l'audace de Malet, c'est la bêtise de Soulier qu'il faut admirer, car c'est à cette bêtise qu i: faut faire les honneurs du succès momentané de la sédition. Et sous un chef « affligé d'une pareille stupidité », des officiers « pris pour la plupart parmi les officiers réformés, susceptibles de se vendre pour la somme la plus légère et de se prêter sans scrupule comme sans réflexion à l'exécution du plus mauvais dessein pourvu que chacun d'eux voie le plus léger avantage dans le trouble et le bouleversement de l'État ». C'est donc sur les officiers de la 10^ cohorte que Real fait peser la principale responsabilité. Mais il y a la Garde de Paris et là l'explication n'est pas valable, aussi passe-til et déclare-t-il que « le succès obtenu à Paris avec tant de facilité peut s'obtenir avec moins de peine encore à Amsterdam, à Hambourg, etc., au milieu d'une population ennemie ou indifférente ». Mais, dit-
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il, « s'il y eut sédition, nulle part on ne vit de mouvement révolutionnaire. »
Aussitôt que la sédition fut étouffée, « presque tout Paris blâma les deux polices, générale et particulière», mais, lorsque l'opinion fut instruite « que ce mouvement était tout militaire et que la troupe, séditieuse sans le savoir, avait marché sous le commandement de ses officiers, « elle se tourna toute contre l'Étatmajor et les autorités militaires ». Et Real, reprenant l'histoire entière de l'attentat, démontre que « l'Étatmajor n'a été réveillé que par le coup de pistolet qui a renversé le général Hulin ». Il examine alors les motifs qui, depuis plus de dix ans, ont peu à peu relâché et fini par briser les liens qui rattachaient la police de l'État-major au ministère de la Police générale et surtout à la préfecture de Police. « C'est à l'indépendance dans laquelle l'État-major se maintient à cet égard que cette police armée doit l'état d'impuissance et d'engourdissement dans lequel les séditieux l'ont surprise. »
Nul à l'État-major n'a pensé à alerter la Garde impériale, à réveiller le général qui la commande. « Comment, dans les éléments divers, dans les divers moyens de surveillance, qui concourent au maintien de la sécurité générale, ne se trouve-t-il pas un anneau, pas un fil qui, se rattachant à la Garde impériale, puisse la mettre sur le qui-vive ou même sous les armes, quelques minutes après qu'un événement quelconque aura, au centre ou aux extrémités de la
capitale et à plus forte raison à quelques toises du logis de son général, troublé, menacé ou compromis la sécurité publique ?»
Il n'est pas contestable que la police générale et la police de la capitale sont beaucoup trop étrangères au mouvement de la garnison. « Le préfet de Police aurait rencontré dans les rues de Paris cette cohorte insurgée, mais conduite par ses officiers et marchant en ordre, qu'il n'eut pas eu la pensée comme il n'en aurait pas eu le droit, de demander au chef ni aux soldats le motif de leur déplacement et le but de leur expédition. » Reprenant alors l'état des choses sous l'ancien régime, P\.éal expose qu'alors « on ne savait pas ce que c'était que de voir des régiments de ligne traverser et encore moins habiter Paris. Les gardes françaises et les gardes suisses étaient presque devenues des troupes municipales et, à cette époque, existait cette belle troupe du guet à cheval qui était entièrement dans la main du lieutenant général de Police ». Et Real explique les conseils hebdomadaires où le lieutenant de Police réunissait les divers chefs de la force armée, qui, à cette époque, ne changeait point. Or à présent le guet à cheval n'existe plus, la garnison de Paris est changée très fréquemment, sans même que la préfecture ou le ministère en soient avisés ; « les conceptions les plus téméraires ne peuvent épouvanter l'imagination d'hommes qui ont traversé tant de mouvements révolutionnaires »; le mécontentement est presque de mode et les propos les
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plus séditieux ne sont jamais poursuivis et sont toujours excusés comme n'étant que des bavardages de gens oisifs. Malet n'avait pas de complices. Ni Lahorie, ni Guidai, ni Soulier n'avaient connaissance de ses projets, cinq minutes avant qu'il les vînt charger de coopérer activement à leur exécution. Mais Malet savait que Lahorie et Guidai étaient des mécontents et il avait confiance qu'il les aurait pour auxiliaires au moment où il pourrait leur présenter la plus légère chance de succès. C'est donc contre cet état de mécontentement que Real prétend qu'il Taut lutter. Tout lui fait penser que « dans tous les partis, quelles que soient leurs bannières, il y a encore beaucoup de gens qui ne pensent pas que la Révolution soit terminée ». « Il vint dans l'idée de peu de personnes qu'il fallait périr en défendant le trône et... il était impossible de ne pas voir surnager cette opinion qu'un Sénat us-Consulte pouvait de fait renverser la dynastie. » Real tire de la peur qu'ont dû éprouver les Parisiens un argument étrange : « Cette cruelle leçon, dit-il, a imprimé la pensée de dynastie et de succession dans le cœur des Parisiens plus profondément que n'avaient fait les décrets organiques et même l'auguste cérémonie du couronnement, parce que, pour la première fois peut-être, ils ont bien senti les avantages de la monarchie, parce qu'un instant ils ont revu avec effroi se préparer encore toutes les horreurs d'une Révolution. » Et Real, avec l'expérience qu'il a des massacres révolutionnaires, développe ce
qu'aurait été le succès de la sédition à Paris et en France. Les lenteurs impossibles à éviter dans l'exécution ont permis à la Garde impériale de monter à cheval et, de ce moment, la conspiration a été étouffée.
Sans la surprise, point de succès possible. Mais comment découvrir un attentat qu'un misérable renferme et mûrit dans sa tête et qu'il confie seulement, au moment de l'exécution, à un homme qui, ayant à sa disposition une force armée, la fait agir sur-le-champ ! Reste pourtant à imaginer quelques améliorations à l'état de choses actuel : re viser la partie de la législation relative à la subordination des chefs de corps envers l'État-major et des officiers envers le chef de corps ; revenir pour le séjour des troupes de ligne à Paris aux règles que l'expérience avait dictées à l'ancienne administration ; Paris ne doit pas être une ville d'étapes ; si la garnison doit encore être souvent changée, les qualités du chef de corps, l'esprit des officiers, les dispositions des soldats doivent faire l'objet d'un examen approfondi ; rétablir les relations entre la préfecture et l'État-major; réunir ces petites souverainetés indépendantes qui dépensent à se nuire le temps et l'argent qui devraient être employés contre Tennemi commun ; rétablir le guet à cheval « dont la tenue était si belle, la discipline si sévère et la moralité si parfaite » ; constituer « un corps qui inspirerait une confiance égale à celle que donne la gendarmerie d'élite»; rétablir l'espèce de veilleurs de nuit qui exis-