‹ La vie et les conspirations du Général Malet, 1754-1812Chapitre 14 sur 18 · COMPTES RENDUS ET CONSEQUENCES DE L'ATTENTAT · texte numérisé non relu

COMPTES RENDUS ET CONSEQUENCES DE L'ATTENTAT

tait à Paris avant la Révolution et qui était aussi utile aux Parisiens qu'à la Police. On les appelait Falots et ils portaient tous une lanterne numérotée : ils feraient des rapports fréquents sur tous les mouvements qu'ils remarqueraient et, pour cet objet, des permanences seraient établies sur trois ou quatre points de Paris. Enfin, Real préconisait des rondes de police, des alertes simulées qui conserveraient les agents dans une activité nécessaire à la sûreté publique. Que Real se plaigne ensuite que,„ dans la haute société. — et n'est-ce pas la Cour qu'il entend désigner - on s'occupe surtout de l'échec éprouvé par la police, « de la bataille perdue par l'ennemi, par la police, » n'en a-t-il pas le droit et n'a-t-il pas raison de signaler cette haine de la police qu'on manifeste dans certains milieux : et qui est pareille chez les mécontents des cabarets et chez ceux des salons, « ils en désirent l'anéantissement par les motifs qui font que les malfaiteurs voudraient briser les réverbères ». Le comte Angles, chargé du 3^ arrondissement de la Police générale, n'hésite pas à faire remonter la responsabilité de l'attentat à Fouché et à Dubois. Celuici, recherchant en 1808 des coupables dans le Sénat, négligea complètement Malet. Cet ex-général fut enfermé à la Force. On n'avait voulu voir en lui qu'un brouillon et un homme sans capacité. D'après cette opinion, vraisemblablement, il obtint bientôt un adoucissement à son sort. Il fut placé dans une maison de santé qu'on ne doit pas considérer comme

un lieu de réclusion. Il le fut sans l'autorisation de Sa Majesté et sur un rapport de M. le préfet de Police Dubois à M. le duc d'Otrante en date du 12 janvier 1810. La responsabilité du ministre et du préfet actuels étant ainsi mise hors de cause, Angles insiste sur ce point que Malet, conspirateur solitaire, méditant depuis longtemps dans sa prison l'exécution de ses projets, ne les a confiés sans réserve qu'à son commensal et compagnon d'infortunes, le sieur Lafon. Boutreux et Râteau ne furent que des instruments à peu près inconscients. Toutefois, la culpabilité de Boutreux est infiniment plus 'grande que celle de Râteau. L'attitude prise par la 10^ cohorte et par la Garde de Paris inspire à Angles cette réflexion que ses collègues n'ont point osé exprimer : « Ils ont cru à Faffreuse nouvelle de la mort de l'Empereur et, dans cette conviction, toutes les pensées ne se sont pas portées vers l'auguste héritier d'un trône qu'ils ont juré de défendre et de soutenir. » En dehors de cela, rien que des observations sur l'inexécution des règlements, sur la nécessité de former pour la police de Paris un corps à l'instar du guet à cheval ; mais cette remarque pleine de justesse : « Le mal serait en quelque sorte nul, si on pouvait détruire le souvenir de cet événement, mais Malet a fait connaître malheureusement que bien des gens qui ont traversé la Révolution, qui ont vu des gouvernements se succéder rapidement, qui les ont tous servis, sont plus familiarisés avec l'idée de nouveaux changements qui

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leur présentent des chances de fortunes, qu'avec celle d'un fils qui succède paisiblement à son père. » Pour le reste, Angles n'ajoute rien à ce qu'ont dit ses collègues.

Après Pasquier, les conseillers d'État, Real et Angles disent leur avis et enfin vient Savary qui résume, pour l'Empereur, l'opinion du conseil de Police et présente « r Exposé général des faits et circonstances qui ont précédé^ accompagné et suivi la conspiration qui a éclaté à Paris le 23 octobre ». Il débute par un historique peu documenté de la conspiration de 1808, rejette sur Fouché et Dubois les indulgences dont la police a usé à l'égard de Malet, comme à l'égard de Lafon, qui a racolé pour Malet, Boutreux, Râteau et Caamano. Il raconte ensuite d'une façon exacte ce qui s'est passé — sauf qu'il accorde une importance majeure à ce qui lui est personnel et que, sur divers points, ce récit immédiat diffère trop peu de celui qu'il a donné dans ses Mémoires pour qu'il soit utile de le reproduire; Savary continuant, s'efforce comme les conseillers d'État, ses collaborateurs, de prouver que tous les torts incombent à la mauvaise organisation du militaire dans Paris, à la scission entre les deux polices, à l'inertie de la police militaire : — l'adjudant commandant Doucet, prévenu de la débandade des troupes par la violence qu'on exerçait chez lui, resta tranquillement à son bureau toute la journée, sans monter à cheval et envoya des ordres écrits à des troupes qui n'étaient plus dans leurs quartiers pour

les recevoir et qui sillonnaient Paris en tous sens pour se transporter dans les différentes directions que Malet leur avait données. Savary insiste sur les dangers que présenterait, pour un coup d'État, la réunion à Paris, sous les ordres d'un officier général commandant militaire, de quelques régiments qui auraient fait la guerre sous ses ordres et dont les officiers lui devraient leur avancement. « A la vérité, on a la Garde impériale. Ici, écrit Savary, se présentent d'autres réflexions que la prudence ne permet pas de confier au papier à cause des chances de commu- Hication. »

Mais il voudrait qu'aucun régiment de la garnison ne prit les armes pour un objet de service quelconque sans que la police n'en fût informée et sans que le général commandant la place n'en ait fait part à celui-ci. Au lieu de cela, les casernes de Paris sont transformées en gites d'étapes où l'on fait venir un régiment pour des souliers, un autre pour des cUîottes, un autre pour des habits. Puisque Paris se trouve ainsi place de guerre, pourquoi n'y a-t-il pas de rondes de nuit par des officiers supérieurs comme il est d'usage dans les garnisons de frontière? Il ajoute que l'Etat-Major aurait dû être informé à 3 heures 1/2, où Malet arriva chez Soulier, à 4 heures 1/2, où Malet a été 'dans les casernes, tandis que la police ne pouvait rêtre qu'après 5 heures, « quand la prison de la Force a été violée ». Il proteste encore contre le transfert à la place Vendôme. des bureaux de l'État-Major

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qui étaient au quai Voltaire, à proximité du ministère de la Police, jusqu'au moment où Hulin, ayant acheté son hôtel place Vendôme, a trouvé opportun d'en rapprocher l'Etat -Major.

Ainsi se manifeste la querelle entre la police civile et la police militaire et l'on ne peut se dissimuler que l'attaque dirigée par les conseillers d'État parait justifiée. A la vérité, le coup de pistolet de Malet a mis Hulin hors du jeu, mais c'est au ministre de la Guerre qu'incombe la responsabilité. Grâce à la soif de Guidai et à son idée de conduire en personne Savary à la Grande Force, Clarke a échappé au sort qu'avaient subi Savary, Pasquier et Desmarets : simple hasard dont il a tort de se vanter. Sa situation eût pu sembler compromise pour bien des raisons et d'abord, si l'on avait voulu chercher, pour la protection qu'il avait de très longue date accordée à son ch^n- Ma lut . Toutes les mesures ayant pour objet de rompre les liens entre la police civile et la militaire avaient été prises par lui ; seul il pouvait coniiaitre l'imbécillité de Soulier, l'extrême médiocrité de son corps d'officiers, l'état d'insubordination de la Garde de Paris où une délibération de sous-officiers avait bien plutôt décidé les mouvements de la troupe qu'un ordre du colonel. Aussi chercha-t-il à faire oublier ses fautes de conduite par des excès de zèle tout à fait déplacés, comm.e de prendre l'initiative, sans l'avis de Gambacérès, d'expédier à l'Empereur un de ses aides de camp avec un récit, qu'on peut bien dh^e arrangé, de l'événement, et

aussi par d'immédiates et d'extraordinaires sanctions de crimes qui n'étaient au plus que des fautes, quand il y avait des fautes. Non seulement il a fait arrêter le colonel Rabbe, « dont les réponses ne l'ont pas satisfait » et dont « la conduite lui a paru celle d'un homme qui s'est préparé pour tous les événements » ; avec lui le capitaine Borderieux, du même régiment, et r adjudant-major ; mais il a fait arrêter aussi le chef de bataillon Chery, commandant la IV cohorte à la caserne de Babylone, qui n'a participé à rien et n'a rien su, et il a enlevé le commandement des dragons de la Garde de Paris au colonel Goujet contre lequel ne s'élève pas le moindre soupçon. Il entend arrêter tout le monde, et, substituant son autorité à celle de Savary, il donne des ordres à tort et à travers. Quoiqu'il sache à merveille qu'il ne s'est rien passé à Saint-Cloud et que le maréchal-des-logis des dragons de Paris, envoyé par son aide de camp, ait rendu bon compte que tout dormait à son arrivée, il fait monter à cheval toute la cavalerie de la Garde impériale et la fait se porter aux grandes allures sur le palais, pour la défense de la dynastie. Malgré ce que Savary lui a dit et lui a prouvé, il ne peut admettre que Malet ait joué, sous le nom de Lamotte, les premiers actes de son drame. Un malheureux général Lamotte a eu la fâcheuse idée de venir à Paris et il est descendu rue de l'Université dans l'hôtel où habite M™^ Malet. C'est assez pour l'incriminer. Il a produit un alibi incontestable et que Savary a reconnu exact ; mais,

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lui écrit Clarke « je crois indispensable d'arrêter surle-champ M. le général Lamotte et j'en vais donner l'ordre: j'ai vu sa lettre à Votre Excellence, mais ses assertions ne peuvent me déterminer à le croire innocent sur sa parole et il n'est peut-être si doux que parce qu'on ne le perd pas de vue un instant de ma part depuis trois jours. Une lettre de Malet au chef de bataillon Rouffe, de la Garde de Paris, indique asssez que M. Lamotte devait être son second. Je vais l'envoyer à Montaigu et je ferai garder la prison par la Garde impériale (1). »

Et il ajoute : « Si M. Lahorie demeure dans la même maison que M"'^ Malet, je ne puis concevoir qu'il ne soit pas arrêté, sauf à examiner sa conduite, sauf à examiner s'il est coupable ou non. J'ai parlé dans ce sens à M. Pasquier. » Lahorie étant le beaufrère du général de Lamotte dont il avait épousé la sœur, était descendu au même hôtel qu'habitait M'"^ Malet. Il n'est point douteux de cette coïncidence pouvait faire réfléchir, même un autre que le duc de Feltre.

Il n'y en a que pour lui. Son zèle pourvoit à tout : aussi bien à faire retirer de chez les fripiers de Paris tous les habits d'officiers supérieurs qui peuvent s'y trouver » et à adresser par dessus la tête du ministre de la Police une réquisition sur ce sujet à

(1) Voir la démonstration décisive dans les Mémoires du duc de Rovigo.

M. Pasquier, qu'à donner des ordres au comte Dejean, président de la commission militaire, qu'il fasse imprimer le jugement avec la plus grande célérité pour qu'on pût le faire afficher dans Paris avant son exécution. « Je prie donc Votre Excellence, écrit- il, de charger M. Boudin, greffier de la commission, d'en adresser une copie à M. Marcel, directeur de l'Imprimerie impériale, à qui il conyiendrait d'en faire passer à l'avance les diverses parties au fur et à mesure qu'elles auront été rédigées. J'ai recommandé à M. Marcel d'apporter les plus grands soins et la plus grande promptitude dans l'impression des mille exemplaires de ce placard qu'il envoie à M, Boudin pour les faire afficher dans Paris. »

Gomme dit Savary, « il fait le cheval de parade ».

L'excès de son zèle l'entraîne à empiéter sur les attributions de tous ses collègues. Mais il l'entraîne bien plus loin: à proposer - - car, cette fois, il n'ose les décider lui seul — les mesures les plus impitoyables et les moins justifiées au conseil des grands dignitaires et des ministres tenu le 27 octobre : il fournit un rapport dont il est nécessaire de donner le texte pour montrer quelle résistance l'Empereur devait opposer au fanatisme de courtisanerie de certains ministres (1),

« Les chefs et les principaux complices de la conspiration qui a éclaté le 23 octobre dernier, écrit Clarke,

(4j Minute autographe de Clarke.

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sont traduits en ce moment à une commission militaire.

« Tout se prépare pour le supplice qu'ils ont mérité, mais les circonstances commandent d'autres mesures.

« D'après la facilité avec laquelle deux des corps de la garnison de Paris se sont prêtés à l'exécution des ordres donnés par les factieux, il est nécessaire qu'un grand exemple de sévérité apprenne désormais aux militaires que l'obéissance prescrite par la discipline ne doit, dans aucun cas, les porter à des actes qui seraient en opposition avec la fidélité qu'ils ont jurée à leur souverain.

« Il a été constaté que le V' bataillon du régiment de la Garde de Paris et la 10 cohorte du premier ban s'étaient mis en marche d'après les ordres de Malet, après avoir entendu la lecture de l'acte d'insurrection (1).

« En n'écoutant que la rigueur des lois, officiers, sous-officiers et soldats devraient être traités comme des rebelles et punis de la peine capitale.

« Mais des considérations d'humanité et de politique ne permettent pas que tant de sang soit versé.

« Les officiers du l"" bataillon sont détenus à la prison de Montaigu. L'abus qu'ils ont fait de leur autorité les rend d'autant plus coupables qu'il est

(1) C'est le sénatus-consulte. Le duc de Feltre, moins de dix-huit mois plus tard, obéira à un acte d'insurrection de la même nature.

naturel de supposer qu'ils étaient plus éclairés par leur devoir. Ils seront livrés à une commission militaire (1).

« Les grenadiers de ce bataillon, les sous-officiers de la compagnie de voltigeurs et de celle du centre doivent être punis à leur tour. Indignes de rester dans les rangs de l'armée, je propose de les dégrader, en présence de la garnison de Paris, et de les reléguer dans des dépôts de pionniers où ils seront conduits par la gendarmerie.

« Les quinze plus anciens soldats de ces compagnies seront condamnés à la même peine, la plus humiliante que puissent recevoir des soldats français.

« Le restant des soldats sera incorporé dans le 2^ bataillon qui a été entraîné dans ce mouvement, mais n'avait aucune connaissance des projets des conspirateurs.

« La 10^ cohorte qui est stationnée aujourd'hui à Versailles ne peut faire valoir la même excuse. La conduite des officiers de cette cohorte sera aussi l'objet d'un examen particulier.

« Je propose de dégrader les sous-officiers et de les faire envoyer dans des bataillons de pionniers.

« Quant aux soldats, étant tous nouvellement arrivés

(1) Une liste, jointe au rapport, des officiers présents au bataillon, porte le nombre de ceux qui seraient poursuivis devaot la commission militaire à quatre capitaines (Borderieux, Lararde, Godard, Martin), à cinq lieutenants et sous-lieutenant» : Aliot, Beaumont, Bezi, Hussou, Alquier).

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au drapeau, leur inexpérience du service ne permet pas de les traiter comme des soldats blanchis sous les armes. Je pense qu'il suffit d'envoyer aux^pionniers cinq hommes par compagnie en les choisissant parmi les plus âgés. »

Et M. le duc de Feltre insiste, d'après la gravité des circonstances, pour que la mesure proposée reçoive son exécution immédiate ; il ajoute qu'il n'est pas à craindre, vu la fermeté des officiers qui les commandent à présent, que ces corps se livrent à aucun mouvement dangereux pour la tranquillité publique.

Toutefois le conseil des grands dignitaires ne jugea point à propos de donner cette satisfaction à M. le duc de Feltre et il attendit les ordres de l'Empereur.

Où était l'Empereur ?

Ce que dit FEmpereur (6 novembre 1812 -avril 1813)

Le 23 octobre, l'Empereur avait couché à Ponniskoë sur la route de retour; il a constaté, le 26, qu'il ne saurait forcer le passage à Malojaroslavetz et il a dicté l'ordre de mouvement rétrograde qui reportera son armée, après dix jours de marche, à douze lieues de Moscou et « qui fera reprendre une route tracée par l'incendie et jalonnée par la mort ». Où et à quel moment a-t-il, sur cette route, reçu la nouvelle des événements de Paris (1) ? Le 7 novembre à Michalewska il répond à une lettre de Clarke, que celui-ci sans doute a fait porter par un officier de son état-major. « L'Empereur, dit Pain, a trouvé à Michalewska un officier du duc de Bellune et l'estafette de Paris. » Clarke s'est attribué le mérite de l'arrestation de Rabbe et de celle du général Lamotte — celle-ci si justement disputée parSavary. — Il a dénoncé Frochot avec haine : « Ce que vous me

(1) J'ai essayé de résoudre cette question très controversée dans le volume Pour l'Empereur, Pag^ cVhùtoire nationale, 1" série, in-18, 1911.-

dites de la conduite du préfet de Paris m'étonne », lui répond l'Empereur, et Savary marque aussi « cette opiniâtreté du duc de Feltre » contre le préfet. Quoi qu'il en soit, l'Empereur, dès le 7, répond au duc de Feltre (1) : « Faites partir pour Mayence le P"^ bataillon du régiment de la Garde de Paris et la 10^ cohorte pour Brème. » Cela est évidemment écrit en grande presse (2) mais suffit à prouver — si même on ne trouve pas par la suite d'autre lettre de même date adressée à Giarke — que celui-ci a pris les devants, de façon à donner à l'Empereur des impressions que les dépêches de ses collègues et du prince archichancelier ne puissent atténuer, à s'attribuer un rôle qui n'est nullement conforme aux faits et, pour cela, à grossir ceux-ci d'une façon mensongère.

Toutefois Napoléon n'y est pas pris complètement. Lorsque, à Smolensk, le 11, il dépouille le courrier qui

(1) Chuquet, Ordres et Apostilles, 2597.

(2) Pourtant il dut y avoir une autre lettre à Clarke, car celui-ci écrit le 23 novembre à Hulin, à Dériot, peut-être à d'autres : « Général, il a été rendu compte à l'Empereur de la conduite que vous aviez tenue dans la journée du 23 octobre dernier :

(( Sa Majesté a bien voulu me charger, par un ordre du 7 de ce mois, de vous exprimer sa satisfaction des preuves qu'elle a reçues dans cette circonstance de votre dévouement (et de celui de sa garde).

u II m'est agréable, général, de vous transmettre ce témoignage si honorable pour vou^-même et pour les militaires auxquels il est adressé.

u Agréez, etc. »

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arrive de Paris, le premier besoin qu'il éprouve est de connaître la vérité entière, les origines et le développement des trames de Malet depuis quatre ans. Real doit être chargé de former d'abord un précis « simple et sans phrases » de l'affaire de 1808, avec les rapports de Fouché et de Dubois et lés interrogatoires d'alors; puis, on aura les rapports des divers conseillers d'Etat qui ont visité les prisons et leur opinion sur Malet; ensuite, la décision qui envoie Malet dans une maison de santé ; enfin tout ce qui est relatif à cette affaire-ci : d'abord le rapport du ministre de la Police, puis ceux de Hulin, de Pasquier, de Doucet, de Laborde, de Dériot, enfin les interrogatoires et les pièces du procès ; « cela est de la plus haute importance, dit l'Empereur. Cette affaire n'est rien, mais ce n'est qu'en imprimant tout, en ne négligeant aucune circonstance que le public sera convaincu que ce n'est rien. On mettra ensuite une note de ce qui est relatif à Lahorie, à Lafon, à Alexis Noailles, et au complot de prêtraille qui eut lieu dans le temps, et au général Desnoyers, qui fasse connaître ce qu'ils sont. On intitulera cet ouvrage : Divers complots tramés par divers individus. »

Peut-être Napoléon ne voit-il pas les proportions que prendrait un tel ouvrage si l'on recherchait avec sincérité quels liens unissaient, depuis 1800, pour ne pas remonter plus haut, Puyvert, Willot et la conspiration du Sud-Ouest, à l'affaire de la Machine infernale, aux complots de l'Ouest, à Georges Cadoudal et aux Poli-

gnac ; ceux-ci à Alexis de Noaiiles et à Lafon, Lafon, à Malet et à l'affaire de 1812. Fouché lui eût dit que c'était bien moins à gauche qu'à droite qu'il fallait chercher les conspirateurs. Mais Fouché était en disgrâce et il ne pouvait plus, comme lors de la Machine infernale, arriver avec les preuves décisives.

L'Empereur écrivait bien à rarchichancelier : « Je ne prends aucun décret, j'attends les pièces de la procédure ; je ne prononcerai que quand je connaîtrai l'affaire à fond. » Mais il écrivait aussi : « J'ai écrit au ministre de la Police d'arrêter tous les brigands subalternes civils qui ont déjà été compromis dans ce complot il y a quatre ans et que je crois avoir été relâchés depuis par une indulgence mal entendue. Vous ne devez pas manquer de faire connaître aux comtes Tracy et Garât que leur nomination à ce gouvernement provisoire ne dit certainement rien contre eux, mais que ce n'est pas un titre d'honneur qu'ils aient paru indisposés contre le gouvernement et qu'ils se soient permis des propos équivoques pour que ces misérables aient cru pouvoir compter sur eux. » Il revenait là encore sur la nécessité que toutes les pièces fussent imprimées et publiées. A l'égard de Savary qui avait plaidé pour Lamotte et pour Rabbe, et qui sans doute avait plutôt cherché à atténuer qu'à grossir les torts d'un vieil officier plein de dévouement sinon d'intelligence, il avait des paroles assez dures : « Ce serait, disait-il, se faire d'étranges idées des devoirs de citoyen d'un colonel, non seulement

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lorsqu'il ne s'est pas opposé, mais même lorsqu'il n'a pas versé son sang, pour s'opposer à la rébellion de son corps » ; il n'admettait point les excuses que Savary avait j ustement trouvées à la police à raison des défectuosités de la police militaire. « C'est mal connaître vos attributions, lui disait-il. Tout ce qui est relatif à la tranquillité de l'État et à sa sûreté est du ressort de la police. La police militaire aurait dû être instruite sans doute du mouvement qui s'opérait dans les casernes depuis cinq heures du matin, mais le ministre de la Police aurait dû le savoir encore mieux, avoir les yeux sur Malet et ne pas le laisser à Paris. La police devait connaître l'esprit des troupes et surtout l'esprit d'un régiment comme celui de Paris. »

De même qu'à l'époque de la Machine infernale, il donnait en plein sur la fausse piste des Jacobins: c'était Jacquemont, « une trentaine d'individus cwils qui tous figuraient dans la première affaire ». Il ne voyait pas, ne voulait pas voir que, si Malet avait des complices, c'était d'un autre côté, du côté où il semblait interdit de les chercher.

S'il avait eu, le 7 novembre, la première nouvelle de l'attentat, s'il avait reçu le 11 de plus amples détails, l'Empereur ne savait rien encore du procès ; il n'avait alors que les dépêches de Savary du 27 octobre et le procès commença le 27. Toutes les exclamations qu'on lui a prêtées au sujet de l'exécution des condamnés ont donc été imaginées par des annalistes dont la vérldicité est au moins douteuse. A coup sûr,

l'idée qui se présenta la première à son esprit fut de regagner la France au plus tôt, mais les routes étaient fermées — les estafettes ne passaient point, elles attendaient une éclaircie pour se risquer : ainsi, à Smolensk, le 11, quatre estafettes arrivent à la fois de France ou de Pologne et c'est ainsi que l'empereur est renseigné, mais, au départ de Smolensk vers la France, toutes les estafettes de retour sont enlevées ; et, de cette date au 4 décembre, on ne trouve pas qu'une dépêche ait pu arriver ou partir. Il y a l'immense effort pour sauver ce qui reste de l'armée, la série des batailles dites de la Bérésina. Après des angoisses et des massacres où l'armée a failli périr, on arrive à la fin à Smorgoni : la situation paraît un peu détendue ; elle le serait, si, au lieu de confier l'armée au roi de Naples, l'Empereur choisissait Eugène : mais celui-ci n'est pas roi. Napoléon part donc au plus pressé et la traversée de l'Europe entière ne lui prend que quatorze jours. Le 19 décembre au so^r, il est aux Tuileries ; le 20, il reçoit ses ministres, les Grands Corps de l'État, Sénat, Conseil d'État, Cour Impériale, Cour des Comptes, Université. De chacun il accueille l'effusion embarrassée de vœux qui, étant donnée la publication du 29'' bulletin — celui annonçant le désastre — exigeraient un autre élan, d'autres accents et qui demeurent mous, sans vigueur, sans patriotisme, uniquement, semble-t-il, dictés par un faux esprit dynastique.

Deux de ses réponses aux adresses de Grands Corps

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