‹ La vie et les conspirations du Général Malet, 1754-1812Chapitre 8 sur 18 · MALET · texte numérisé non relu

MALET

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verait encore des hommes assez lâches, assez pervers pour dire qu'elle est nécessaire.

Travaillons tous de concert à la régénération publique ; pénétrons-nous de ce grand œuvre qui méritera à ceux qui y participeront la reconnaissance des contemporains, l'admiration de la postérité et qui lavera la nation des infamies commises par le Tyran.

Réunissons nos efforts pour obtenir une Constitution qui assure le bonheur des Français ; qu'elle soit basée sur la raison, sur la justice et nous sommes certains d'y parvenir.

Mes braves camarades, le champ de la véritable gloire vous est ouvert, de celle qui vous fera estimer, chérir de vos eoncitoyens, de celle enfin qui vous vaudra de justes récompenses nationales. Saisissez une si belle occasion de vous montrer dignes du nom français ; mourrons (sic) s'il le faut, pour la patrie et la liberté ; et rallions-nous toujours au cri de : Vive la Nation !

Malet.

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Les différences entre le texte de 1808 et celui de 1812 sont insensibles. Il n'y a de neuf que le § 7 relatif au Pape et l'adjonction aux membres du gouvernement provisoire de Moimiorenci {Mai/iîeu) et de Nouilles (Ale.vis)^ tous deux membres éminents de la Congrégation, désignés par Lafon, mais inconnus à Malet, qui n'a que des notions confuses sur l'orthographe du nom des Montmorency. Nulle part — pas plus ici qu'en 1808,— la moindre affirmation républicaine. A la date de 1812, Moreau n'a plus rien de républicain, les accords du vainqueur de Hohenlinden sont faits avec les Bourbons. De quel Augereau (Augerau) est-il question ? N'est-ce pas du maréchal, duc de Castiglione, de même que, en 1808, le général Masséna désignait le maréchal duc de Rivoli? En réalité, il n'y a même plus ici les conjectures que, d'après les conversations de Florent Guyot et de Jacquemont, Malet avait pu former sur les opinions des sénateurs. Il n'y a que les bruits qui courent: ceux que justifiera, avant deux ans, le vote du Sénat sur la déchéance. Les autres personnages mis en avant tels que Bigonnet et Frochot appartiennent, bien plutôt qu'à la République, à la monarchie constitutionnelle, à quoi l'on peut croire que Malet se rallierait, s'il n'était pas bien plus disposé à se rallier à lui-même, et si les noms illustres dont il entoure le sien n'ont point été groupés à dessein de le faire passer.

En fait, le répertoire des relations que Malet pouvait invoquer était des plus restreints, et l'on s'étonne

qu'un homme ayant figuré dans des États-Majors, commandé des départements, occupé des situations brillantes, soit réduit à un aussi petit nombre de connaissances médiocres! 1) ; il est vrai qu'il est alors en prison. Chez Dubuisson, le cercle s'est élargi quelque peu et le général Desnoyers, en particulier, est venu lui rendre des visites. Ge Desnoyers, auquel Malet fit quelques vagues confidences, était un soldat de l'Armée Royale, officier en 92, général de brigade en 94, rallié au parti royaliste à la fin de la Révolution et entré en relations avec l'agence d'Augsbourg, qui l'avait pris à sa solde. Le marquis de Puyvert, ayant mis sur pied « quelques projets dans lesquels, dit-il, se trouvaient mêlés le général Moreau, l'amiral Bruix et diverses personnes », a besoin d'envoyer quelqu'un au prétendant et on lui fournit Desnoyers. « 11 le charge de lettres pour le comte de Provence à qui il en demande pour les prin-

(1) En 1808 et 1809 les personnes suivantes avaient été autorisées à visiter Malet à la Grande Force :

y[me Malet et son enfant, rue des Saints-Pères, n° 75.

Mme Monsberger et sa demoiselle, rue Taranne, n° 27.

M. Deroisin, rue Taranne, n° 27, retourné à Mons.

M. Rouget de Lisle, rue du Montblanc, n° 8.

M^i® Desté, rue des Saints-Pères, n° 75 (ou Dété).

M'^^ Boulaire, rue des Saints-Pères, n° 17.

M. Perrin, rue des Saints-Pères, n° 75, domestique du général Malet.

M™e Dubois, rue du Bac, n° 59.

M"« Adèle de Balan.

Sauf Rouget de Lisle et M"® Adèle de Balan, ce sont des voisins des Malet, rue Taranne et rue des Saints-Pères,

cipaux individus qui promettent leur appui (1). » Desnoyers est arrêté à Strasbourg lors de son retour de Varsovie, et Puyvert l'est en même temps à Belleville. Ainsi, malgré qu'on se plaise à dire que Desnoyers avait connu Malet à la Force, est-il bien plus probable que, mis en liberté depuis 1810, il a été pré-, sente à Malet par Puyvert, chez Dubuisson. Ainsi le seul officier général que Malet ait fréquenté et dont il va employer le nom, avec quelque chance de racoler sa personne, est un agent royaliste. Pour les autres, s'il en a rencontré quelqu'un, il l'a perdu de vue depuis dix ans. Encore est-ce là une exception : il n'a jamais vu la plupart. Il ignore comme on écrit leurs noms ; car Râteau n'a pas pu les lui donner, tandis qu'il ne fait pas une faute sur les officiers de la Garde de Paris, et cette exactitude à les désigner est peutêtre pour les flatter et les convaincre.

(1) Puyvert ajoute : (( Ce misérable avait le défaut de boire et, dans son ivresse, de beaucoup parler, ce que M. de Puyvert ignorait complètement, quoiqu'il l'eût logé deux mois chez lui pour l'étudier. Il s'ouvrit indiscrètement avant son départ ; la police en fut instruite et il rencontra à Francfort un ancien émigré de sa connaissance, qui venait de l'Armée de Condé et qui était un espion des plus adroits. Sous différents prétextes, il se fit conduire par lui à Varsovie et ramener ensuite jusqu'à Francfort. En le quittant, il monta dans sa voiture et revint en poste à Paris pour porter tous les détails de cette affaire qu'il avait soutirés du pauvre général en le faisant boire et surtout son adresse, en sorte que M. de Puyvert fut arrêté chez lui deux heures après son arrivée, et Desnoyers le fut à Strasbourg, ayant eu le temps^,.de brûler ses papiers. »

Pour les militaires, les documents dits politiques renferment une phraséologie dont ils ne se soucient point. L'essentiel est ceci : l'Empereur est mort. Par là l'édifice impérial s'écroule. A présent, il s'agit de passer aux choses sérieuses, et c'est l'ordre du jour qui les porte à la connaissance de la troupe. Cet ordre du jour, mieux conçu que celui fabriqué en 1808, entre bien plus avant dans les détails et semble tout prévoir. Encore s'il est la base du roman, n'en est-il que l'esquisse.

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