‹ La vie et les écrits de PlatonChapitre 27 sur 76 · L’Ion, ou de l'Iliade · texte numérisé non relu

L’Ion, ou de l'Iliade

Dialogue peirastique , qui forme dans la septième tétralogie la troisième pièce.

L’entretien du rhapsode Ion et de Socrate a pour objet de montrer que le rhapsode qui est l’interprète du poëte, comme le poète est l’interprète de la muse, ne doivent leurs succès ni à l’art ni à la science, mais à une inspiration divine (2), au souffle d’un délire poétique envoyé par les dieux, et dont ils sont possédés plutôt qu’ils ne le possèdent. La poésie est donc chose inférieure à la science et à la philosophie. « L’Ion tout entier, dit M. Cousin dans son très-bel argument, est dans la

(1) Ce nVst pourtant pas l’opinion d'Ast, p. 454, qui ne voit dans cet ouvrage qu’une imitation froide et maladroite du Protagoras: Das Cianzc hat Mn dramaltsches Leben, tind so M die Churakterschilderung elcnd. Il est cependant difficile de ne pas admirer le magnifique portrait de Socrate, p. 188, c., d. : n Lorsque j'entends parler du la vertu et de la science à un homme vraiment homme, et qui sait mettre sa vie au niveau de ses discours, c’est pour moi un charme inexprimable. Cet homme, dit Lâches, m’offre l'image d’un concert sublime, qu’il ne tire ni delà lyre, ni d’aucun autre instrument, mais de sa vie tout entière montée sur le ton le plus pur; et dans l’harmonieux accord de scs actions et de ses discours, je ne reconnais ni le tou ionien, ni le phrygien, ni celui de Lydie, mais le ton dorien, le seul qui soit vraiment grec. »

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LtS ÉCUITS DE PLATON. Ibl

célèbre comparaison que Platon y fait du poëte, du rhapsode et des auditeurs avec une chaîne aimantée dont la muse est le premier anneau, le poëte et les rhapsodes les anneaux intermédiaires, le public le dernier. » Ce n’est donc point à l’art, mais à l'enthousiasme et à une sorte de délire, que les bons poètes épiques et les bons poëtes lyriques doivent leurs beaux poèmes. Semblables aux corybantes qui ne dansent que lorsqu’ils sont hors d’eux-mêmes, ce n’est pas de sang-froid que les poëtes composent : il faut que l’harmonie et la rnesure entrent dans leur âme, la transportent et la mettent hors d’elle-même... « Les poëtes nous disent que c’est auprès des fontaines de miel, dans les jardins et les vergers des Muses, que, semblable.s aux abeilles et volant çà et là comme elles, ils cueillent les vers qu’ils nous apportent, et ils disent vrai. En effet, le poète est un être léger, ailé et sacré : il est incapable de chanter avant que le délire de l’enthousiasme arrive. »

Le but de l’ouvrage, de diminuer l’influence et le prestige des poëtes (1), la beauté de cette comparaison fameuse qu’un autre que Platon aurait difficilement trouvée et exprimée avec une pareille éloquence, la conformité des principes avec ceux du Phèdre et des Lois (2), ne permettent guère de

(1) Qu’on SC rappelle la place immense que tenaient, duos l'éducation et dans la vie grecques, les poëtes, surtout Homère.

(2) Phxdr., 245, a.; de Legg., IV, 719, c.; Apol. S., p. 22, c. Conf. Cicér., de Oral., Il, 46, et de Divin., 1, 37 ; llorat., Ep. ad J‘is.,\. 297. On les retrouve dans Xénophon, Mcm., IV, 2,

douter de l’authenticité, malgré quelques longueurs dans la discussion , quelque langueur dans les raisonnements, quelque monotonie dans l’exécution. C’est une scène de la lutte entreprise par Platon contre tout savoir qui n’a que l’apparence, contre toute influence et toute autorité qui n’est pas fondée sur la raison. M. Nitzsch a donné une très-bonne édition de ce dialogue, Leips., 1822, sur lequel on consultera avec fruit deux dissertations d’Arnauld, Mém. Acad, inscript,, t. XXVII, p. 1 sqq. ett. XXXIX, p. 249. Ast, Schleiermacher, Susemihl, condamnent le dialogue, dont l’authenticité est -soutenue par Stallbaum, Nitzsch, Socher et K. -Fr. Hermann.

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