L’ Alcibiade l, ou de la Nature humaine
Dialogue maieutique, qui forme dans la quatrième tétralogie la première pièce.
Cet ouvrage autrefois si illustre était considéré comme tellement authentique, que les Néo-platonicièns, Démocrite, contemporain de Longin, Jamblique, Damascius, Harpocration, Proclus (1) et Olym-
10. Toù; yâp Tot ^a<]/b>Sou; otôa rà (jiàv àKptSoûvca; , aÙToù; 6à Tcâvu fiXtOîou; SvTa;. C’est la maxime vraiment socratique : la science est la seule chose qui donne quelque prix et quelque dignité à ce que l’homme fait et crée. Il ne s’agit pas de savoir si l’inconscience n’est pas au contraire un élément, une condition de la création esthétique. La seule question est de savoir si Socrate a professé sur ce point la théorie de Goethe, Kunst. u. Allerlh., 1824, p. 85, et le contraire ne fait doute pour personne.
(1) Proclus in /Hcib., 17, ed. Cous. ’iàJO.wv noXXûv xoî xXei-
piodore l’avaient commenté dans des livres aujourd’hui perdus, sauf ceux des deux derniers auteurs que nous venons de nommer. » Celui qui veut s’appliquer à la philosophie, disent Albinus et Olympiodore (1), devra commencer par V Alcibiade la lecture de Platon, » et Proclus nous apprend « que le divin Jamblique, qui prétendait que toute la philosophie de Platon est contenue dans dix dialogues, » donnait à l’Alcibiade le premier rang dans cette série, parce qu’il y trouvait en germe tous les développements postérieurs de la doctrine (2). C’est un ouvrage de cette importance et de cette notoriété que Schleiermacher (3j et Ast (4) déclarent inauthentique, et dont Socher (5) , Stallbaum (6), K. Hermann (7), Steinhart (8) et d’autres se sont crus obligés de prendre la défense.
vûv é^riYTiTûv. Il ne les nomme pas , c’est par le commentaire d’Olympiodore que nous les connaissons. Olymp., p. 95, 48 et 49, 205 et 206.
(1) Alb. Isag., c. 8; Olymp. in Alcib., cd. Creuzer, p. lo. C’est sans doute à ces commentaires que fait allusion Diog. L, III, 62, qui rappelle cet ordre d’études.
(2) Procl. in Alcib., p. 1 1. «"OoTtep iv du^piAaTi toûtq) rîiî «tujA- I» TcàcYK éxeCvuv Sie^éSou 7cpoeiXT]p.|i.ÉvYii;. On peut comparer ce dialogue aux Propylées: comme elles conduisent au sanctuaire, de même l’Alcibiade introduit dans le sanctuaire de la philosophie platonicienne, et ce sanctuaire est le Parménide. »
(3) Trad. allem., t. II, p, 295.
(4) Platons Leben, p. 435.
(5) Veber Plat. Schrifl., p. 112.
(6) Proteg. ad Alcib.
(7) Gesch. U. Sysl. d. Plat. Phil., p. 439.
(s; Trad. allcm., vol. I, p. 135.
no LES ÉCRITS DE PLATON.
Le dialogue se compose de deux parties : dans la première Socrate prouve à Alcibiade, avec lequel il a un entretien, après une longue interruption de relations ordonnée par le démon qui préside à sa conduite, que lui, Socrate, est nécessaire à la réalisation des grands plans politiques que son ami a formés. De là, il l’amène à reconnaître d’une part qu’il ne sait pas ce que c’est que le juste, le beau, l’utile, qui sont les objets identiques et nécessaires de toutes les délibérations politiques, et, d’autre part, qu’il croit le savoir, ce qui est la pire espèce d’ignorance : car on ne cherche pas ce qu’on croit savoir, et alors on ne le peut plus trouver. Dans la seconde, il lui montre que cette ignorance ne peut être dissipée qu’à la condition préalable qu’il applique toutes les forces de son esprit à s’étudier et à se connaître lui-même. Mais l’homme même, sa vraie essence, sa vraie nature ne se trouve pas dans les choses extérieures qui lui appartiennent et dont il se sert. Le citharède n’est pas la cithare. Le corps n’est que l’instrument dont l’homme se sert. L’essence de l’homme, le moi, n’est donc pas le corps, mais ce qui se sert du corps, c’est-à-dire l’âme, distincte du corps dont elle se sert, auquel elle commande et qui lui obéit; par conséquent se connaître soi-même c’est connaître son âme, et comme c’est l’âme qui connaît, pour se connaître et se voir l’âme ne peut se regarder que dans l’âme, et dans cette partie de l’âme où réside sa vraie nature, son essence, sa vertu, dans sa partie divine, dans l’élément divin qu’elle contient. C’est-à-dire, en premier
lieu, que la science est la seule cause réelle et efficace du bonheur public comme du bonheur privé, et ensuite que la vraie science est la science de soi-même, et que la science de soi-même est la science de son âme qui a pour compagne la sagesse.
Toutes ces théories sont parfaitement conformes à l’esprit de la philosophie platonicienne; sans doute le mouvement est un peu languissant, le style moins vif, moins dramatique, le coloris moins brillant, l’art moins parfait que dans d’autres ouvrages (i); mais comment admettre la perfection et l’égalité de perfection comme critérium de l’authenticité?
Ast a donné une édition de cet ouvrage qu’il a réuni au Banquet^ en 1809, et Buttmann a publié, en 1812, une quatrième réimpression de l’édition de Biester, Berlin, 1789, qu’il a améliorée par ses notes et celles de Schneider et de Gottleber.
M. Cousin, dans son édition de Proclus, a publié le commentaire sur Y Alcibiade ^ qui n’est pas complet et s’arrête à la p.ll6,a, du texte d’H. Estienne. Dans ses Initia Philosophiæ ac T heologiæ (2) M. Fr.
(I) Et cependant remarquons combien les opinions des meilleurs juges sont, à cet égard, diverses et contradictoires, et combien il est difficile d'arriver à des conclusions historiques fondées sur des J ugements des goûts. Jean de Müller, dans une lettre à Bonstetten, dit de ce dialogue :«Rien de plus charmant que le premier dialogue d’Alcibiade; je l’appellerais presque le plus beau morceau de la langue; il a de plus une sublilité d’esprit, une tlnesse qui exige la plus grande attention. >•
{'>.) Francf., l8î0-9.5.
Creuzer a joint au commentaire de Proclus celui d’Olympiodore, et tous les deux ont été analysés et appréciés dans les savants fragments de philosophie ancienne de M. Cousin. L’argument que l’illustre maître a placé en tête de ce dialogue est un des plus beaux et des plus profonds qui soient sortis de sa plume.Gependantjje trouve nécessaire de remarquer une interprétation du texte, reproduite dans l’analyse de la page 129 b, contraire à l’interprétation d’Olympiodore. « Pour bien connaître l’homme individuel , dit M. Cousin , to «ùto êxas-zo^ , il faut le rapporter à son principe, l’essence universelle dont il émane, «ùto «ùto : le moi a ses racines et plonge dans l’absolu, en Dieu qui est sî^, substance. » Je ne crois pas que cette pensée, malgré sa grandeur, soit celle de Platon. Il commence, p. 129 b, à essayer de chercher ce qu’est la chose en soi, mais la chose dont il s’agit, c’est-à-dire l’homme en général, l’idée de l’homme; puis la discussion s’engage et il avoue, p. 130 b, qu’au lieu de ce résultat, il n’est arrivé qu’à reconnaître la nature de l’homme individuel, ce que chacun de nous est, mais ce résultat sera néanmoins suffisant r'aÙTO »x«ffTOV laxéfAiiLeOa s “Tl IffTi, xai laojç l;«p-
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