‹ La vie et les écrits de PlatonChapitre 29 sur 76 · Le Charmide, ou de la Sagesse · texte numérisé non relu

Le Charmide, ou de la Sagesse

Dialogue peirastique, qui forme dans la cinquième tétralogie la deuxième pièce.

L’ouvrage est du genre narratif, SiTiYïi.uaTixôç, car

Socrate est censé raconter à des personnages présents, mais muets et non nommés, un entretien qu’à son retour de l’expédition de Potidée, il a eu dans la Palestre de Tauréae, située vis-à-vis du Portique de l’Archonte roi, avec Charmideen présence de Ghéréphon et de Critias.

Chéréphon, ami d'enfance de Socrate, qui appartenait au parti démocratique dont il avait partagé les périls, était un homme généreux, ardent dans ses amitiés comme dans ses antipathies et passionné pour la philosophie. C’est lui qui demanda à la Pythie s’il y avait un homme plus sage que Socrate.

Charmide, fils d’un Glaucon qu’il faut distinguer du frère de Platon, était de l’illustre et opulente famille des. Critias; il se recommandait non-seulement par sa beauté et sa jeunesse, mais encore par son goût polir la philosophie et la poésie, par sa modestie (4) et son esprit. Nous le voyons figurer parmi les auditeurs de Protagoras dans le dialogue de ce nom : c’était l’oncle de Platon.

Critias est au contraire l’oncle et le tuteur de Charmide, fils de Callæschros, et s’est rendu tristement célèbre par sa participation au gouvernement des XXX (2). 11 soutient une partie de la discussion

(1) Xénoph., Mém., III, 7 et 9; IV, 29. Il est là représenté comme pauvre; il aurait donc perdu sa fortune dans les folles dépenses nécessitées par les Jeux Néméens , où il avait voulu concourir, malgré les conseils de Socrate. Theag. 128, e.

(2) Le schol. de Platon dit de lui que c’était une nature noble et ardente; qu’il se plaisait aux conversations philosophiques , et qu’on avait pris l’habitude de l’appeler un ISiwtt); parmi les philosophes , et un philosophe parmi les ISCuTai.

engagée d’abord avec Gharraide. Ghéréphon ne fait que saluer Socrate à son entrée dans la Palestre, et assiste en silence à tout le reste de l’entretien.

Socrate dans ce dialogae réfute quatre définitions de la sagesse, ou plutôt de la ffojŸpoatlvT), mot trèsvague qui s’entendait parfois de la tempérance, parfois de la science, (ppovrimt , parfois de la vertu tout entière.

La sagesse n’est pas la mesure, j/eTpio-n)?; car la me- i

sure s’entend du calme, de la réserve, et il est des occasions où la lenteur est inférieure à la rapidité.

La sagesse n’est pas la modestie ni la pudeur, ij aîST)iJio(Tuv7i, par la même raison,

La sagesse ne consiste pas à faire ce qui nous appartient, Tà éauTOü TrptxTTsiv , Car, prise dans son sens littéral, cette définition est manifestement fausse et îtbsurdé ; et ses autres significations sont trop nombreuses pour ne pas induire en erreur ceux qui ne pénètrent pas la véritable.

La sagesse consiste -t- elle donc à se connaître soi-même comme le dit l’inscription de Delphes? elle est alors une science et la science de soimême (1), n’ayant pas un objet déterminé, autre qu’elle-môme ; mais une science qui ne sait rien que la science , et qui ne connaît pas les objets des autres sciences, en supposant qu’elle soit possible, et elle l’est pas (2), nous serait parfaitement

(1) Le passage de éautoü à éawriic est vrai-

ment sophistique.

(2) Elle ne Test pas : car ce serait supposer une vue de la vue, mais qui ne verrait rien de ce que voit la vue; elle serait ainsi

inutile. Or la sagesse est sans doute une belle et bonne chose.

On ne peut nier que les arguments de la réfutation ne soient souvent un peu sophistiques, et que les définitions contestées ne se retrouvent dans les ouvrages de Platon, mais autrement entendues ; par exemple, la définition de la sagesse par la connaissance de soi-même, définition qui est moins réfutée qu’esquivée. C’est ce caractère qui a fait douter h Ast (1) et à Socher (2) de l’authenticité de ce

à la fois plus petite et plus grande qu’elle-méme ; car, étant la science des sciences, elle contiendrait à la fois et ne contiendrait pas les objets de ces sciences.

(1) Platon’s Leb., p. 419. Doutes d’Ast fondés sur les points suivants :

1. La parenté de Critiaset Charmide, par conséquent de Platon par Dropide, avec Solon, mentionnée p. 157, e., est contraire au Timée, p. 20, où il est dit de Solon qu'il était ot-

. xeïo; xai o'fôSpa 91X0; ApconiSou. Mais ce terme d’olxeTo; s’appliquait, dit Hésychius, v. olxeTot, aux parents par alliance et aux parents propres.

2. La mention de cette illustre origine est peu convenable chez un philosophe. Stallbaum et Schleiermacher répondent que cette bouffée de vanité démontre que le dialogue a été composé dans la Jeunesse de l’auteur. Pour moi, elle ne prouve rien; si ce n’est que les philosophes ne sont pas insensibles à la vanité de la noblesse : cela s'est vu.

.3. La manière dont Socrate exprime l’impression que lui fait la beauté de Charmide laisse suspecter des sentiments qu'il est impossible d’imaginer que Platon ait voulu lui prêter. C’est une accusation qu’avait déjà portée Athénée, V, 187, e., mais que la lecture du dialogue, étant données les habitudes du langage autorisé par les mepiirs grecques, ne Justifie en aucune façon.

(2) Ueber Plat. Schrift., p. 130.

dialogue que défendent K. Fp. Hermann (1), Steinhart dans la préface de la traduction du Charmide, Schleiermacher, et Stallbaum dans ses prolégomènes. Le caractère socratique de la discussion , l’absence de solution positive qui s’y rattache , le tour délié, subtil et parfois sophistique des raisonnements, ne nous étonnent pas chez un disciple de Socrate et chez un Grec. Suivant M. Stallbaum Platon a voulu faire entendre que la cw®poffûvrj réunit et enveloppe toutes les définitions isolées qu’on lui applique, et suivant M. Cousin il a voulu montrer par un exemple que la définition de cette vertu était chose plus difficile qu’on ne le pense : ce serait donc une leçon de modestie et une excitation à une recherche plus profonde qui en serait le but.

On pourrait dire aussi que Platon se propose ici moins de détruire des erreurs , que de montrer comment on emploie fréquemment sur les points les plus graves des mots d’un sens vague et équivoque, qu’on est dans l’impossibilité de déterminer avec précision ; comment des opinions justes et des sentiments vrais, quand ils ne sont pas fondés sur des principes scientifiques et soutenus par une dialectique rationnelle, quand on ne connaît pas les paroles enchantées, le charme magique, IttwSii, c’est-à-dire la philosophie qui dissipe les nuages et fait fuir l’erreur et l’ignorance, peuvent être facilement renversés au moindre souffle d’une discus-

(0 Gesch. «. s. d. Plat. Phil., p. 445.

sion subtile et adroite. Non-seulement on n’a vraiment la notion d’une vertu, mais on ne possède même vraiment cette vertu, que quand on en peut rendre compte philosophiquement à soi et aux autres. Toute définition, si on la considère en soi, isolée, abstraite, est fausse : il faut la ramener à un principe supérieur et universel qui l’explique et la contient, ce que Charmide est hors d’état de faire. Il n’y a donc aucun indice sérieux contre l’authenticité de cet ouvrage.

Heindorff(l)a donné une édition spéciale avec un commentaire plus grammatical que philosophique.

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