‹ La vie et les écrits de PlatonChapitre 3 sur 76 · a. Archontes: Pythodore. Siège de Potidée · texte numérisé non relu

a. Archontes: Pythodore. Siège de Potidée

Euthydème. Commencement de la guerre du Péloponnèse.

Âpollodore.

Ëpameinon, ou Épameinondas, ou Âmeinias.

Diotime.

Euclide.

Euthydème.

Stratoclès.

Isarque.

Maintenant la

Chronique d'Alexandrie fait naître Platon

LA VIL DE PLATON

Le jour précis , que sembleraient fixer avec certitude les fêtes par lesquelles ses disciples en

01. 89, a, quia eu pour archonte Isarque et correspond à l’année 424 de notre ère. Eusébe place sa naissance 01. 88, 4, c’està-dire en 425, sous l’archontat de Stratocles; Apollodore, Plut., Symp., VIH, i, t ; Apul., de Dogm. Plat.; Hermodorc, 01. 88, 1, c’est à-dire en 428 ; Athénée, 1. V, p. 217, la fixe sous l’archontat d’Apollodorc, c’est-à-dire 01. 87, 3 = 430. Diogène, III, 3, et l’auteur des Prolegg. grecs à la philosophie de Platon, c. 2, font, le premier, naître Platon et mourir Périclcs sous l’archontat d’Ameinias. Les Allemands changent dans le texte de Diogène le nom d’Ameinias en celui d’Ëpameinon, sc fondant d’une part siir l’Anonyme, d’autre part sur Athénée, V, 217. Saumaise, ad Solin., p. 137, avait, ap contraire, changé dans Athénée le nom d’Épamcinon , auquel il avait substitué in’ ’Ageivovo;; Meursius, de Archont. Athen., 1. 111, c. 3, a conservé le texte d’Athénée, et meme restitué d’après cette leçon le passage du Scholiaste d’Euripide qui dans l’argument d’Hippolyte portait in’ ’Ageivovo;. Le ^^cond fait naître Platon sous l’archontat d’Ameinias, pendant que vivait encore Périclès. L’auteur anonyme des Olympiades ramène la naissance de Platon à l’archontat d’Ëpameinon. Or nous savons que Périclès est mort dans l’automne de l’an 429, 01. 87, 4, dans la troisième année de la guerre du Péloponnèse, et Athénée. Y, p. 218, nous apprend que cet événement eut lieu sous l’archontat d’Épameinon.

Quelle date choisir entre toutes ces dates? Et comment, si Périclès est mort sous l’archonte Ëpameinon, et si Platon est né sous un autre, a-t-on pu signaler un synchronisme entre ces deux événements ? L’année attique commençait au mois de juillet; l’année romaine, qui est devenue la nôtre, au mois de janvier, en sorte que ebaque année romaine correspond à deux arcliontats; par exemple : l’an 429 voit la fin de Tarchontat d’Apollodore et le commencement de l’archonlat d’Épameinon. Il est probable que les chronologistes ont mêlé et confondu CCS deux manières de compter,^t c’est sans doute à cette con-

LA VIE DE PLATON

célébrèrent longtemps l’anniversaire (1), présente cependant des particularités qui éveillent de très-

fusion que sont dues les différences de nombre dans les années et de nom dans les archontes, différences qu'ont augmentées encore ceux qui ont voulu les corriger.

La date de la mort est plus certaine ; on s’accorde généralement à la placer 01. 108, 1, qui rximprend la fin de l’année 348 elle commencement de l’année 347. Mais, comme la durée exacte de la vie est très-diversement appréciée, nous ne pouvons presque rien en conclure pour fixer la date de la naissance. Les uns en effet, comme Cicéron, de Senect., 5, Denys d’Halicarnasse, de Comp. verb., font vivre Platon quatre-vingts ans; d’autres, et c’est le plus grand nombre, quatre-vingt-un ans, comme Hermippe, cité par Diogène, 111, 2 ; Lucien, Macrob., 20; S. Augustin, de Civ. Dei, VIII, 11; Censorinus, de Dienat., 15; les Prolégomènes, c. 6; Sénèque, Ap., 58, 31. Athénée, V, p. 217, porte ce nombre à quatre-vingt-deux ans, tandis que Valère Maxime, VIII, 7, extr. 3, et Néanthès, cité par Diogène, III, 3, le poussent jusqu’à quatre-vingt-quatre.

Enlin, pour en finir avec les renseignements chronologiques, Plutarque, Vit. Isocrat., 2, fait Platon de sept ans, et les Prolégomènes, c. 2, aussi bien que Diogène, III, 2, de six ans plus jeune qu’lsocrate, né 01. 86, 1, c’est-à-dire en 436.

C’est ce dernier détail qui, joint au synchronisme de la mort de Périclès, nous invite à adopter l’an 429 de notre ère : Platon sera né 01. 87, 3, qui correspond au commencement de cette année; Périclès sera mort 01. 87, 4, qui en est la fin; delà sorte Platon aura sept ans de plus qu’lsocrate, et, mort en 348, aura vécu quatre-vingt-un ans accomplis.

Consulter sur la question chronologique Corsini, Fasti Attici, III, 229, b, et le mémoire de Die natali Platonis, ejus ætate et in Italiam itineribus, imprimé dans l’ouvrage de Anioni Gorio, savant antiquaire florentin, intitulé Symbolæ litterarix, opusada varia complecten tes. Florent., 1751,8, p 80.

(I) Plut., Symp. Qu., 1. VIII, I, i ; Apul., de Dogm. Plat., I . On a remarqué que le jour où il place la conversation où se

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légitimes soupçons. Socrate était né le 6 du même mois thargélion, et les anciens eux-mêmes avaient été frappés de ce rapprochement. « Le poëte Ion , » dit Plutarque (1), « a eu raison de dire que, malgré la différence qui se trouve entre la sagesse et la fortune, leurs effets sont très-souvent semblables. Du moins elles semblent avoir disposé fort à propos la naissance de Socrate et celle de Platon , en faisant d’abord qu’elles se suivissent de fort près ; ensuite, que celle du plus âgé, et qui devait être le maître de l’autre, précédât immédiatement dans l’ordre des jours celle du second. )) Malgré le doute que fait naître involontairement le rapprochement trop significatif de ces deux Jours de la naissance de Platon et de celle de Socrate, il n’y a peut-être là rien que de fortuit, un jeu bizarre du hasard, qui a précisément cela d’étrange, de ressembler à une intention calculée. Mais il y a autre chose encore : tandis que Socrate était né le jour où Athènes célébrait par un sacrifice solennel la naissance de Déméter Chloé, jour propice entre tous, et où l’on purifiait la ville (2) , son disciple.venait au monde le jour où Athènes et les colonies ioniennes fêtaient à Délos la naissance d’Apollon, le dieu des arts , de la poésie , de l’éloquence,

discute la grande question de la République était le 21* du mois Thargélion ; mais que conclure de là ?

(1) Plut., Symp. Qu., 1. 1.

(2) Diog. L., II, 44; Æl., Hist. var., II, 25. ‘Mpepa noXXûv

xal atTia. C’était également le jour de naissance

d’Alexandre.

LA VIE LE PLATON

le dieu de l’harmonie, de la grâce et de la beauté. On connaît la prédilection des néo-platoniciens pour ces mythes symboliques destinés à exprimer sous une forme populaire et poétique certaines idées ou certains rapports. A cet amour naturel chez eux de l’allégorie et*du symbole, se joignait le désir d’opposer aux légendes du christianisme naissant des traditions non moins merveilleuses, et de lui enlever le privilège de s’emparer des imaginations et des âmes par l’attrait prestigieux du surnaturel, toujours puissant, et à cette époque tout-puissant sur les esprits. De là toutes sortes de mythes, et particulièrement ceux dont Platon fut l’objet , et qui le rattachent tous à Apollon.

Ce jour de naissance, coïncidant avec l’anniversaire de la naissance d’Apollon, semble donc choisi, comme les autres mythes qui le concernent (1 ), pour exprimer l’impression que faisait son génie et l’idée qu’on en concevait : il est trop significatif, trop expressif pour ne pas être suspect (2). Un si beau génie ne pouvait être le fils d’un homme :

, . OÙSî lüixEl

’AvSpdç ye. OvYiToio Tt«ï; supievai, <xÀXà Ôeolo.

(1) C’est ainsi que Favorin, Diog. L., 111, 2, le fait naître à Égine, dans la maison de Phidiadès, fils de Thaïes.

(2) Ottfr. Müller, the Dorions, Engl, translation, voLI,p.33C. n According to Delian tradition, Artémis and Apollo (éSSoga- YÉTïu) were born on thesixth and seventh daysof thismouth; » et en note ; « U is probably a hction tliat (der raaieutische) Socrates was born on the former, Plato on the latter day. »

LA VIE DE PLATON. 7

Il fut donc le fils d’Apollon , qui avait ordonné ^au mari de sa mère de ne pas s’approcher de sa femme pendant les dix premiers mois de son mariage (1) : ce qui ne veut pas tout à fait dire, comme l’interprète saint Jérôme, que les traditions grecques faisaient du prince de la philosophie le fils d’une vierge (2). Nous voyons ces mythes se reproduire à toutes les époques de sa vie. A peine a-t-il vu le jour, que ses parents vont faire un sacrifice sur le mont Hymetle et consacrer leur fils à Pan , aux Muses et à Apollon. C’est là, pendant le sacrifice, que des abeilles viennent déposer leur miel sur la bouche de

(1) Diog. L., 111, 2; Plut., Symp., Vlll, qu. 1; Olymp., Vit, Plat.; Apul.,rfe Dogm.Plat., l;Orig.,c. CeU., 1. 1, 37, etl. VI, 8. Origène compare la conception surnaturelle de Jésus avec le récit de la conception de Platon par Apollon, et dans un endroit (1. VI, 8) il est d’avis que des malintentionnés seuls peuvent douter de tels récits; dans l'autre passage (1, 37), il dit que le récit concernant Platon appartient aux mythes, par lesquels on a voulu expliquer la sagesse et la capacité extraordinaires de certains grands hommes ; mais il laisse ici de côté le récit de la conception de Jésus : il pose donc en fait la similitude des deux récits, donne à l'un une interprétation mythique et se tait sur l’autre. Ce qu’Jl y a de remarquable dans ces traditions, c’est que la légende parait s’étre formée autour du nom de Platon, presque de son vivant, si du moins il faut en croire l’assertion de Diogène, III, 2, qui nous affirme que le bruit courant à Athènes d’une naissance surnaturelle était attesté non-seulement par Anaxilldas, dont l’rpoqq.e nous est inconnue, mais par Cléarque de Soles, disciple d’Aristote, et, ce qui est plus grave encore, par Speusippe, fils de la sœur de Platon (sororis Platonis filins. S. Jérôme, Adv. Jovin., I, 23).

(2) S. Jérom., c. Jovin., 1. I, 23. « Sapientiœ principem non aliter arbiirantur nisi de partu virginis editum. »

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l’enfant endormi, afin que se vérifiât en sa personne ce beau vers d’Homère :

Tou xat àito (/iXixo; '['kuxittiv ^éev aùSij (i ) .

Le jour où son père le présente à Socrate , il se trouve que celui-ci venait de raconter à ses amis un songe qu’il avait eu la nuit précédente. Il lui avait semblé voir s’envoler de l’autel consacré à l’Amour, dans l’Acadé.mie, un petit cygne qui se réfugia dans son sein, et s’élança ensuite vers les deux, charmant les dieux et les hommes d’une suave mélodie (2). Platon lui-même, quelques moments avant de mourir, se voit, en songe, transformé en cygne, — c’est l’oiseau d’Apollon , — et, pour échapper aux mains des oiseleurs, volant d’arbre en arbre (3). Enfin, on remarque qu’il a atteint dans sa vie le nombre sacré et parfait 81, ce qui annonçait, dit Sénèque, une nature plus qu’humaine. De là, en l’honneur de ses mânes, un sacrifice offert par des mages qui se trouvaient par hasard à Athènes (4). En effet, ce nombre de 81 est le carré de 9, et 9 est le nombre des Muses, filles et compagnes d’Apollon. Tous ces mythes semblent donc marquer l’impression que fit son génie sur les anciens et expriment l’idée qu’ils s’en formaient. Comme Homère, dont ils aiment à le rap-

(1) Prolgg., c. 2 ; Apul., de Dogm. Plat., c. 1; Olympiod., c. 1.

(2) Diog. L., III, 5; Apul., de Dogm. Plat., 1. 1; Pausau., Attica.

(3) Prolgg., c. 1 ; Olympiod., c. 1. ÎVuoXXcüviaxôv yôp xh ôpvsov.

(4) Sênëq., ep. 58. « Rati aniplioris fuisse sortis quant humanæ, quia consummasset perfeclissimum numerum quem novem novies multiplicata componuiit. »

LA VIE DE PLATON

procher, Platon est pour eux le type vivant et humain de la beauté morale, de la mesure et de l’harmonie dont Apollon est le type divin (1).

Sa généalogie réelle (2) lui donnait une origine non moins glorieuse que celle que lui attribuait cette mythologie symbolique ; il appartenait aux ' plus grandes et plus illustres familles d’Athènes (3), et par son père comme par sa mère était de race royale et môme divine. Ariston, son père, faisait remonter l’origine de sa famille jusqu’à Codrus, fils de Mélanthus , lequel descendait lui-même de Nélée et de Neptune (4). Cependant, malgré ce sang divin qui coulait dans leurs veines, ni Ariston ni son père Aristoclès n’ont laissé de traces dans l’histoire. Sui- . vant l’usage des grandes familles de son pays, Platon prit le nom de son grand-père Aristoclès, qu’il changea plus tard, pour prendre celui sous lequel il

(1) Prolgg., c. 1. 0eïoî 8èf,v ô nXâtwv, xal lAiïoXXa>vc»x6;... frc iï xàx ToO xatpoO tÿ); yeve(te(i>; TEX|xaip6|i.£6a aÙTÔv ’AnoXXcoviaxov SvTa... TaÙTÔv yàp ixxTEpo;, 'OjAripô; te xol IIXaTcov nEi:6v6a<rtv, 8tà TÔ ivap|x6viov aÙTÜv Ttj; 9pâ<TE«oc... OIympiod.,c. 6, le compare également à Homère : Aûo yàp auxat 4'uxal Xe'YOvtai ^évE^Oai Tcavapp-âviot.

(2) Nous trouvons sa généalogie maternelle tout au long dans Proclus, in Tlm., p. 25, qui corrige celles dTamblique et de Tbéon sur quelques points importants. M. H. Martin a dressé cette table généalogique, en en faisant remarquer les points obscurs : il s’agit de savoir si Dropide et !S>plon étaient cousins germains ou frères. Comp. Meursius, de Arch,, 1. I, c. XIII.

(3) Suivant Antiléon, au II' livre de sa Chronologie, il était du dème de Collytc (Diog. L., 111, 2), qui appartenait à la tribu Ægéide.

(4) Diog. L., HT, 1.

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est universellement connu, et qui lui fut donné soit à cause de la largeur de sa poitrine (1), soit à cause

(1) Platon était beau et fort, si l’on en croit Épictèle, Dissert. 1, 8, 13, et un beau buste que Visconti, Iconog. grecq., I, 169, pl.XVlII, considère comme authentique : il avait les épaules hautes, et ce fut pendant quelque temps la mode, parmi les disciples de son école, d’imiter cette attitude, comme on imita plus tard le bégayement d’Aristote et la tête penchée d’Alexandre. Plut., de Dïscern. adul. et amie. Sa voix était faible et grêle. Diog.L., III, 5.

Le Recueil iconographique ùe Faber ‘, Vlconologie de Canini le Trésor des Antiquités grecques de Gronovius ® contiennent des images de Platon dont les antiquaires ont contesté, il semble avec raison,, l’exactitude et même l’authenticité, uniquement fondée sur une inscription grecque, gravée sur un hermès de ce genre * et qui est apocryphe. Ce ne sont que des têtes idéales et barbues du Bacchus indien. Winckelmann '* croyait authentique une tête gravée sur une cornaline et ornée, audessus de l’oreille, de deux ailes de papillons, qu’il considérait comme devant signifier l’immortalité de l’âme : il supposait donc que c’était comme la désignation symbolique du philo* sophe qui avait développé cette doctrine avec le plus de force et d’éloquence, de l’auteur du Phédon.M&\s, outre que ce symbole est commun à plus d’un sujet mythologique, et que la doctrine de l’immortalité et de la renaissance de Pâme n’est pas exclusivement propre à Platon, il est difficile d’admettre, d’après les traditions constantes delà sculpture grecque, que cette tête bouclée et ornée de perles représente l’image d’un philosophe grec. Le seul buste que Visconti reconnaisse comme authentique est celui qui est gravé dans son Iconographie et qui appartient à la galerie de Florence : c'est un buste en marbre, de la grandeur de demi-nature, qu’on peut croire être le même qui fut trouvé près d’Athènes, et au-dessous duquel on lit le

< Imagines, n° 112.

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