EL, H. F., I
(4) Diog. L., V, 2.
LA VIE DE PLATON
eût tourné à la tragédie , et il y aurait eu du sang versé {4 ).
Quelle était la forme de l’enseignement platonicien ? Après avoir tant critiqué et tant raillé les longs discours, la forme oratoire et académique des leçons des sophistes (2), Platon ne pouvait guère imiter leur manière. Pratiquait-il donc la méthode de Socrate, l’interrogation constante et l’analyse? mais si cette analyse, qui procède par demandes et par réponses, convenait merveilleusement au but de Socrate, elle se prête très-peu et très-difficilement à l’exposition d’un système et aux nécessités d’un véritable enseignement. Sans doute l’interrogation peut avoir sa place dans l’enseignement dogmatique, mais cette place est restreinte par la nature même des choses, et, si on applique le dialogue à l’exposition des doctrines, ce ne peut plus être qu’un artifice de composition, auquel le papier se prête, mais que la réalité ne tolère pas. Quelques expressions employées par des écrivains postérieurs me feraient volontiers croire que, sur ce point particulier de la forme à donner à l’enseignement, Platon servit encore de modèle à son rival et à son élève, et qu’il fut le premier à faire une leçon, irps^t;, un cours, àxpdaffiç (3).
(1) Aristid., t. Il, p. 325. IlâvTa âv ixelva |iearà TpaY(|>S(a(.
(2) La Macrologie, comme il l’appelle, Prot, 328, e.; 334, c.; Gorg., 449, b.; //ipp., 1 , 373, a.
(3) C’est le terme dont se servait Alexandre, au dire deSimplicius, in Phys., f. 32, b., qui l’emploie peut-être dans le sens de cours, âv Tîi itBpl xàYaôoü àxpoamt. Il est difficile que le dévelop-
LA VIE DE PLATON
Ce qui me porte à le croire, c’est que les cours de Platon étaient rédigés par tous ses élèves, nous en avons la certitude, et il paraît bien difficile de rédiger une vraie conversation et un dialogue qui, à chaque instant, rompt ou brouille le fil du raisonnement et le cours logique des idées. On ajoute même que cette rédaction était presque une sténographie, puisqu’elle reproduisait littéralement et jusque dans leur obscurité' énigmatique les leçons du professeur (1). C’est ce qui donna naissance à ces fameux aypaça So'YjxaTaV dont nous aurons un peu plus loin à nous occuper. Il paraît même qu’en certaines circonstances solennelles Platon faisait une lecture publique de quelqu’un de ses dialogues écrits (2). Un jour qu’une lecture de ce genre était annoncée au Pirée, — c’était, d’après Diogène, le Phédon, — une foule immense accourut de la ville et de la campagne ; mais, lorsqu’on le vit aborder
pement des idées de Platon sur le Bien n’ait demandé qu’une leçon. Ilfautdirecependantqu'ailleurs.Simplicius, 104, b., 117, a., appelle ce même cours sur le Bien , ol nepl X6-
Yot, terme qui, d’ailleurs, ne détruit pas mou interprétation. Les expressions de ouvouvia, vOvoSo; , dont se servent Proclus , in Tim., p. 205 , J. Philopon., in lib. de Anim., 1,2, Suidas, V. 4y«9. SaipL., et même Simplicius, 1. 1., ne disent rien sur la question. Aristoxëne, Harmon., 11, p. 30, se sert aussi de l’expression àxpéaffi; tou àYsBoü.
(1) Simpl.,in Phys., f. 32, b. O" «opsYÎvovTo ...itdivTeç ouvé- Ypon|/av xal StEaûoavTo 6ôtav aÙToü ... Id., f. 104, b., pariant d’Aristote, d’Héraclide,d’Hestiée et des autres: Avsyp*'|'«vto tx ^T]6évTa alvtYpiaTwSùc à;
(2) * Cette lecture continue d’un traité , quoique écrit sous la forme dialoguée, constitue une vraie leçon.
LA VIE DE PLATON
les points délicats de la question, et entrer dans des raisonnements difficiles et austères, tout le monde s’éclipsa peu à peu, et il n’y eut bientôt plus autour du maître que le petit groupe de disciples intimes et habituels (1). Diogène va plus loin, et raconte qu’il ne resta plus, pour écouter l’orateur, que le patient et courageux Aristote (2). Je m’étonne que ce seul trait n’ait pas suffi à lui gagner à jamais le cœur de son maître.
Nous avons admis plus haut qu’outre ses leçons publiques , Platon avait un cercle d’auditeurs intimes auxquels il donnait un enseignement plus particulier : cela est dans la nature des choses, et le fait se reproduit sous des formes diverses, jusque dans les temps modernes, dans la France comme dans l’Allemagne , où ces cours privés font partie de l’organisation même de l’enseignement public. Mais est-ce à dire que Platon avait une doctrine ésotérique, communiquée mystérieusement dans un enseignement secret à un petit nombre de disciples initiés.^ On l’a prétendu, et on le soutient encore, surtout, je suppose, pour justifier les imputations d’Aristote qui, en se référant à ces fameuses doctrines non écrites, «Yp»<p« SoYfxaTa, attribue à son maître des théories dont il ne reste pas la trace la plus légère dans le texte des dialogues.
(1) Thcmist., Or., XXI, p. 245, et Âristox., Harm., II, p. 30,
croient que c’était une leçon sur le bien, nepl t’ C'est là,
dit ce dernier, qu’ Aristote reconnut la nécessité d’amener par des introductions préparatoires aux difficultés delà science.
(2) Diog. L., III, 37.
LA VIE DE PLATON
Non-seulement une doctrine secrète et mystérieuse est contraire à l’idée même que se faisaient Socrate et Platon de la philosophie, au caractère et à la forme si éminemment publics et populaires que Platon donne à l’enseignement de son maître auquel il veut rester fidèle, mais des faits clairs et incontestés semblent démontrer jusqu’à l’évidence que la philosophie n’a jamais été pour lui une science ésotérique et mystérieuse (1), révélée sous le sceau du secret à un petit nombre d’élus, mais qu’elle doit être, sinon prêchée sur les toits, comme l’aurait fait volontiers Socrate, du moins enseignée dans le plein jour de la place publique.
La division qu’on signale dans Aristote entre les sujets d’un intérêt général, traités dans la forme du dialogue, parce qu’ils étaient destinés à des lecteurs nombreux, et les questions plus difficiles et plus hautes, réservées aux disciples d’élite et expo-
(1) Hegel va plus loin , et soutient, avec raison, que, par sa nature même , une vraie philosophie ne saurait être l'objet d’un double enseignement, l’un public et simulant un certain caractère, l'autre secret, sincère, et révélant une tout autre conception des choses. Le philosophe, dit Hégel , Hist. de la Philos., CEuvr., t. XIV, p. 180, ne dispose pas à son gré de ses pensées, ainsi qu’on dispose de ses richesses ; il ne les possède pas , il en est possédé ; il ne peut parler que comme il pense , et il ne dépend pas de lui de retenir ses idées. Hégel conclut donc comme nous, quoique par des raisons plus subtiles, mais non sans force, que la philosophie de Platon ac trouve bien réellement , bien sincèrement et complètement exposée dans les Dialogues , et qu’il est faux de dire et impossible de comprendre'qu’il enseignait à ses disciples plus intimes une autre doctrine que celle qu’il livrait au public.
La vie de PLATON.
sées sous la forme austère de la leçon, cette division, qui provient d’une certaine manière de concevoir la philosophie, n’existe pas dans Platon. Tous ses ouvrages sont écrits en dialogues, forme éminemment vivante, aimable, populaire, et qui prouve qu’il voulait que sa philosophie parvînt à toutes les oreilles. Le choix qu’il avait fait, pour y donner ses leçons, d’un lieu public, d’un jardin qui appartenait à l’État et où tout le monde pouvait se présenter, l’histoire même de l’Académie, devenue si vile une école officielle, une institution de l’Élat, c’est-à-dire, assurément, une forme de l’enseignement public, montre combien il était éloigné d’imiter les Pythagoriciens, dont les réunions, à la fois politiques et religieuses, étaient vraiment secrètes, ou les sophistes, dont les leçons étaient privées et payées, méthode à la fois mercenaire et jalouse, qu’il n’a pas manqué de critiquer vivement et à plusieurs reprises. 11 se raille agréablement de ce savant universel, Protagoras, qui, devant le commun des auditeurs, débitait d’obscures énigmes dont il se réservait de dire secrètement à ses disciples le fin mot (1).
Qu’on y pense d’ailleurs : à' quoi bon un enseignement secret? En voyant quels sujets Platon n’a pas craint d’aborder dans ses dialogues, on se demande quelles auraient pu être les doctrines réservées, et pourquoi il eût voulu en tenir quelques-
(l) Théèt,, 152, C. ‘O Tiôvffof ot TOÙTO (iàv Vi(ûv TjvîlaTO T«ÿ tidïXSf orupçsTep, toî; 6è (xaOiiTaï; -r»iv àXr,0eiav eieyev. Conf.
rhéét., 156, a.
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unes cachées dans l’ombre de l’école, après en avoir exposé de non moins graves dans la lumière des gymnases publics. Et comment ce secret eût-il pu être gardé? Tous les disciples étaient tenus de rédiger les leçons du maître (î) : étaient-ils donc obligés de ne montrer à personne leurs cahiers d’école? Et c’est dans Athènes, dans cette ville libre, où l’opinion publique clairvoyante, curieuse et jalouse, surveillait tout, qu’on imagine ces procédés mystérieux d’éducation. Non-seulement cela ne peut soutenir un instant l’examen, mais les faits renversent cette bizarre hypothèse. Aristote s’en réfère à ces rédactions, à ces cahiers d’école, tout aussi bien et absolumentdanslesmêmes termes qu’auxdialügues ; ce qui prouve qu’ils étaient entre les mains de tout le monde, ou du moins qu’ils n’étaient pas secrets.
Je n’ignore pas que l’hypothèse d’un enseignement secret a été soutenue dans l’antiquité, chez les modernes, et, bien qu’abandonnée presque généralement depuis Schleiermacher, elle a été reprise tout récemment avec ardeur parM.Weisse(2), par M. Stallbaum (3), et défendue avec plus de discrétion, même par le savant M. K. Fr. Hermann(4). Brucker, suivant lequel Platon n’est qu’un esprit sans mesure, sans originalité et sans génie philosophique , qui attribue l’ironie de la méthode
(1) V. plus haut, p. 57, note I.
(2) Dans la traduction de la Physique d’Aristote, et du de Anima.
(3) Proleqg. Phædr., p. cix.
(4) Gesamm. Abhandl., p. 281.
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dialectique à l’intention de dissimiilei’ ses véritables sentiments, ne manque pas de soutenir qu’après avoir pris le fond même de ses doctrines aux Égyptiens et aux Pythagoriciens, il leur emprunta également la discipline du secret (1). On comprend l’importance de cette question, puisqu’il s’agit de savoir si nous devons considérer les dialogues comme la source où nous irons puiser la connaissance exacte, franche et complète de la philosophie de Platon, ou s’il faut admettre, à côté et au-dessus des documents écrits, les traditions conservées par Aristote d’un enseignement secret, exposé dans l’ombre et le mystère, que le maître du moins ne fixa jamais par écrit, et qui éclaire, complète, corrige, et révèle dans leurs dernières profondeurs et dans leurs premiers principes, les théories dont les dialogues ne nous montrent que les côtés brillants, la surface ou les applications. On s’appuie d’abord sur Platon lui-même, et l’on cite ce passage du Phèdre (2), où il est dit que la pensée écrite n’a pas de valeur propre ni vraie, que toute son utilité se borne à réveiller les souvenirs d’une exposition orale et d’un enseignement ' vivant. Mais comment a-t-on pu tirer de là une preuve de l’existence d’un enseignement secret? D’un enseignement oral, oui, assurément, et il n’était peut-être pas nécessaire de le démontrer ; mais que cet enseignement fût secret, ou que, sans être
(1) Cf. s. Aug., de Civ. D., Vlll, c. 4.
(2) Phædr., 274, b.
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secret, il exposât des doctrines différentes de celles des textes, c’est ce qui est loin d’être indiqué par la théorie du Phèdre : car n’en devrait-on pas plutôt et très-légitimement conclure que les dialogues sont les textes écrits des leçons faites dans l’Académie, et sont destinés à remplir la fonction utile de l’écriture, c’est-à-dire non pas à remplacer la leçon orale, mais à la compléter, en en fixant d’une manière durable les souvenirs trop faciles à s’oublier?
Brucker se réfère ensuite, comme semble le faire également Alcinoüs (1), à la phrase célèbre du Timée, où Platon reconnaît « qu’il est difficile de découvrir le véritable auteur, le père de cet univers, et, quand on l’a découvert, qu’il est impossible de le faire connaître à tout le monde (2). » Quel est donc le sens de cette phrase si naturelle et tant citée (3)? Les recherches sur la nature des choses et sur la nature des dieux ne sont pas de celles qu’on peut espérer de faire comprendre à tous les esprits; la théologie est une science profonde, obscure, difficile : cela veut-il dire qu’elle doit être l’objet d’un enseignement secret ? Et que fait donc Platon dans le Timée même, dans la République, dans les Lois, dans le Parménide, s’il fallait
(1) Âlcin., El(iaY(i)Yi^, c. XXVII. nàvvi yoûv ôXiyoiî twv Yvwpi|iwv xal toïçY* iipo*piOeî(Ti Ttj; ntpî toü àYaOoO àxpoâdsw; pteTÉSuxe.
(2) Tim., 28 c. El; Ttavï*? àSûvor.ov Xéy*iv. Brucker a le tort d’ajouter, dans sa traduction , à impossIbUe, les mots nefasqne, qui accusent un sens étranger au texte.
(3) Joseph., c. Apion, II, 31 ; Orig., c. Cels., VU, p. 3C0 ; Cyril!., in Julian., I, p. 30; Max. Tyr., I, p. 15 ; Clem. xiex., Slrom. V, p. 585, B ; Lactant., 1 , 8.
LA VIE DE PLATON
y voir avec Proclus toute la théologie platonicienne ? N’essaye-t-il pas, dans la mesure où peuvent les atteindre la pensée et la parole, de nous donner l’idée la plus vraie et la plus complète du bien et de Dieu? Sans doute, il est difficile au plus beau génie de pénétrer les profondeurs, de sonder les mystères augustes de l’essence divine ; il est impossible d’espérer en traduire même ce que la pensée peut en saisir dans une langue assez claire pour que tout le monde le puisse comprendre ; mais où voit-on là la trace d’une doctrine secrète? SI l’aveu de la faiblesse de l’esprit bumain, surtout dans les masses populaires, en face de la grande idée de Dieu, implique la discipline du secret, le Christianisme lui aussi est donc une doctrine secrète ?
Cicéron ne voit là qu’une contradiction d’un homme qui s’étend sur un sujet qu’il avait déclaré interdit à la raison humaine (1). La contradiction que signale Cicéron n’existe pas : existât-elle, comment y verrait-on la preuve d’une doctrine secrète?
A défaut du vrai Platon , on a recours au faux. L’auteur de la VII® lettre du recueil qui nous est parvenu sous son nom adresse aux parents et aux amis de Dion celte observation, à propos des écrits philosophiques qui lui étaient attribués : « Je n’ai jamais rien écrit et n’écrirai jamais rien sur ces ma-
(I) Cic., de Nat. D.,l, 12. « Jam de Piatonis inconstantialongum est dicere; qui in Timæo palrem hujus mundi nominari neget posse: in Legum autem libris, quid sit omnino Deusan-
quiri oportere non censeat Idem et in Timæo dicit et in
Legibus et mundum Deum esse , et cœlum , et astra, etc. »
LA VIE DE PLATON
tières. C’est une science qui ne s'enseigne pas, comme les autres, avec des mots... Je crois que de tels enseignements ne conviennent qu’au petit nombre d’hommes qui , sur de premières indications , savent eux-mèmes découvrir la vérité. » Quelque valeur qu’on veuille accorder aux lettres III, VII et VIII, on ne saurait les prendre pour des documents authentiques et pour un témoignage de Platon luimême; et M. K. -Fr. Hermann, qui en exagère suivant moi l’autorité, ne réfléchit pas qu’à ce compte il faudrait supprimer, comme dépouillée de toute authenticité, toute la collection des dialogues.
Les néo-platoniciens, qui ne se bornaient pas à vouloir concilier Aristote et Platon, et à montrer les analogies de leur philosophie, mais prétendaient en démontrer la parfaite identité, ont été les premiers à parler d’une doctrine ésotérique, non écrite, parce que l’absence d’un texte précis autorisait les licences de leur intempérante interprétation. Nuraénius avait écrit un traité sur les doctrines secrètes de Platon (1). Clément d’Alexandrie, en attribuant cette manie du secret, non-seulement à Platon, mais aux stoïciens et aux épicuriens eux-mêmes, détruit par cette exagération l’autorité de son témoignage (2). J’espère qu’on n’en accordera pas une plus grande à l’auteur inconnu du livre intitulé : De la Théolo~ gie, qu’on donne quelquefois à Aristote. « Les doc-
(1) Euseb., Pi'xp. Ev., XIII, S. ITepl tiôv irapà IlXâ-cuvi
et XIV, 5, 7, il attribue cette pratique à une mesure de précaution et de prudence.
(2) Strom., V, 9, p. 680 et 686.
LA VIE DE PLATON
trines contenues dans cet ouvrage sont, » au dire de l'auteur anonyme, « conformes à l’enseignement secret recueilli de la bouche de Platon, et à celui des sages de Babylone et de la Perse. » Mais de ce livre platonicien attribué à Aristote, le texte grec est perdu, et les traductions latines, souvent abrégées, qui nous en restent, ont été faites d’après une version arabe qui présente elle-même, par rapport au texte latin, d’importantes lacunes (1).
C’est cette tradition néo- platonicienne qu’ont adoptée quelques-uns des historiens et des commentateurs modernes. Patrizzi compare l’enseignement de Platon aux entretiens secrets des Pythagoriciens (2). Ast conclut delà et affirme, sans la moindre hésitation (3), que ce n’est pas dans les dialogues qu’il faut chercher les doctrines vraies, propres et originales de sa philosophie, et Socher imagine que les iypoifOL SÔY.u.axa étaient un ouvrage de Platon destiné àservir de fil conducteur aux disciples initiés (4). M. K. Hermann croit aussi que ce n’est pas dans les écrits de Platon qu’il faut chercher l’expression vive et claire de sa vraie pensée, et qu’il réservait l’exposition de ses principes derniers à ses leçons orales , tandis que les applications pratiques à l’art ,
(1) M, Ravaisson, Essai sur la Mét. d’Aristote, t. Il, p. 543.
(2) Discuss. Peripat., III , p. 337 : « H«pc vero talia fuisse putandum est qualesfuerunt Pythagoreorum sermones, quos mathemata vocabant, iique secreto discipulis quibusdam selecUs communirabantur. »
(3) De Platon. Phædro , p. 14G ; » Sine ulla dubitatione contirmaveriin. >•
(4) Veber Platon s Schrift., p. 393.
LA VIE DE PLATON
à la politique, à la morale, étaient les objets des dialogues publiés et publics (1). C’est une conjecture bien bizarre cependant, comme le fait observer M. Ed. Zeller (2), que d’imaginer qu’un philosophe montre au grand jour les applications de ses doctrines et en dérobe avec un soin jaloux les principes; car, d’abord , comment comprendre et adopter des théories appliquées dont on ignore les principes, et ensuite, pourquoi cacher les principes si on découvre les applications? Ce ne sont pas les idées métaphysiques^n elles-mêmes qui sont dangereuses, et, si l’on ne craint pas d’exposer leurs conséquences pratiques , on ne voit pas quel motif on a de dérober dans l’ombre du mystère les principes, qui seuls peuvent les expliquer, les éclairer , les justifier. D’ailleurs l’anecdote qui nous montre Platon faisant devant un public nombreux, attiré par la réputation de son éloquence et de son génie, une leçon sur le Bien, assurément le plus élevé de ses principes, et voyant s’enfuir peu à peu toute cette foule, à mesure qu’il touchait des points difficiles et abordait les développements « concernant les nombres, les mathématiques, la géométrie, l’astronomie, la limite identique au bien, » renverse complètement l’hypothèse du docte critique.
Au fond, la vraie raison qui engage MM. K. Hermann et Stallbaum à croire è un enseignement secret de Platon, c’est qu’ Aristote liii attribue des
(1) Gesamm. Abhandl., 281.
(2) Philos, der Grieck,, t. 11 , p. 324.
IA VIE DE PLATON
théories qu’on ne retrouve pas dans les dialogues : . si elles ne sont pas exposées dans les dialogues, qui ne contiennent pas alors toute sa pensée , il a bien fallu qu’il les exposât quelque part : où , si ce n’est dans ses leçons ? Mais s’il avait des motifs pour dissimuler certaines doctrines ou les passer sous silence dans ses écrits, ces mômes motifs devaient agir dans son enseignement : donc il avait un enseignement secret . On verra plus loin que je n’admets pas la majeure de cet argument, en ce sens que je ne crois pas qu’ Aristote ait raison d’attribuer à Platon les doctrines dont on signale l’absence dans les dialogues. Par là tombera le seul appui de cette supposition, que tout d’ailleurs repousse et que rien ne confirme. Olympiodore proclame que « Platon n’admit jamais l’orgueilleuse fierté des Pythagoriciens , qui fermaient aux profanes les portes de leur école ( 1 ), et dont la maxime était : «ùxàçlsa, le maître l’a dit; au contraire, il se montra populaire et- se donna tout à tous, TtoXiTixwxepov lauxôv itpb; STravra; (2). ))
Proclus ne se borne pas à constater le fait , il en montre la raison et en explique la cause : « C’est du commerce de Socrate, dit-il, qu’il avait retiré cet amour des hommes et cette facilité aimable à se lais-
(1) Stob., Floril., XLI, 9, attribue à Pylh'agore ce vers orphique :
^EÎffcd ouvETotai ' 6ûpa; 5’ èniOEirOE ^e'^tiXoi,
Sur les des Pythagoriciens, voir Wyttenbach ad
Phædon., p. 134.
(2) Olymp., Vit. Plat.,
LA VIE DE PLATON
ser approcher (1). « En effet Socrate disait qu’il lui aurait été plus facile de garder sur sa langue un charbon en feu qüe^’y retenir une vérité (2). Je reconnais là le génie athénien : on n’a pas assez remarqué que les doctrines secrètes ont pour auteurs des philosophes étrangers à la Grèce propre et du moins à Athènes , la patrie de la liberté de la parole et de la pensée. Platon, malgré l’universalité de son génie, est un Grec, et un Grec d’Athènes (3). S’il incline dans ses théories vers les principes de la politique dorienne et vers les doctrines métaphysiques de Pythagore, il reste, quoi qu’il fasse , un des plus parfaits représentants du génie de cette cité heureuse , enfant gâtée de toutes les gloires ; et, même après en avoir perdu le respect, il conserve et pratique les habitudes de la liberté, qui a horreur du secret comme du silence et de la nuit ; il parle comme il a l’habitude de penser : tout haut. C’est Platon qui met dans la bouche de Socrate cette magnifique maxime: « Il n’est jamais permis de consentir à l’erreur, ni de tenir la vérité cachée (4); » et qui croira qu’il l’ait professée sans la pratiquer lui-même?
(1) Procl., i« Tint.
(2) Stoh., Flora., XLl, 5.
(3) Ed. Zeller, PhU. der Griech, t. Il, p. 315. « Plalo war ein Grieche und er woUte einer sein. »
(4) Théét., p. 151, d. ’A).)â [xot <}'sü56; te îvry^^wpïjffai xaî àXtj- 6è; àçavîffai où6apû;
DEUXIÈME PARTlEt'^
LES ÉCRITS DE PiATÔW.
§ 1. De l’ authenticité des écrits de Platon.
La longue vie de Platon ne fut.pas eîclusivement consacrée à l’étude et à rensggnement (I). Par un contraste frappant avec la pratique de son maître et avec ses propres théories, par un rapprochement bizarre et inattendu avec les sophistes, Platon est comme eux un écrivain de profession ; toute sa vie , depuis l’âge de vingt-cinq à trente ans jusqu’à sa mort, se passa à enseigner et à écrire (2), et par une
(1) U s'occupait encore de législation politique, et rédigeait des constitutions plus ou moins empreintes de ses principes phi*losophiques. Ves Arcadiens et les Thébains, lors de la fondation de Mégalopolis, si l’on en croit Élieni H. V., II, 42, et Diogène de Laërte, III, 23, les Cyrénéens, d’après Plutarque, adPrincip. inerud., init., p. 779^ d., lui demandèrent un code de lois; mais ses prétentions de fonder leur constitution sur une égalité absolue firent échouer ces projets.
(2) On sait, par des anecdotes auxquelles, il est vrai, il ne faut pas attachet' trop d’importance, que quelques-uns de ses ouvrages étaient antérieurs à la mort de Socrate (Diog. L., Illj 35, Vit
faveur du s(^, méi^ée sans doute, mais exceptionnelle, nous aAîpns agpeu pÿs la certitude de posséder toutes les prpductiyis’de cette plume féconde, dont quelques-urjp^ sonnes chefs-d’œuvre de la littérature philosophique^»*Nous retrouvons en effet, dans les nombreuf*manusèrits de Platon, tous les ouvrages dont Di<^ène de Laërte nous a laissé le catalogue, et âucèn de^ auteurs anciens , sauf quelquès ’ exceptions ^pare^tes, ne nous cite le titre d’un écrit de notre autei^r dont le texte ne fasse pas partie de notre coUeqliDn*(!^.
Anon.), etla traditioty^lative.à la République, qu’il retouchait dans sa vieillesse , airf 'Lois qu’il ii’avail pas eu le temps de transcrire lui -^émei^e fait*du Critias, qu’il laissa inachevé, prouvent que.mûomç^vi^d’/crivain fut l’occupation de toute sa vie, comme ^â^firm^t' d'ailleurs les anciens, Diog. L., 111,
37 ; Dion. Halic., de Üomp. verb., p. 208 ; Quintilien, VllI, 6.
(1) DIog. L. , Jll , 62 , cite cependant cinq dialogues que nous n’avons vplus : Mt^uv îj , Malaxe;, XeXtSwv,
'EêS6p.Ti, ’E7U(j.evtSr](;. Mais comme ils étaient, dans l’antiquité, et par Diogène même , reconnus pour supposés , je ne vois pas sur quoi s'appuie M. Stallbaum pour dire, dans la dissertation qui précède le F' volume de son édition de Platon , p. xii :
K Tum muiti etiam intercidisse videntur.'» Il est vrai qu’on lit dans le rhéteur Ménandre deux citations de Platon qu’on ne retrouve pas dans ses dialogues. La première appartient, comme la seconde, au traité Ilepi iniSeixTtxüv. « Platon, dit- il dans l’une, appelle dans le Critias le Tintée ûpvov toü IIovTÔ;, l’hymne de l’Univers. » Mais, comme Plutarque nous atteste (Solon, c. 32) que Platon avait laissé à sa mort le Critias incomplet, Iv itoXXot; xaXot; pâvov épYov à’sikïi lays)%e't, il ne faut pas s’étonner que les expressions citées n’appartiennent pas à la partie de l’ouvrage qui avait été écrite. L’autre citation est plus probante ; au ch. 6, on lit : Kai napà IIXdTuvc XÔYoç Siap^eï, ib; âp« 6 6eè; outo; Oità ptYirpuiâ; oOaii; rri; "Hpaç
Cette collection est donc complète, ou du moins nous n’avons aucun motif de supposer, de soupçonner qu’elle ne l’est pas. Est-elle tout entière authentique? Si elle ne l’est pas dans toutes ses parties, quels sont les ouvrages auxquels il faut refuser ce
Le mythe indiqué semble faire allusion à Hercule, et la phrase serait empruntée à un dialogue perdu dont on ne connaît pas le titre. Mais ne pourrait-on pas croire à une erreur ou à une inadvertance de Ménandre plutôt que d’admettre, sur sa seule citation, un ouvrage de Platon inconnu à tous les anciens, et qui n'est contenu dans aucun des catalogues de ses écrits? Il resterait donc le dialogue de Thémistocle, cité par Doxopater (Schol. ad Aphthon., Rhet. Gra;c., Walz., t. II, p. 130) : ‘'Qaizep 6 iiepl 0e(j.t(TTox>éou; Xôyoc 6c(ii9ToxX-i)i; éuiYéYp«itt«t ÜXâ- Tcovt, et le dialogue de Cimon, cité par Athénée (XI, 506). M. K. Fr. Hermann (GescAicAL u. Syst., p. 556) ne croit pas à l’existence de ces deux dialogues , parce qu’ils seraient les seuls exemples d’écrits platoniciens dont les titres seraient empruntés de personnages antérieurs à Socrate. Il suppose que Doxopater a voulu parler du Théétète; d’autres croient qu’Athénée a fait allusion au Gorgias. Le Catalogue arabe, publié par Casiri (£iA/. Arab. Escurial., 1, 302), mentionneencorequelquesouvrages apocryphes, probablement d'après Tbéon. Nous aurons occasion de voir que les Staupéaei; et al Y^YpoiP’Pi'evat Staipeaei; sont moins un ouvrage que certaines classiticatipns et divisions scolastiques utiles à l’enseignement, et conservées par écrit par les élèves. Les iygwfa SÔYp.ara ne peuvent pas davantage passer pour un écrit de Platon que nous aurions perdu. Les livres xepi 91X0ao9îa( sont plutôt d’Aristote que de Platon , et ne contenaient tout au plus que les rédactions de ses leçons orales. C’est sans doute également du souvenir de ces leçons qu’Aristote tire les expressions d’ôppuâaxio; au lieu d’àpOaXiiô;, de (rn<]/tSaxài; . au lieu de 9o).âYY‘0'' , d’ôaxeoYïvà; au lieu de siueXôî, qu’il cite comme de Platon (Top., VI, 2), et qui n’appartiennent à aucun de ses ouvrages conservés. Nous avons donc quelque droit de conclure que nous n’avons perdu aucun des ouvrages authentiques de Platon.
caractère? C’est une question différente et plus grave, et dont la solution est encore aujourd’hui très-contestée.
Il est trop évident qu’avant d’interpréter et déjuger lin système philosophique, il faut en posséder une exposition complète et sincère, et il n’est pas moins clair que, pour fonder une exposition complète et sincère , il faut avoir vérifié la valeur des textes qui la contiennent, et l’authenticité des sources qui nous en ont transmis la connaissance. Sans avoir la prétention d’approfondir ce sujet moins obscur qu’obscurci, il était indispensable de poser au moins la question , et de la résoudre aussi brièvement que possible. Cette discussion devenait d’autant plus nécessaire, que la critique moderne en Allemagne est allée jusqu’à supprimer la moitié de l'œuvre authentique de Platon, et que M. Socher s’accuse de timidité et d’un respect superstitieux en se bornant à retrancher du catalogue authentique des ouvrages tels que /e Politique, le Parménide et le Sophiste.
Et d’abord on a mis en doute que Platon ait jamais rien écrit : c’est Liéo Allatius qui a inventé et doctement soutenu ce beau paradoxe (i). Il se fonde sur deux phrases à peu près identiques, tirées» l’une de la seconde» l’autre de la septième des Lettres at-
(1) Ep. Socrat; p. 342. C’est la conséquence de la thèse non moins paradoxale que Socrate a laissé des ouvrages écrits , et ce sont précisément ceux qu’on attribue à Platon» lequel déclaré lui-méme n’avoir jamais rien écrit, et né vouloir jamais rien écrire.
tribuées à Platon, que nous avons déjà citée plus haut. Dans l’une et l’autre de ces épîtres, après avoir expliqué que la philosophie ne peut se transmettre que par un commerce personnel, par une communication orale et vivante, et que les livres sont impuissants à produire les convictions profondes et la disposition généreuse de l’âme que cette science demande, l’auteur ajoute : « Voilà pourquoi il n’y a pas et il n’y aura jamais un seul ouvrage écrit de la main de Platon (1). » Personne, saufM. Grote, ne soutient l’authenticité absolue de ces lettres, et tout ce qu’on peut faire en leur faveur, c’est d’attribuer celles qui paraissent témoigner d’une connaissance intime de la personne et de la vie de Platon, à son neveu Speusippe (2). On est donc bien loin d’avoir ici un aveu direct et personnel; mais d’ailleurs ne se presse-t-on pas de conclure sans examiner le vrai sens des textes cités? Aristide le rhéteur les explique tout autrement. Dans son deuxième Discours platonique, où il défend la gloire des quatre grands hommes d’État et de guerre injustement accusés par Platon, il dit (3) : « Platon use de son génie comme les rois de leur puissance : non -seulement il prend des libertés avec la langue , mais il traite fort librement ses sujets. C'est ainsi qu’il met dans la bouche de Socrate un éloge
(1) Ep, II, p. 314, C. Atà T«ÜTa oùièv itoüîroT’ ifiù jtâpi toûtwv Ys'Ypaça , o06’ 6(tti o'ÛyyP«PP« ID.âxwvo; ov6èv, où5’ esTai. Conf. Ep. VII, p. 341, c.
(2) K. Fr. Hermann, Gesch. u. Syst.
(3) Aristid., 1. 111, p. 474, sqq. Ganter.
funèbre des citoyens morts à Corinthe et au Léchée, où il est question de la paix d’Antalcidas. Or Socrate n’avait pas assisté à ces événements, qui eurent lieu bien après sa mort. Un anachronisme tout aussi grave est signalé dans le Banquet. Quoique Platon soit le plus beau génie des Grecs, il ne faut donc pas croire littéralement et rigoureusement vrai tout ce qu’il dit. Bien des fictions (1) se mêlent à la vérité dans ses ouvrages : c’est une liberté et une habitude du genre du dialogue. Il vise à une certaine indépendance d’allure, à une certaine grandeur, et ne veut pas s’assujettir à une exactitude servile; il donne carrière à sa riche imagination (2). N’acceptons donc pas les yeux fermés tout ce qu’il nous dit, et tâchons de le bien comprendre. Ainsi, quand il vient nous affirmer qu’aucun des écrits de Platon n’est de Platon , et qu'il n’y en aura jamais de lui ; que ses ouvrages sont ceux de Socrate quand il était jeune et beau ; qu’ainsi l’auteur n’en est pas l’auteur (3), reconnaissons là les jeux où son génie s’amuse, et n’allons pas les prendre au sérieux (4). » 11 suffirait, en effets de prendre au sérieux et dans la rigueur des termes les expressions des lettres II et VII, pour en faire rejeter absolument l’authenticité ; car personne n’a encore osé soutenir que la
(1) mia{mTa.
(2) Où navrémaiw àxpiôoloYtÏTai .... (niYX“P*‘
(3) Et8’ 6 où y^TP«9î''- T. III, p. 477.
(4) ElffâpifOa aÙTOü rà; TcaiSii;. On ne voit pas bien si Julien, qui cite aussi cette phrase, Orat. VII, TIpùc &naiS. xuv«ç, t. I, p. 189, Spanh., l'a prise au sérieux ou non.
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collection tout entière qui nous est parvenue sous le nom de Platon ne contenait que des ouvrages supposés ; et je ne pense pas que ce soit là ce qu’ait voulu dire l’auteur , quel qu’il soit , des Lettres (1). Il a voulu continuer l’artifice de composition par lequel Platon a mis l’exposition de sa doctrine sous le nom de plus en plus respecté et vénéré de Socrate son maître. N’allez pas prendre, nous semble-t-il insinuer, ces dialogues pour les productions artificielles d’un écrivain de profession : ils sont la pensée et l’œuvre même de Socrate, dans la jeunesse, la fraîcheur et la beauté de son génie (2).
Il n’y a donc pas à s’arrêter un instant au doute qu’on pourrait faire porter à priori sur l’ensemble de la collection. La question d’authenticité est une question de fait et de détail : elle ne peut être résolue, dans un sens comme dans l’autre, que par rapport à tel ou tel dialogue en particulier, et nous ne sommes pas dans la nécessité de les accepter ou de les rejeter tous également. La présence dans un seul et même manuscrit ne donne aux dialogues qu’il contient aucun caractère d’authenticité, ni aucun caractère contraire. Il est certain que l’antiquité elle-inème, peu soupçonneuse à cet égard, reconnaissait dans les éditions publiées sous le nom de Platon , beaucoup d’ouvrages supposés : voOêûovTai (3). Ainsi Diogène de Laërtc non-seulement
(1) Il Sufrirait d’attribuer ce sens à la lellre VII pour en démontrer le peu d’authenticité.
(2) Taux’ èffTÎ ïwxpaTOUç véov» xal xaXoù YtyovÔTo;.
(3) Diog. L.,1II , 62.
déclare qu’on rejetait d’un accord unanime ( I)corame apocryphes les dix dialogues, Midon ou l'Eleveur de chevaux, les Phœaciens, l’ Hirondelle, la Septième, Épiménide, que nous avons perdus, et Eryxias, intitulé aussi Èrasistrate, Alcyon (2), Sisyphe (3), intitulé également ’AxéîpaXoç, Axiochus, Démodocus, que nous avons encore ; mais de plus il constate que Thrasylle doutait de l’authenticité des Rivaux (4) ;
(1) Id. . . . 6(ioXoYouiiévwî. Diogène ne mentionne pas tous les ouvrages simplement suspects, et l’on ne voit figurer, ni dans le Catalogue d’Aristophane, ni dans celui de Thrasylle, deux dialogues insiguiliants que nous avons conservés sous le titre de Tcspi Aixatou et nepl ApevŸi;.
(2) C’est le seul que M. Cousin n’ait pas compris dans sa traduction ; j’ignore pourquoi.
(3) Le texte de Diogène donne, suivant les mss., tantôt *\%i-
I(<T07o;, tantôt ’AxéçoXo; y] Comme lemotàxé-
çodoi désigne, d’après Lucien(de Conscrib. hislor., c. 2.3), un ouvrage qui n’a pas d’entrée en matière, àjrpooigiaiTTa, qui jette le lecteur brusquement dans les faits , et que ce n’est pas le cas du dialogue intitulé Sisyphe, M. K. Hermann propose de lire àxÉçaXot Y]'..., c’est-à-dire huit dialogues sans introduction ; le chiffre serait une erreur appliquée aux dialogues non authentiques de Platon; car il n’y en a que quatre qu’on pourrait ainsi qualifier, et ces quatre sont le de Juste, le de Virlule, le Mines, et Y Hipparqtte.
Diogène de Laêrte, II, 00, mentionne sept dialogues àxs'çaXoi parmi les ouvrages d’Eschine le Socratique, et dit qu’ils sont très-faiblement écrits et pensés, et n’ont rien de la vigueur socratique. Mais Pisistrate d’Éphèse soutenait qu’ils n’étaient pas de lui, et la plus grande partie d’entre eux, d’après Persée, étaient l’ouvrage de Pasiphon d’Érétrie. Suidas, v. Aî- (YXivYjî, mentionne aussi, au nombre des écrits d’Eschine, ol xoXoOgîvot !\x£çaXoi.
(4) Diog., L. IX, 37 : efTiep oi ’AvTtpa<rTai nXarwvô; elst, çr,<rl ©potdûXo;.
* comme Élien doute de celle et Athé-
née rapporte l’opinion de quelques critiques qui attribuaient X Alcibiade II k Xénophon (2). 11 ne faut pas s’étonner de ce fait: l’époque qui s’écoule entre Platon et Cicéron voit naître, ou du moins se développer, l’industrie des faussaires, encouragée par la formation des grandes bibliothèques d’Alexandrie , de Pergame, et bientôt du Palatin à Rome, et par le prix généreux donné par les Ptolémées et les Attales à tous ceux qui venaient leur offrir des ouvrages d’auteurs anciens (3). La forme même du dialogue favorisait la fraude, qui s’étendait à toutes sortes d’ouvrages, et paraît avoir travaillé de préférence dans le genre du dialogue socratique.