‹ La vie et les écrits de PlatonChapitre 9 sur 76 · ÉL, H. F., VIII · texte numérisé non relu

ÉL, H. F., VIII

(2) Athén., XI, Ô06.

(3) Galen. ad Hippocr., de Nat. hom., I, 42, t. XV, p. 10 j. Ilpiv YÀp Toù; èv AXE^avSpet^ te xoii Ilep^âiicp

iitî %vi\<stK ^lëXîaiv ptXoTipLrjOevTa;, où5éitw <{/ev2û;

Ypaixpa, XapSaveiv ô' àptapicvtdv plktOôv t<ôv xo|xtt[6vT(i>v aÙToT; «rûfYpapipia naXatoü tivoc àvSpo;, oûreoc noXXà 4'cuSû; âiuYpâ* ÿovTt; èxôp.i(ov. Il répète à peu près la même chose , Præf. Comm., II, p. 128. « Ce fut au temps où les rois des familles des Attales et des Ptolémées se prirent d’émulation pouc la possession des livres, que la fraude commença à s’appliquer aux titres et aux recensions des ouvrages. « David, Comment, ad Arlstt. Calegor., p. 28, a. « La falsification des ouvrages eut cinq causes : la première, la disposition des disciples à attribuer, par reconnaissance, leurs propres livres à leurs maîtres: tels sont les ouvrages attribués à Pythagore et à Socrate, qui ne sont pas d’eux, mais des Socratiques et des Pythagoriciens; la seconde, fut l’ambition et la rivalité de.s rois...; la troisième , la quatrième et la cinquième, Thomonymie, soit des auteurs, soit des ouvrages , soit des mémoires. »

Il s’agit de déterminer quels sont les ouvrages qui doivent être rayés du catalogue des dialogues de Platon, et ne doivent plus servir à une exposition sincère et justifiée de sa doctrine, et l’embarras est grand non-seulement pour poser les principes critiques qui serviront à séparer le bon grain de l’ivraie, mais aussi pour en faire une judicieuse application.

Les Allemands, dont on peut admirer l’érudition, et ne pas imiter les hardiesses et les conjectures, se décident surtout par des raisons internes (1). Ils se font une idée de Platon comme écrivain, comme homme, comme philosophe : puis tout dialogue leur paraît suspect, tout passage môme leur semble altéré, qui, par le style, par les sentiments, par les idées, ne s’accorde pas avec ce type, pris pour règle et pour, mesure. Qui ne voit combien est personnelle, arbitraire, variable, et pour parler leur lan-

(1) Ces arguments internes se ramènent aux points suivants :

1. Examiner si le sujet traité, si le but que s’y propose l’auteur, sont tels qu’on puisse attribuer l'ouvrage à Platon.

2. Rechercher s’il n'y a pas des contradictions avec ses doctrines connues, ou des absurdités qui attestent la falsiKcation.

3. Ou , au contraire , s’il n’y a pas des traces d’une imitation, 'd’une reproduction du style et des idées qui révèlent, par leur littéralilé servile, un faussaire maladroit.

4. Vérifier si l'élocution est conforme à la langue habituelle de Platon, et à la langue de son temps.

5. Entin, recbercher les anachronismes qui, à eux seuls, suffisent à renverser l'hypothèse de l’authenticité.

Au lieu d’une discussion générale, qui ne peut manquer d’étre vague, j’ai préféré examiner chacune de ces questions dans l’analyse des dialogues contestés , et c'est là qu’on les trouvera.

gue , combien est subjective celte méthode , qui devait produire, et a produit en effet les résultats les plus différents, les plus contradictoires,. les plus bizarres? Parmi les critiques, il en est un qui n’a conservé de l’œuvre de Platon que onze ouvrages sur quarante - quatre , et aucun d’eux ne s’accorde ni sur le nombre ni sur la nature de ceux qu’il faut exclure. Non-seulement cette méthode est tout ce qu’on peut trouver au monde de plus arbitraire et de plus capricieux, mais qui ne voit qu’elle n’est qu’un pur cercle vicieux? D'où peut -on se former une idée du style et du système philosophique de Platon, si ce n’est de la lecture de ses ouvrages ; mais n’est-il pas clair comme le Jour que si vous supprimez à priori quelques-uns des traits qui composent le caractère de son style et la physionomie de son système, vous ne les retrouverez pas dans la représentation que vous vous en faites, et qui dépend absolument du choix que vous aurez déterminé d’abord? Loin donc d’être le résultat de vos lectures, c’est cette idée qui a présidé et préexisté à elles , et le portrait , comme on devait s’y attendre, ne vous renvoie que ce que vous y rivez mis : c’est un vrai portrait de fantaisie, une fabrique^ comme dirait un peintre. Il est clair que si vous ne voulez pas faire entrer le style et les idées du Parménide dans l’image que vous vous faites de Platon, les idées et le style du Parménide ne seront pas conformes à cette représentation, et par conséquent vous rejetterez le Parménide qui ne vous renvoie pas cette image. Mais vraiment prend-on

cela pour un résultat sérieux, et ces procédés pour une méthode de critique vraiment solide et scientifique? Je n’oserais pas le dire moi-même; mais j’emprunterai les termes sévères d’un Allemand pour caractériser ces jeux puérils où s’amuse le génie de l’investigation, mais où il s’égare, et je dirai comme Nitzsch aux partisans déjà moins nombreux des théories de Wolf : Verum ne lusisse quidem pœnitebit... sed prœstat omnino jam finem imponere hariolationibus (1). Finissonsen donc, et cherchons à poser les principes d’une vraie critique historique.

Que tel écrivain ait produit tel ouvrage, c’est là un fait dont la preuve ne peut être fournie que par la tradition et par des témoignages ; nous aurons donc à nous en référer pour chacun des dialogues de Platon, d’abord à la tradition commune, constante, et pour ainsi dire universelle de l’antiquité : elle est le seul garant de l’authenticité de la plupart de nos textes grecs et latins, et on n’a pas plus de droit de la suspecter pour Platon que pour les autres auteurs classiques. Or cette tradition nous a non-seulement transmis et les catalogues de Platon et les ouvrages conformes à ces catalogues, mais elle nous montre Platon en publiant lui- même quelques-uns dans sa jeunesse, et autorise la conjecture que la plupart ont été publiés par lui ou de son vivant, puisqu’il fit une lecture publique du

(1) De Arlstotele c. Wolflams, 1831, p. 39,43 el 46. M. Welcker a de la peine à digérer ces deux mois « lusisse et hariolari ». Episch. Cycl., t. 1 , Vorrede, p. viii.

Phédon, que certains critiques comptent parmi les derniers qui soient sortis de sa plume. Il n’était pas mort lorsque Hermodore, son disciple, entreprit, comme une affaire industrielle, une édition, destinée à la vente, qui semble avoir été générale, et qui, faite avec l’approbation de l’auteur (1), sans doute sous ses yeux, avait été probablement revue par lui : car on connaît le soin d’artiste qu’il apportait à ses écrits. A sa mort, le seul ouvrage qui n’avait pas vu le jour, les Lois, fut recopié par Philippe d’Opunte, qui, dit-on, le compléta par l’Êpinomis (2). Nous avons donc ici la trace de la publication originaire, faite ou par Platon, ou par Hermodore, ou par Philippe. Ajoutons, avec M. Grote, que l’École de Platon, établissement régulier, presque institution de l’État, ayant son siège fixe, ses règles de succession, sa fortune mobilière et immo-

(1) Cic., Ep. ad Aille., XllI, 2l. «Placetne tibi edere injussu '

meo? Hoc ne Hermodonis quidem faciebat, qui Platonis libros aolitus est divulgare : ex quo X6-yotatv ignoptueTCtt*

Zenob., Prov. Cenl., V, ü. 4 *Ep(i.65wpoi:àxpo<itr,«YtYo^* nxitio-

vo; xai toù( <tn’ aùtoü ovvt(6£i[tévovi; XoYuxgoù; eI; IixE'^

X(ov inûXei. C’est un véritable libraire travaillant pour l’expor* tation. Simplicius nous apprend, d’après Porphyre, que Dercyllidas, qui donna , lui aussi , une édition de Platon, altéra, en le copiant, un mot d'Hermodore tiré de son livre sur le philosophe; VÔv Aepxv(X)i2T,v iv tô> âvôexâTcp Tti; IlXaTtovo; (piXodoçîa; ... 'EppoSûpov Toü nXâtuvo; ixaipov XÉtiv ‘xapxYpàçeiv èx xŸi; nept IlXâ* twvo; aÙToü (Simplic-, ad Arlsl. phys., f. 54, ed. Br.,

p. 344, a 1. 35). Je ne vois pas comment M. K. Hermann a pu tirer de ce passage la conclusion qu’Hermodore ne s’était occupé qpe de la publication des âypapa Soyixara.

(2) Diog. L., III, 37.

bilière , administrée et conduite d’abord par un neveu, puis par un des plus chers disciples de Platon, n’a pas pu laisser périr l’œuvre du maître. Si l’on compare cette histoire avec celle des ouvrages d’Aristote, par exemple, dont on connaît la tragique et errante destinée , on sera déjà rassuré sur l’authenticité des textes platoniciens. .

Quant aux témoins directs, immédiats, nous n’en n’avons qu’un, mais il est considérable à tous égards, puisqu’il a été le contemporain, le disciple, le rival de Platon, et qu’on ne contestera pas ni sa compétence, ni sa véracité, ni sa sagacité. Et cependant Ast prétend qu’Aristote lui-même a pu être trompé (1) : il faut supposer alors que les falsifications se sont produites du vivant même de Platon, et que la contrefaçon du style et des idées a échappé aux yeux d’un disciple si compétent, et qui devait les bien connaître. D’ailleurs, ajoute l’érudit Allemand, .ou ne peut jamais être sûr qu’une citation d’un dialogue de Platon vient vraiment d’Aristote et n’est pas l’œuvre d’un interpolateur : en effet comment prouver cela? Mais comment aussi prouver le contraire? A ce critique, qui doute de tout, ne pourrait-on demander de justifier ce qu’il avance, et de démontrer non pas la possibilité en général d’une falsification, mais de prendre un fait particulier et de le prouver réellement? Pour moi, j’avoue que des ouvrages que l’antiquité tout entière rapporteà Platon,

(1) Platons Leben tt. Schrift., p. 464. Sich aus ihm weder fur noch gegen die Ælhlheit eines IHaloniscfien Gesprac/is ein Bctvch hernehmen tàsst.

et que cite Aristote sont d’une authenticité inattaquable : le Platon qu’il connaît (^t pour nous le vrai Platon.

Plût au ciel qu’il eût cité nettement et clairement tous les dialogues, et fût venu donner partout à la tradition la grave autorité de son témoignage ! Il n’en est pas malheureusement ainsi : dix-neuf seument sont nommés ou indiqués par Aristote, qui désigne rarement le titre, plus rarement encore le nom de l’auteur. Ainsi le Phédon, le Phèdre, le Banjqiiet, le Ménon, le Ménéxène, le Gorgias, ï Ilippias, sont cités avec leur titré, mais sans le nom de l’auteur, clairement indiqué dans les trois premiers, plus vaguement dans les autres. Au contraire le Théétète, le Philèbe, ne sont pas désignés par leur titre, mais Platon est nommé. Les autres ne sont reconnus que par des allusions plus ou moins claires. Quant h la République, au Tintée, aux Lois, leur authenticité est hors de toute atteinte, puisque leur titre est accompagné du nom de l’auteur : ce qui n’a pas empêché de contester à Platon et la République, et le Tintée, et les Lois (1).

(1) Fr. Thiersch., Ann. de Vienne, vol. 111, p. 69, die d’un ms. delaBibl. de Munich, colé CXIll, f. xiix, ces mots d’un auteur anonyme d’une Vie de Proclus : Tô ’Eîiiv6(juov voOeûet ô eEto; npôxXo; Stà tô; elpT|(i.éva; aîtia; • èx6di),Xîi oè xai Ta; lIoXiTei'a;, Sià TO TtoXXoô; eîvai XÔYOy;, xal [lŸ] SiaXoY’.xtô; ysYpâ^Ooit • xai toù; Nôp.ou; 3à oià t6 «Oto. Si le mot ix6aXX£'.v a la signification de voOe-jeiv, cc que M. Stallbaum conteste, il n’y aurait pas à s’arrêter à l’affirmation de l’anonyme qui prête à Proclus, sur l’authenticité de la République et des Lois, une opinion contredite par ses commentaires. Cette phrase du ms. de Vienne sc

Mais, parce qu’un dialogue même considérable n’est pas cité par Aristote, est-il par cela même suspect ? Soclier l’affirme , et, comme le Parménide est dans ce cas, il ne veut pas croire à l’authenticité du Parménide. Le procédé critique d’Aristote ne ressemble guère, à celui de l’érudition allemande : Aristote cite et critique Platon en bloc, dans l’ensemble de ses idées, et ne procède pas par citations scrupuleuses et exactes ; il va jusqu’à lui faire un procès de tendance, et à l’accuser de théories , qui sont peut-être une conséquence de ses principes, mais qu’on ne trouve nulle part dans ses écrits. Étonnez-vous, après cela, qu’il ne produise pas le titre de l’ouvrage, le chapitre, la page, l’édition! On peut dire que les grands ouvrages se défendent d’eux-mêmes: on y reconnaît la griffe du lion ; tandis qu’Aristote cite des dialogues qui nous paraissent peu considérables: ce qui prouve que le peu de valeur d’un dialogue ne doit pas le rendre suspect. Mais, encore une fois, quelle singulière question ! Pourquoi Aristote ne cite-t-il pas le Parménide? Pourquoi Cicéron n’a-t-il pas nommé le Sophiste^ ni le Cratyle, ni le Théétète^ ni le Politique^ ni le Pa7'ménide^ ni lePhilèbe? Qu’en sais-je? Qui peut le savoir? et qu’est-ce que cela prouve?

Mais, si Aristote est le seul contemporain qui puisse déposer directenaent sur l’authenticité des ouvrages de Platon, il est d’autres témoins très-

retrouve mot à mot au 26^ chap. des Prolegg. à la Phil. de Platon.

LËS ÉCRITS DE PLATüN. - 1 H

nombreux, compétents et contemporains, dont nous ne pouvons pas dédaigner les témoignages, parce qu’ils nous sont transmis par des intermédiaires, et que leurs propres travaux sont perdus. Ainsi Diogène de Laërte , Athénée et d’autres encore se réfèrent dans leurs citations à Aristoxène , Dicéarque, Hcraclide du Pont, Polémon, Théopompe, Duris, qui avaient connu personnellement Platon, et la production de ces .sources nous permet de croire que, là même où ils ne les produisent pas expressément, ils s’appuient sur elles, ou sur des témoignages de môme valeur (1).

Enfin il nous reste encore deux autres autorités, de moindre valeur sans doute, mais qui n’en doivent pas moins être respectées, tant qu’on n’a pas démontré qu’elles se sont trompées.

Ce sont les catalogues des écrits de Platon, donnés par Aristophane de Byzance et par Thrasylle. La première de ces listes , tout incomplète qu’elle est, ajoute six dialogues aux dix-neuf certifiés par Aristote, et la dernière, dix autres, ce qui porte

(1) La littérature de Maton était déjà, dans l’antiquité, 'considérable. Voici les autorités produites par Diogène L. et Athénée : Speusippe, Cléarque, Anaxilaide, Apollodore, Hermippe, Néanthès, Athénodore, Dicéarque, Timothée, Hermodore, Arisloxène, Satyres, Onétor, Alcime, Antigone de Cariste, Favorinus, Pamphylas, Héraclide, Aristippe, Idoménée, Hegésandre de Delphes, Théopompe (Athén., XI, 507), Persée de Citium (Athén., IV,17; Diog. L., II, 6, et VII, 36 ; Æl., H. V., III,, 17); Nicias de Nicée (Athén., XI, 506, c.); Dercyllidas, dont l’ouvrage sur Platon, assez peu loyal, avait au moins XI livres (Simplic., ad ArisL; Phys., f. 54, Br., p. 344, a, L 35)«

à trente -cinq le nombre des ouvrages de Platon (1).

Pour ne pas être des contemporains, les deux personnages que nous venons de nommer n’en ont pas moins, dans la question qui nous occupe, une compétence reconnue et une autorité considérable : ce qui n’exclut pas du tout la possibilité ni le fait d’ailleurs démontré de quelques erreurs.

Aristophane de Byzance était l’élève et fut le successeur de Zénodote d’Éphèse, qui avait été le premier bibliothécaire ofüciel d’Alexandrie (2). H avait ouvert dans cette ville, sous Philopator, et continué sous Épiphane, la première école de grammaire et de critique. Son érudition immense s’était portée plus spécialement sur la poésie ( i), et particulièrement sur la poésie scénique. Mais il n’avait négligé aucune des branches de l’art, aucun des genres de l’ancienne littérature grecque, et nous sommes eu droit d’affirmer que mil n’était plus en mesure d’appliquer aux textes de Platon les principes d’une sage et pénétrante critique. Les résultats de ses recherches sur Platon ne peuvent donc être renversés que par des preuves expresses et manifestes. 11 est d’ailleurs bien présumable, comme

(1) C’est le nombre adopté par l'auteur des Prolégomènes, c. 25, qui adraetaussi les télralogies de Thrasylle.

(2) Klippel, das Alcxandr. Muséum. Gôtüng., iSZ8. Ritsclil, die Alexandr. Piblioth. rhres\., 1838.

(3) Ses travaux sur Homère lui avaient valu le surnom de «l>tX6|ir)poç. Cf. Wolf, Prolegg. Ou lui doit, dans la reproduclioi* des textes, les signes de l’accentuation et de la ponctuation. Cic., de Fin., 5, 19; ad Attic., XVI, 11; de Oral., ill, 33.

l'a fait justement observer M. Grote, que la bibliothèque d’Alexandrie, qu’il était appelé à diriger et à compléter, possédait des manuscrits authentiques et complets de notre philosophe, car elle avait été fondée par Démétrius de Phalère, contemporain et ami de Xénocrate, de Crantoret de Polémon, disciples et successeurs immédiats de Platon à l’Académie , qui ont pu lui fournir des copies exactes, correctes et complètes. Ce n’est là évidemment qu’une conjecture, toute vraisemblable qu'elle paraisse (1 ) ; et elle ne détruirait pas, même si elle était plus certaine, la possibilité de quelques erreurs. La fraude qu’un critique comme Aristophane lui-même n’aurait peut-être pas toujours découverte, pouvait n’en pas être la seule origine. Les plus honnêtes et les plus pieux disciples de Platon ont pu, sans le savoir et sans le 'Vouloir, y contribuer. Dans l’état où se trouvait alors l’art de publier les livres, qu’y aurait-il d’étonnant que des ouvrages écrits par eux, dans l’esprit, dans la doctrine, dans la forme de ceux du maître, aient été plus tard confondus avec les siens ?

Quelle était la nature du travail d’Aristophane (2)

(1) Elle l’est devenue bien plus encore par la découverte du prof. J. Osann , qui a trouvé, dans un manuscrit de Plaute, à Rome, un extrait du commentaire de Cæcius (Cæcilius?), dont il traduit ainsi un passaf^e : « Callimaque, en qualité de bibliothécaire du roi, avait écrit lui-même les titres sur chacun des volumes de la bibliothèque d’Alexandrie. »Ce soin suppose des recherches critiques sur l’authenticité des ouvrages et des auteurs.

(2) Panœtius, né vers 196 av. J.-C., s’était aussi occupé de Pla-

sur Platon? Était-ce une édition revue, corrigée, complétée, expurgée, une édition critique enfin, otopOojaiç (1)? Rien ne nous l’indique, et, d’après les termes de Diogène, nous ne pouvons penser qu’à une classification méthodique des dialogues d’après «

ton, qu’il appelait l’Homcre de la philosophie (Cic., Ttwc.,!, 32), dans l’intention d’adoucir la sévérité de la morale stoïcienne par les principes de l’Académie, et de réconcilier le nouveau stoïcisme avec la vie (Cic., de Fin., IV, 28). Ses études sur Platon durent le conduire à des recherches sur l’authenticité des dialogues, recherches que Diog. L. (II, 64, III, 38) atteste et cite, et auxquelles il a dû, comme disciple de Cratès et d’Aristarquo (Strab., XIV, 993, c), mêler des études grammaticales. Son disciple Posidonius fut lui-méme un commentateur de Platon (Sext. Emp., adv. Math., VII, 93; Plut., de Anim. gener., c. xxii ; Proclus, in Parmenid., t. VI, 25, où il est désigné sous le nom de 6 £x *Po3oÜ 9i),6(roçoî; Hermias, in Phædr., p. 114, Ast).

(1) M. Grote avance comme un fait certain qu’il y eut des éditions de Platon données par les Alexandrins même avant celle d’Aristophane, et il cite celle d’Antigone de Caryste, qui était toute récente, veuxrtl èxSoOevta. Je crois que le savant historien s’avance içi un peu légèrement. Longtemps* après avoir fait l’énumération des ouvrages de Platon, Diogène de Laërte(lll, 66) décrit les signes graphiques dont les manuscrits étaient accompagnés et qui en facilitaient la lecture : et, après celte description, il conclut, Tà gèv <r»ip,eTa TaÜTa xal tà pi6^ia xoaoMxa.' «UEp ixSoOévTa ef ti; TjOeXe Siafv£ivai, jjuaôôv èviXti toï; xexTTigéyoi;. Il s’agit de savoir à quoi se rappoite ânep. Si, comme le croit Ménage, et comme le semble indiquer la suite des idées, il ne se rapporte qu’à oYi(XEÏa, ce sont alors ces caractèrestypographiques, pour ainsi dire, qui venaient d’être inventés, et dont on faisait payer la communication (M. Grote traduit : ce qui donnait du prix à ces éditions). Au cas meme où ânep se rapporterait aux deux mots piSXîa et eTjiAEÏa, ce serait encore ces marques critiques, dont les livres étaient accompagnés, qui seraient toutes nouvelles. En somme, le fait d’éditions alexandrines de Platonantérieures à celle d’Aristophane est loin d’être certain.

un certain ordre, classification qui n’en comprenait qu’un petit nombre et ne nous fournit, par conséquent, qu’un catalogue incomplet. Son canon sans doute les comprenait tous; mais ceux qu’il n’avait pas fait entrer dans les cadres de’ sa distribution savante ne nous ont point été mentionnés par Diogène.

Le travail de Thrasylle, plus complet, et même tout à fait complet, n’avait pas sans doute d’autre objet que celui d’Aristophane.

Ce personnage assez obscur, astrologue favori de Tibère, versé dans toutes sortes de sciences, s’était enfin plus spécialement adonné aux mathématiques età la philosophie platonicienne (1) . Il ne semble pas avoir eu l’intention de donner une édition meilleure, une récension critique du texte de Platon ; il a plutôt pour objet l’exégèse, comme le dit expressément Porphyre (2), qui, sous ce rapport, lui préfère infiniment les travaux de Plotin. Aussi nous le voyons faire pour Platon ce qu’il avait déjà fait pour Dé- , mocrite ; ranger par ordre les dialogues, leur donner deux titres, tirés l’un du personnage principal, l’autre du sujet traité (3), les distribuer mé-

(1) Schol. Juv., VI, 576; Tacit.,i4nn., 20; Sueton., Tiber.,ik-, Dio Cass., LV, 11 ; Conf. K. Fr. Herm., de ThrasyUo.

(2) Vit. Plàt., XX. 10, Tcpàî aaçéo'TEpov

(3) La République, le Banquet, le Sophiste et le Politique, sont les seuls qui sont désignés uniquement par leur contenu. Dans les autres le premier titre est le seul authentique et ori^ ginal, le second est une addition des grammairiens postérieurs. V. Wolf, ad Sympp., XXXV; Morgenstein, ad Polit., p. 29; Ast., Anmerk. z. PolU,, p. 313.

LES écrits' DE PLATON.

thodiquement dans une certaine classification, et peut-être les accompagner également d’une espèce de préface, d’introduction générale destinée à en éclaircir les difficultés (1). Mais il est clair que le choix d’un pareil critique, admettant dans son canon et dans sa classification un dialogue de Platon, lui donne, jusqu’à preuve contraire, la marque de l’authenticité.

Voilà à l’aide de quelles autorités nous allons établir la liste des ouvrages de Platon, en y joignant une brève analyse, et en séparant ceux qui sont authentiques de ceux qui ne le sont pas.

§ 2. Arguments analytiques des Dialogues.

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