‹ La vie et les livres: (2. sér.)Chapitre 16 sur 30 · La Fontaine et ses Fables j p · texte numérisé non relu

La Fontaine et ses Fables j p

TAINE d05

Plus loin, c'est un coin de Champagne :

La vigne, triste plante bossue, tord ses pieds entre les cailloux. Les plaines crayeuses sous leurs moissons maigres s'étalent bariolées et ternes comme un manteau de routier. Çà et là une ligne d'arbres marque, sur la campagne, la traînée d'un ruisseau blanchâtre. On aime pourtant le joli soleil qui luit doucement entre les ormes, le thym qui parfume les côtes sèches, les abeilles qui bourdonnent au-dessus du sarrasin en fleur *...

Tournons la page et regardons la côte du golfe de Gascogne, un peu au-dessus de Bordeaux :

Le bateau s'amarre à une estacade, sous un amas de maisons blanches : c'est Royan.

Voici déjà la mer et les dunes : la droite du village est noyée sous un amas de sable; là sont des collines croulantes, de petites vallées mornes, où l'on est perdu comme dans un désert; nul bruit, nul mouvement, nulle vie; de pauvres herbes sans feuilles parsèment le sol mouvant, et leurs filaments tombent comme des cheveux malades; de petits coquillages, blancs et vides, s'y collent en chapelets et craquent avec un grésillement partout où le pied se pose... Un seul arbre peut vivre ici, le pin, être sauvage, habitant des rochers et des côtes infécondes : il y en a ici toute une colonie; ils se serrent fraternellement, et couvrent le sable de leurs lamelles brunes : la brise monotone qui les traverse, éveille éternellement leur murmure; ils chantent ainsi, d'une façon plaintive, mais avec une voix bien plus douce et bien plus harmonieuse que les autres arbres; cette voix ressemble au bruissement des cigales, lorsqu'en août elles chantent de tout leur cœur entre les tiges des blés mûrs -.

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