LES MORTS QUI PARLENT
« Éloigné momentanément du théâtre des affaires, je suis réduit, au milieu de ma solitude, à me considérer un instant moi-même, ou plutôt à envisager autour de moi les événements contemporains dans lesquels j'ai été acteur ou dont j'ai été témoin. Le meilleur emploi que je puisse faire de mes loisirs me paraît être de retracer ces événements, de peindre les hommes qui y ont pris part sous mes yeux et de saisir et graver ainsi, si je puis, dans ma mémoire, les traits confus qui forment la physionomie agitée de mon temps. »
C'est ainsi que M. de Tocqueville, ancien
député de Valognes, prenant la plume pour écrire ses Souvenirs, expliquait son dessein *.
M. de Vogué, ancien député d'Annonay, aurait pu inscrire ces mots, comme épigraphe, en tête de l'important ouvrage qu'il vient de consacrer à ses anciens collègues du Palais-Bourbon.
La plupart des écrivains qui se sont assis sur les banquettes de la Chambre ou sur les fauteuils du Sénat ont pris plaisir à nous faire part des impressions qu'ils ont recueillies dans ces assemblées.
Le 7 juillet 1845, Lamartine, député de Mâcon, écrivait ceci :
Ce pays est mort, rien ne peut le galvaniser qu'une crise. Comme honnête homme je la redoute, comme philosophe je la désire : nous marchons à Tinverse de Tesprit de Dieu. Pays sans courage et sans vertu, admirable parterre pour les apostats politiques. Naples a inventé Polichinelle, la France est digne d'inventer pis. N'y pensons plus et travaillons.
M. de Tocqueville n'a pas été beaucoup plus indulgent pour les hommes considérables qui furent ses collaborateurs dans la confection des lois. Il considérait la Chambre comme un labyrinthe de petits incidents, de petites idées, de petites passions, de vues personnelles et de projets contradictoires, dans lequel s'épuisait la vie des hommes publics,..