‹ La vie et les livresChapitre 25 sur 39 · Cf. Paul Deschanel, La République nouvelle · texte numérisé non relu

Cf. Paul Deschanel, La République nouvelle

du député à Paris, et les manœuvres auxquelles est condamné le nouvel élu, s'il veut se consolider dans sa position :

L'élu part enfin pour la capitale, chargé d'engagements dont beaucoup seront dirHciles à tenir, dont plusieurs pèseront désagréablement sur Tesprit d'un homme tiraillé entre des obligations de conduite parlementaire qu'il n'avait pas prévues et les lettres de change qu'il a si imprudemment passées à l'ordre de ses constituants. Mais ce n'est là qu'une partie des soucis qui vont l'assiéger. Il n'a pas plus tôt mis les pieds au Palais-Bourbon qu'il doit travailler à se fortifier dans une position si laborieusement conquise. La préoccupation qui va dominer toute sa vie publique, colorer toutes ses opinions, déterminer tous ses votes, c'est le soin de sa réélection à quatre années delà,.. Il importe que, dans toutes les fonctions publiques qui confèrent quelque influence locale, il écarte ses adversaires s'il en a, qu'il se débarrasse même des tièdes ou des insuffisants, qu'il leur substitue des hommes capables de devenir des agents utiles.

M. deVogiié anime curieusement les esquisses, un peu pâles, de M. Scherer, lorsqu'il nous montre, dans les couloirs de la Chambre, certains de ses collègues, se frottant les mains et disant :

« Enfin! j'ai mon juge de paix... j'ai mon percepteur... Enfin! j'ai fait sauter mon substitut! »

M. Scherer énumérait , dans sa mercuriale, toutes les menues sollicitations, toutes les humiliantes démarches où doivent descendre les députés

et les sénateurs, sous peine d'être privés de leurs sièges :

La petite pièce après la grande. Le député porte à la tribune des propositions de loi qui enflent le budget, ou il vote des dégrèvements qui contribuent d'une autre façon à créer des déflcits; il assiège les ministres pour obtenir une place pour celui-ci, une remise d'amende pour celuilà; mais il ne faut pas supposer que ses discours parlementaires ou ses séances dans les antichambres ministérielles acquittent la dette qu'il a contractée envers ses électeurs le jour où il a brigué leur confiance. Ces sollicitations qui entraînent tant de démarches, qui prennent tant de temps, qui font écrire tant de lettres, sont loin d'épuiser la liste des services que les commettants attendent de leur mandataire. Le sufTrage universel a une si haute idée de la faveur dont il honore ses élus, qu'il ne se fait aucun scrupule de mettre leur reconnaissance à contribulion de toutes les manières imaginables. Vélection devient ainsi un marché, un marché dont l'électeur se croit autorisé à réclamer le prix sous forme de menues complaisances, et le député devient Vhomme d'affaires de Var^ rondissement, j'allais dire son homme à tout faire.

Un jour, dans un banquet où quelques « vieilles barbes » s'étaient réunies pour célébrer Tanniversaire de 48, un député, M. Ballue, décrivit ses tribulations. Il parla de certains électeurs qui lui écrivaient pour lui demander de procurer une nourrice à leur nouveau-né, alléguant que le service des^ nourrices est mieux surveillé à Paris qu'ailleurs. D'autres lui racontaient les symptômes de la maladie dont ils se croyaient atteints et le

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priaient de consulter pour eux quelque grand médecin de la capitale.

Un autre député, M. Lockroy, mis en goût par cette confession, prit la parole après M. Ballue et déclara connaître un département où les voix « se payaient cinq francs pièce ».

La République Française, dans son numéro du 12 avril 1882, publia une lettre par laquelle un électeur demandait une montre en argent à son député, « comme souvenir de sa noble et bienveillante personne ». « Outre le besoin, écrivait le malin solliciteur, je serai fier de pouvoir dire à nos adversaires politiques que vous n'oubliez pas vos bons amis. » Par une attention délicate, Fauteur de la lettre réclamait la photographie de son député en même temps que la montre.

Il faudra désormais ajouter à ces témoignagnes si concordants, le rapport détaillé, coloré, pittoresque, où M. de Vogué résume les occupations quotidiennes d'un député consciencieux. Que de lettres doivent écrire, chaque jour, ces « forçats de la correspondance » I Voici « le cercle vicieux de la mendicité parlementaire : l'électeur mendie des faveurs chez le député, qui les mendie chez le ministre, lequel mendie les votes du député, qui mendie les suffrages de l'électeur ». Regardant, au fond des coulisses du Palais-Bourbon, dans le salon des Conférences, 1' « immense table en fer à cheval couverte d'écritoires et de papiers aux

majestueux entêtes », M. de Vogué songeait • € Comment cette table ne croule-t-elle pas sous le poids des millions de mensonges qu'elle a portés! )»

L'auteur des Morts qui parlent considère le Palais-Bourbon comme une espèce de « colossal tombeau, sépulcre où se décompose la vie nationale ». Il a fait, plusieurs fois, le tour de ce mausolée, afin de compter tous les cadavres ensevelis dans les sarcophages, toutes les urnes posées dans les niches, toutes les épitaphes gravées sur les stèles.

Errant dans les corridors de la Chambre, aussi lugubres que des catacombes, il a entendu le bruit de ses pas retentir sur les dalles avec une sonorité funèbre, comme si le pavé de ce lieu redoutable eût recelé des cercueils. Il a cru sentir, dans la salle des Pas-Perdus, l'odeur glacée des caveaux. Les statues qui, çà et là, font des gestes sur la tête de nos représentants, hii ont paru sortir de chez le marbrier. Les huissiers ressemblaient à des gardiens de cimetière. Le personnel des bureaux était aussi triste qu'une corporation de croque-morts. Le président, lorsqu'il entrait en séance , avait l'air de conduire un deuil. Le tumulte parlementaire, vainement exorcisé par une cloche qui sonne un glas, était macabre comme un sabbat de spectres. On aurait dit un charivari de revenants. Une oreille atten-

tive pouvait percevoir dans cette sarabande de squelettes un bruit d'ossements entrechoqués... Cette impression était surtout saisissante vers le soir, à « l'heure des chauves-souris », au moment où les ordonnateurs des cérémonies politiques allument les lampes, comme pour une veillée funéraire. Alors, on entendait distinctement « des gens marcher dans le mur », L'éclairage de l'amphithéâtre était fantastique. Un jour cru, brutal, une lumière de jugement dernier, tombait des hautes verrières du plafond. Dans cette clarté implacable, M. de Vogué voyait s'agiter, audessus des crânes de ses collègues, une farandole de fantômes : « Envie, Lâcheté, Bêtise, Calomnie, blêmes Furies ». Vision horrifique...

M. de Vogué regardait les députés de nos divers départements se trémousser dans V « horrible cuve ». Il les regardait aussi se démener dans le « salon de la Paix », autour d'un Laocoon de bronze qui, enlacé ainsi que sa déplorable famille, en des nœuds de serpents, se tord... Et le député d'Annonay avait envie de dire à ses amis :

« Ah! vous croyez voir les gestes, entendre les paroles de cinq cent quatre-vingts contemporains, sans plus, conscients et responsables de ce qu'ils disent et font? Détrompez-vous. Vous voyez, vous entendez quelques mannequins, passants d'un instant sur la scène du monde, qui font des mouvements réflexes, qui sont les échos d'autres

voix. Regardez, derrière eux, une foule innombrable, les myriades de morts qui poussent ces hommes, commandent leurs gestes, dictent leurs paroles. Nous croyons marcher sur la cendre inerte des morts : en réalité ils nous enveloppent, ils nous oppriment ; nous étouffons sous leur poids; ils sont dans nos os, dans notre sang, dans la pulpe de notre cervelle; et surtout quand les grandes passions entrent en jeu, écoutez bien la voix : ce sont les morts qui parlent... »

Entraîné , peut-être gêné par cette obsession de l'obscur atavisme qui détermine le s actions et les réactions de nos députés, M. de Vogué a cru devoir sortir du cadre où s'enferment ordinairement les auteurs de mémoires. M. de Tocqueville n'étant pas embarrassé d'idées pareilles, pouvait désigner nommément et montrer du doigt ceux de ses collègues dont la physionomie lui semblait assez particulière pour mériter d'être fixée en traits individuels : le politicien Duchâtel, ministre de l'intérieur, gros homme « toujours prêt à obliger quand son intérêt ne s'y opposait pas » ; — le procureur Hébert, garde des sceaux, « face grippée, chafouine, un nez et un menton pointus, des yeux secs et vifs, des lèvres retirées et sans rebords », bref, « un animal carnassier »; — M. Guizot, a malingre, anguleux, parfois aigre et tranchant » ; — M. Odilon Barrot, M. Sallandrouze, M. Dufaure, et ainsi de suite.

M. de Vogué, absorbé par sa théorie de l'hérédité, désireux de mettre cette théorie en pleine lumière, a négligé les vivants pour s'occuper surtout des morts. Il a inventé des personnages auquels il attribue, autant que possible, une signification collective. Il substitue à ses collègues réels un certain nombre de députés fictifs qu'il appelle Couilleau, Rousseblaigue, Boutevierge, Cornille, Caucuste, etc. L'auteur des Morts qui parlent est obligé, pour répondre à son titre, d'imaginer des héros de roman, capables de contenir en eux une grande quantité de morts et, pour ainsi dire, de résumer des races.

Voici le héros et l'héroïne de son récit.

D'abord, Elzéar Bayonne ou le juif du Palais- Bourbon. Petit-fils d'un pauvre diable qui brocantait des engrais dans la plaine Monceau, le juif Elzéar est né sous cette enseigne significative : Au Fumier de Job. Tandis qu'il grandissait, la tribu des Bayonne gagnait de l'argent ou se poussait dans les emplois. Le petit juif Elzéar put suivre les cours du lycée Louis-le-Grand. Mais l'enseignement universaire ne s'empara point de son âme. Les Hébreux morts parlaient au jeune lauréat, plus fort et plus clair que les professeurs aryens. Les lointains prophètes, Michée, Jérémie, Baruch, lui dictaient leurs anathèmes courroucés contre les riches, contre les satisfaits, contre les repus, et façonnaient son langage aux

farouches revendications de Téternelle justice. L'esclave Joseph, devenu vizir d'un pharaon, le berger Moïse, conduisant son peuple dans la Terre promise, le pieux Daniel, prince des satrapes de Darius, le mendiant Mardochée, enrichi des dépouilles d'Aman, lui expliquaient ces paroles du Livre : Les fils d^ Israël se multiplièrent comme les grains qui germent; ils devinrent très forts et emplirent la terre. Plus on les opprimait, plus ils se multipliaient. . . En même temps, les martyrs que le Saint-OfBce, comme dit aimablement M. Drumont, avait fait « gigoter dans des chemises soufrées », criaient au jeune Elzéar, du fond des siècles, leur clameur de vengeance. Et voilà pourquoi Elzéar Bayonne fut le plus élégant et le plus jouisseur des députés socialistes. En ébranlant, par ses harangues furibondes, la société aryenne , il laissait parler en lui la voix des morts pourris dans les ghettos. Il savait, d'autre part, que le socialisme est bien vu par les snobs chez qui l'on dîne. Il voulait arriver au pouvoir par une conversion opportune. Mais les morts parlèrent trop haut. Le juif Elzéar se fît mettre à la porte de la Chambre, pour avoir imité trop au naturel les vociférations du prophète Michée. Et il fut tué, en duel, par un officier.

Voici maintenant Esther Bayonne, ou la juive de Fontenay-aux-Roses , cousine du précédent. Fille d'un inspecteur d'Académie, elle fut destinée

à renseignement dès son enfance. Mais, comme elle était juive, la doctrine universitaire glissa sur son âme sémite et n'en put atteindre les pro- |

fondeurs. Tandis que ses maîtres lui faisaient la ;

leçon, elle écoutait, distraite, les morts qui parlent. Ces morts, c'étaient les ancêtres de sa race, la lignée, qui depuis le commencement du monde, escalade les degrés de l'échelle de Jacob. Les discours qu'elle entendait monter du fond des tombes la rendaient sourde aux conseils d'idéalisme généreux que lui prodiguaient les professeurs de l'École normale de Fontenay. Cette petitefille d'Hérodiade était trop ambitieuse pour se i résigner à la « morne tâche d'institutrice d'État, i médiocre, sans horizon ». A l'exemple de Salomé, 1 elle aimait les « perspectives illimitées », 1' « in- l dépendance », la « fortune », la « gloire ». Cette belle juive se sentait née pour être la favorite d'un padischah. Elle fut attirée irrésistiblement ! par le théâtre, par le harem moderne où le peuple j souverain applaudit ses sultanes. Elle veut briller, elle aussi, dans ces palais où triompha Rachel, où règne Sarah. . . Voilà pourquoi Esther Bayonne, irrésistiblement poussée pour les morts, est maintenant sociétaire de la Comédie-Française. Protégée par un vieux droitier et maîtresse d'Elzéar, elle a un salon politique. Elle fait et défait les ministères. Les plus beaux hommes d'État sont à ses pieds, comme David aux pieds de Bethsabée.

Autour de ces deux protagonistes se groupent les autres personnages, tous dominés par les « morts ». Ce sont : le vicomte de Félines, gentil garçon qui, volontiers, ferait rôtir les parpaillots, — le vieux marquis de Kermaheuc, chevau-léger en qui revivent trente générations de Bretons, — le robin Boutevierge, — le révolutionnaire Cantador, dont la voix de basse est Técho du cercueil où dorment les vieilles barbes^ — et aussi un « Français de France », M. Jacques Andarran...

La plupart de ces figures sont présentées avec le bonheur d'expression dont M. de Vogué nous a donné maintes preuves. Mais je suis peiné, je Tavoue, de voir son talent se débattre contre la doctrine ingénieuse et revêche qui tyrannise tout son roman. Nulle théorie ne s'oppose davantage à la liberté d'un développement romanesque, puisque les morts, parlant toujours, nous annoncent, à l'avance, ce que vont faire les vivants. Et la source de l'intérêt en est inévitablement appauvrie.

Et puis, si l'on va au fond des choses, rien ne me paraît moins prudent, plus dangereux que cette doctrine, au nom de laquelle on peut, selon son gré, glorifier ou excommunier les « races ». Ce genre de fatalisme ne me plaît pas plus que la religion étroite et cruelle des Turcs. Prendre pour acte de foi ce qu'il y a de plus incertain dans les élucubrations ténébreuses des anthropo-

logues, c*est un parti bien étrange, peu scientifique, et dont la témérité pourrait nous mener loin.

C'est au nom de cette doctrine des races qu'on a prétendu justifier les clauses barbares du traité de Francfort. Je suis surpris qu'un esprit aussi généreux que M. de Vogiié s'y complaise et s'y attarde. Aussi bien, est-ce le moment d'adopter cette doctrine qui deviendrait si facilement une arme de guerre civile? M. de Vogué lui-même ne le croit pas. Car il a enregistré, dans la conversation de ses collègues, le propos que voici :

« Ce n'est pas propre, un endroit où coule tant de haine et jamais de sang.

— Patiente un peu, fit Jacques, il finira bien par couler... »

Voyageuses. - Cf. Études et portraits. — Sensations d'Italie Outre-mer.

Samedi, 1 août 1897.

Voyageuses.,. Ce titre évoque une vision coquette et brave : la femme moderne sortie enfin (un peu trop peut-être) de la réclusion ancestrale, équipée, armée pour la course, ayant quitté les babouches nonchalantes pour les alertes souliers de cuir jaune, bien lacés, préférant décidément Talpenstock à la quenouille, et marchant, avec les hommes, à la conquête du monde par le sleeping-car et la bicyclette.

Voyageuses.,. Lorsqu'on attend, sur l'asphalte d'une gare, le départ d'un train, on trouve ordinairement l'occasion de patienter en admirant les jeunes femmes qui montent en wagon. La grâce féminine a inventé pour les commodités du tou"

ring un costume d'une sobriété unie et d'une simplicité allègre. Le petit chapeau canotier s'incline crânement sur les cheveux roulés à la diable ; la plume « couteau » menace le ciel; la jaquette « tailleur » cambre la taille et enferme le buste en de discrets contours ; le petit col d'homme est fermé par une cravate droite ; la jupe de drap tombe, en plis sincères, le long des hanches, jusqu'aux chevilles que serrent des bottines aussi hautes que des guêtres. Tout cela est ajusté, clos comme une armure légère. Il y a des gens qui préfèrent cet équipement presque défensif à la complaisance des toilettes de bal. En tout cas, c'est tout à fait nouveau, ce type de la femme sans bijoux, sans poses languissantes, sans attitudes penchées, de la femme choisissant avec désinvolture sa place dans le compartiment, disposant avec vigueur ses bagages dans le filet, et se montrant au moins l'égale de l'homme dans la lutte pour le coin. Ce qu'il nous faut maintenant, c'est le bon petit camarade de l'autre sexe, un peu maigri, durci, comme nous, par les sports entraîneurs et par la douche réfrigérante. Nos pères préféraient l'ingénue de romance, l'odalisque de sérail, l'épouse féconde et la nourrice plantureuse.

La femme à bicyclette n'est peut-être pas aussi jolie que la femme en chemin de fer* Pourtant, sur la poussière des routes, parmi l'étincellement

des nickels, on rencontre quelquefois des pédaleuses qui feraient damner tous les saints du Paradis. Mais enfin les avis sont partagés. La querellé de la jupe et de la culotte n'est pas encore apaisée. Celle-là compte de vaillants apôtres; celle-ci est défendue par de preux chevaliers. Attendons la fin de ce tournoi.

Nous pouvons d'ailleurs être tranquilles. Les femmes seront toujours des femmes, même si elles s'habillent en zouaves. Le cœur féminin peut battre sous un jersey collant aussi bien que sous le flottement lâche du péplum antique. Il y aura toujours des moments où reparaîtra, malgré les gilets montants et les jambières à trente-six boutons, rÈve du Paradis terrestre. C'est ce que veut démontrer M. Paul Bourget dans un livre intitulé : Voyageuses.

Ces voyageuses s'appellent Christine Malglaive, Germaine de Corcieux, Alice de Mégret, Odile d'Estinac. Elles ont beau être cosmopolites, elles sont presques toutes « habillées, lingées, chapeautées, bottées par les meilleurs faiseurs de la rue de la Paix ». M. Paul Bourget les a rencontrées en route et il a épingle leur notice individuelle sur les cahiers où il conserve ses impressions de touriste, pêle-mêle avec des fleurs séchées et des croquis inachevés.

M. Paul Bourget a beaucoup voyagé. Il croit, avec raison, que les idées courent les chemins

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