‹ La vie et les livresChapitre 33 sur 39 · A. Luchaire, Alain^sire d^Albret {EsLChQiie)i · texte numérisé non relu

A. Luchaire, Alain^sire d^Albret {EsLChQiie)i

hait pour encadrer les amours sauvages et fîères de Ramuntcho et de Gracieuse.

Ramuntcho (autrement dit le petit Raymond) est le plus fin contrebandier d'Etchezar, le plus vigoureux pelotari des Pyrénées, le plus fin danseur de fandango, qui ait jamais tourné sur la place de Téglise, durant les soirs d'été, tandis que la lune écornait son croissant aux cimes abruptes de la Gizune. Plus raffiné que la plupart de ses compagnons, il est Basque par sa mère Franchita (une grande femme sérieuse, pâle et droite sous ses vêtements noirs); mais son père est un étranger qui est venu dans le pays jadis et qui est reparti vers les villes.

Gracieuse est la sœur d'un garçon nommé Arrochkoa, lequel est le camarade d'enfance, le rival au jeu de Ramuntcho. Qu'elle est jolie, cette Gracieuse, et qu'on aime à la regarder, soit qu'elle entre à l'église, embéguinée de noir, ses cheveux blonds serrés par l'étroite mantille des cérémonies, soit que la guitare et le tambourin basque, sonnant la seguidille espagnole, égayent d'un rire clair la fraîcheur de ses quinze ans, soit que, sous les platanes, après le fandango, en s'en allant parmi les herbes longues et les scabieuses, elle se retourne pour sourire à son ami et lui envoyer, de la main, un gentil adios!

Ramuntcho aime Gracieuse. Elle est pour lui une fiancée toujours présente, même lorsqu'elle

est loin. Toutes ses bonnes pensées, il les lui dédie, comme à une image de la Vierge tutélaire et consolatrice. Toutes ces prouesses, tous ces exploits qui rendent jaloux les autres jeunes gens, il les lui offre en secret. Quand ils se promènent, au bras Tun de l'autre, ils parlent d'avenir, d'espérance, d'immortel amour. Ils songent au foyer entrevu, au bonheur espéré, à ce plus tard dont se berce et se leurre éternellement la fragilité de nos pensées... Et je ne résumerai point ces dialogues. Us sont charmants. Je ne vois que Loti qui sache faire parler ainsi les lèvres vermeilles, les yeux adolescents et les âmes en fleur.

Amours divines , que traverse et torture , comme toujours , la survenue des intérêts humains, et cette question de « convenance », qui est pour les familles, même en Biscaye, une sorte de raison d'Etat.

Ramuntcho n'épousera pas Gracieuse. Cela serait trop beau, trop conforme à la loi sacrée. C'est pourquoi des gens s'y opposent.

Il quitte le pays, pour son service militaire. Quant à elle, afin de la guérir de son mal, on l'enferme dans un couvent. Trois ans après, bruni par des campagnes au soleil, très loin, dans les colonies, il revient au village natal, et il apprend que sa fiancée s'est faite religieuse. Que ceux qui ont connu quelque part, dans l'univers,

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un coin béni et douloureux, qui fut plein du souvenir de l'Adorée, et qui, pars on absence, est devenu désert, que ceux-là relisent l'histoire de ce retour. Ohî ici, toute l'ironie mauvaise dont nous sommes saturés ne peut duper notre esprit ni désabuser notre cœur. Cela est beau, d'une beauté primitive et cependant contemporaine de tous les âges, d'une beauté déchirante, comme tout ce qui touche le fond de nos joies rapides et de nos longues misères.

Avant toutes choses, avant de savoir ce qu'il fera ou ne fera pas, le malheureux veut suivre, en un lent pèlerinage, tous les chemins où il marchait jadis avec elle, chemins fleuris alors, chemins de paradis, et maintenant si âpres, malgré l'image enfuie, dont la grâce flotte encore sur leur solitude.

Mais â son âge, on ne soufire pas sans révolte. Avant de renoncer au bonheur, on veut le conquérir de haute lutte. Lisez, dans cet admirable poème (décidément impossible à résumer), lisez comment Bamuntcho essaya de lutter contre sa destinée et comment il fut vaincu... La scène de la rencontre, dans le couvent, est un des drames les plus magniOques et les plus poignants que je connaisse. Et avec des moyens si simples 1 Je vous préviens que cela finit très mal, comme la plupart des nobles romans et comme beaucoup d'histoires qui sont arrivées....

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