Auguste Lireux a publié V Assemblée nationale comique
frisé, rasé, correct et solennel; M. Adolphe Gaïffe, juvénile et crépu.
Tontes ces gloires sont passées Comme l'onde et comme le vent...
Soyez persuadé que si Théophile Gautier a été introduit dans ce groupe, ce n'est point précisément parce qu'il a écrit le Roi Candaule et Arria Marcella^ ni parce qu'il a rimé la Symphonie en blanc majeur, mais bien plutôt parce qu'il a « fait », comme on dit, la critique dramatique dans un journal. Cette « publicité » hebdomadaire était indispensable à un homme qui, n'ayant jamais été politicien, ne pouvait pas devenir un personnage.
1854! C'était le temps où la littérature du second Empire atteignait, pour ainsi dire, son plus haut point de prospérité. Sainte-Beuve commençait à publier ses subtiles et copieuses monographies du lundi. Emile Augier faisait rire les bourgeois, peints par eux-mêmes dans l'effigie de Monsieur Poirier. Le romantisme expirait dans la Dalila d'Octave Feuillet. Madame Bovary allait paraître, afin de montrer, par son déplorable exemple, le danger du sentiment et de la rêverie. Gustave Planche était le critique attitré de la Revue des Deux Mondes. Taine venait de soutenir sa thèse de doctorat sur La Fontaine et ses fables, et préparait son Essai sur Tite-Live, Renan étu-
diait V Histoire générale et comparée des langues sémitiques. Baudelaire cueillait, dans un jardin empoisonné, ses Fleurs du mal. Alexandre Dumas fils se reposait, entre Diane de Lys et le Demi- Monde. Le financier Mirés dînait avec des artistes et des littérateurs, qui croyaient flairer, à sa table, les truffes d'un nouveau La Popelinière. Les bals des Tuileries donnaient à Eugène Delacroix une sensation d' « abjection dorée* ». L'orchestre du Théâtre-Français, sous la direction d'Offenbach, accompagnait les chœurs de Y Ulysse de Ponsard, et Lamartine vendait, pour vivre, des morceaux choisis de ses œuvres, à Tusage de Tenfance.
Gounod chantait ses romances chez la princesse Mathilde. Le musicien Auber fredonnait ses flon^sflons chez le duc de Morny. Le philosophe Emile Montégut méditait, après Wilhelm Meister, sur la toute-puissance de Vindustrie. Théodore de Banville rimait ses Odelettes y
Cependant que les violettes Ouvraient leurs fraîches cassolettes...
Les Concourt collectionnaient des faits-divers, afin d'écrire leur Histoire de la Société française pendant la Révolution et pendant le Directoire. Alexandre Dumas père dédiait à Victor Hugo un drame, intitulé la Conscience. Et Victor Hugo, exilé, lui^répondaît pompeusement : « Cher com-