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Journal d'Eugène Delacroix, t. II, p

pagnon de luttes, grand et glorieux confrère, je vous serre dans mes bras » . Jules Simon écrivait le Devoir, tandis qu'Edmond About se préparait à cribler de ses flèches la Grèce contemporaine, Leconte de Lisle venait de rimer les Poèmes antiques et préparait les Poèmes barbares. M. Silvestre de Sacy rédigeait le Journal des Débats. Lamartine disparaissait dans l'oubli , à ce point que personne ne lui écrivait plus *.

L'École normale, dirigée par le recteur Michelle et privée de ses meilleurs maîtres, était abandonnée par la jeunesse *.

D'ailleurs, M" Monjaud, évêque de Nancy et de Toul, était premier aumônier de Sa Majesté l'empereur, et disait des messes mises en musique par M. Auber, membre de l'Institut. Il y avait, aux Tuileries, des « préfets du palais », habillés d'un habit rouge lie-de-vin, écussonné aux basques, d'un gilet de Casimir blanc, d'un pantalon bleu et d'un chapeau à cornes. Le grand chambellan s'affublait d'un habit écarlate, caparaçonné d'or, et une clef pendait sur sa basque gauche. Les valets de chambre étaient en habit marron, gilet marron,

j. Voir Les lettres à Lamartine, publiées par M"** Valentine de Lamartine, 1 vol., Paris, Galmann Lévy, 1893. Il y a un trou entre les années 1853 et 1856.

2. « Les vocations ne tardèrent pas à manquer. En 1853, une promotion de la section des sciences était réduite à sept élèves.... » Octave Gréard, dans le Centenaire de l'École normale, p. 297.

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pantalon noir et cravate noire. Napoléon III avait une canne en rhinocéros, dont la poignée était formée par une tête d'aigle en or. M. Mocquart composait des drames en collaboration avec d'Ennery et Victor Séjour. Les remises impériales contenaient sept belles voitures, qui s'appelaient la Topaze, la Turquoise, la Victoire, la Brillante, l'Opale, l'Améthyste et la Cornaline, et une calèche dorée, qui se nommait la Cybèle. Le baron deLâge était lieutenant des chasses, porte-arquebuse de l'empereur. Edgar Ney, premier veneur, était magnifique lorsqu'il revêtait son dolman jonquille, sa culotte bleue, ses bottes à la hussarde, ses cadenettes poudrées et son kolback empanaché de rouge. M. Jadin était peintre de la vénerie et, à ce titre, suivait les chasses en uniforme, sur un cheval équipé à l'anglaise, avec crouplin de feutre blanc bordé d'un galon vert. Les faisanderies impériales étaient abondantes en faisans dorés, argentés et vénérés. Le duc de Cambacérès était grand-maître des cérémonies, et s'habillait de violet, comme un évêque. M. Damas-Hinard était secrétaire des commandements de l'Impératrice, dont M"* Pepa était première femme de chambre.

Les zouaves français se préparaient à guerroyer en Crimée, côte à côte avec les highlanders de Sa Majesté Britannique et avec les nizams du Grand-Turc.

En 1854, le poète d'Albertus, le peintre de

l'école romantique, le conteur picaresque des Jeune-Francey était obligé d'aligner de la « copie » à la Presse et bientôt au Moniteur, pour faire vivre ceux et celles qu'il aimait. Il tournait la meule, disait-il plaisamment, dans plusieurs ergastules. Et, quand il avait fini sa corvée quotidienne, il demandait, avec sa placidité volontiers narquoise : « Qu'est-ce qu'on va encore me faire faire? » L'ancien dandy de 1830, l'homme au gilet rouge, effroi des bourgeois, celui qui avait bu du vin de Chypre dans le crâne d'un tambour-major tué à la bataille de la Moskowa, le magnifique seigneur qui ne rêvait que fêtes vénitiennes, costumes Renaissance, créneaux moyenâgeux, bergeries Watteau, décors Pompadour, était devenu chroniqueur forcené, tâcheron de lettres. Tout autre que cet artiste accompli se fût gaspillé, émietté, anéanti à cette besogne, qui, selon les calculs de M. Bergerat, son gendre, l'obligea d'écrire la matière de trois cents volumes. Mais, comme tous ceux qui connaissent toutes les ressources de leur métier, il trouva dans ce surcroît de travail l'occasion de mieux exercer et ïnesurer . sa force. Il a donné lui-même, dans un discours prononcé sur la tombe de Fiorentino, une charmante définition du métier du feuilletonniste *. Cette condamnation à l'écriture perpétuelle, loin

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