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aux éprouves fréquentes du passage des rivières. L'agriculture prend encore, au dehors, en Angleterre surtout, ses machines agricoles; mais la carrosserie locale, encouragée par des consommateurs exigeants, a, depuis longtemps, développé ses moyens d'action.
Le luxe le plus développé à Buenos-Aires est certainement celui des équipages; les éleveurs riches sont, naturellement, jaloux de mettre en lumière les produits de leurs haras, et bien que le cheval de luxe et le simple cheval de trait n'aient pas encore, à proprement parler, de valeur vénale déterminée, on n'en recherche pas moins roccasion de les montrer et de s'en glorifier.
L'industrie du mobilier est encore, malgré ses efforts, une industrie de l'avenir. Le meuble de luxe viendra longtemps encore de Paris ; mais, avant de s'élever aux travaux compliqués de Tébénisterie, les constructeurs ont un champ assez vaste à exploiter. La consommation du mobilier de bois blanc, peint à la détrempe, est considérable, et cette industrie peut occuper des ouvriers spéciaux en plus grand nombre qu'elle n'en peut obtenir; elle est assez ancienne, pour avoir créé déjà des apprentis et se recruter sans recourir à l'Europe ; elle fournit toute la République de ce mobilier d'attente et provisoire, dans lequel ceux, qui poursuivent la fortune, vivent et meurent souvent.
L'industrie du vêtement n'en est pas restée au poncho et au chiripa; si elle ne dédaigne pas cette partie traditionnelle, devenue nationale, du vêtement de l'homme des champs, elle compte, depuis longtemps, en grand nombre, des tailleurs, des maisons de confection, et même des fabricants de chemises, de chapeaux, de chaussures; les coupeurs, les ouvriers de tous ordres, les couturières, les modistes, viennent de France, généralement, et luttent avec avantage contre l'importation,
qui se réduit, peu à pou. aux matières premières et aux articles de grand luxe.
Si nous descendions dans le domaine delà petite industrie, de chambre ou d'arrière-boulique, nous la trouverions nombreuse et prospère : la joaillerie, l'argenture et la dorure des métaux, la gravure, même la fabrication des cigarettes, qui a son importance, mais dont les moyens d'action sont vraiment trop minimes pour que l'on en prenne souci, La liste en pourrait être longue, mais le détail peu intéressant.
S'il suffisait^ pour dévolopperTindustrie locale, delà poussée que lui impriment, à la fois, les bons conseils, les études théoriques, les besoins de la consommation, les sociétés d'encouragement, et les expositions, nous n'aurions pas à constater d'aussi modestes résultats, dans ce pays, où aucun de ces éléments de progrès ne fait défaut ; mais l'outillage est tout entier à créer, il manque aux hommes de bonne volonté sous ses trois formes, outillage financier, outillage industriel, outillage humain.
L'outillage industriel, c'est-à-dire les machines qui sont nécessaires au petit ou au grand industriel, pour remplacer une main-d'œuvre rare et coûteuse, est difficile à créer sur place : le bois, la pierre, le métal, le charbon, font défaut, il faut les demander à l'Europe et les payer fort cher; l'élan industriel est donc retenu, faute d'éléments, jusqu'au jour oii le sol et le sous-sol de la République, mieux connus, fourniront aux industries les richesses jusqu'ici inexploitées.
L'outillage financier, c'est aussi à l'Europe qu'il a fallu
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jusqu'ici le demander. Ce sont les capitaux étrangers qui ont créé les lignes de steamers, qui relient la République Argentine à l'Europe; ce sont eux, aussi^ qui ont créé les services à vapeur réguliers, qui relient, entre elles, toutes les villes du littoral, Buenos-Aires avec Rosario, Santa-Fé, Parana, Goya, Corrientes, l'Assomption du Paraguay et les villes brésiliennes de Corumba et de Guyaba, importante navigation de plus de huit cents lieues. Ce sont les capitaux étrangers qui ont construit les lignes de chemins de fer, qui rayonnent de Buenos- Aires jusqu'aux Andes; celle du Sud, qui relie cette ville à la Patagonie, celle de l'Ouest, celle des Andes, celles du Rosario, du Centre, du Nord et de l'Est, qui, ensemble, relient entre eux les points extrêmes et entre elles toutes les villes de la République. ^lais l'industrie privée n'a, jusqu'ici, reçu qu'une aide insignifiante du capital étranger; elle en a toujours été réduite à chercher, au dehors, les capitaux nécessaires à sa création et h. son développement. Dans cette industrie privée, nons comprenons même les saladeros, qui exploitent les produits du bétail, les fabriques de conservation de viandes pour l'exportation, les sucreries et les plantations de cannes à sucre, l'unique fabrique de drap, les distilleries de cannes et de grains. Toutes ces créations de l'industrie privée, que nous décrirons, en traitant les industries agricoles, ont aujourd'hui une importance majeure pour le pays, représentent des capitaux immobilisés, des capitaux d'action et d'exploitation considérables; mais il a fallu d'abord commencer en petit, presque sans outillage, les développer à force de patience et de crédit.
C'est ce qui donne à l'industrie locale ce caractère particulier que nous avons noté; où la différence est insensible entre le patron et ceux qu'il emploie. Le patron n'est pas toujours un homme, expert dans son art ; il a entrevu l'idée d'une industrie qui peut être utile ; il tente un effort, le Roret
à la main. Ce qui se consomme de ces manuels Roret, souvent incomplets et démodés, est incalculable! Il tâtonne, s'essouffle, n'aboutit pas souvent, raccole de-ci de-là un ouvrier nouveau venu, qui se garde de l'éclairer sur les secrets du métier, et qui, par contre, apprend de lui qu'il est aisé d'être son patron et de tenter le même effort ; celui des deux qui sait un métier réussira le premier ; il rêvera alors d'agrandissements, d'annexés, se heurtera à la difficulté de trouver les capitaux et l'outillage qui, lui faisant toujours défaut, retarderont les progrès qu'il serait à même de réaliser.
L'outillage financier existe, cependant. Le crédit, son usage et son fonctionnement sont aussi réguliers dans cette partie du monde que dans toute autre. Des Banques d'Etat, des Banques hypothécaires, de dépôt et d'escompte prêtent leur aide au commerce et à l'industrie. C'est, il faut le reconnaître, par Faide qu'elles fournissent volontiers aux petits, à l'artisan, à l'ouvrier même, que la finance de ce pays se distingue de celle des autres. Elle ne pratique pas la doctrine du vieux monde, qui veut que l'on ne prête qu'aux riches. Ici, riches et pauvres empruntent : le riche, parce que la terre se présente à lui, facile à conquérir, à utiliser et parce que, dans l'industrie pastorale, l'extension territoriale est une nécessité, qui s'impose à chaque saison, que les troupeaux, augmentant, requièrent des champs nouveaux et que ces champs, il faut les acquérir, y construire des installations et, pour cela, escompter l'avenir, c'est-à-dire emprunter.
Mais le pauvre emprunte aussi et trouve qui lui prête, parce que deux bras, l'expérience et l'habitude du travail, la connaissance^ même superficielle, d'un métier, représentent, sur la terre d'Amérique, le capital productif et civilisateur par excellence. La Banque de la Province de Buenos-Aires a été la première à pratiquer ce principe démocratique du prêt à l'ouvrier et à l'artisan, sur la seule présentation d'un répondant purement moral.
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Le résultat a été le développement de l'individualisme chez le travailleur. Dès qu'il est établi que la connaissance d'un métier suffit à assurer la protection du capital et à garantir ce capital, la constitution de grands ateliers devient irréalisable, le nombre des petits patrons augmente à l'infini ; chacun chez soi et chacun pour soi; le recrutement des ouvriers devient difficile et l'industrie qui, pour prospérer, a besoin de réunir et d'employer de grandes forces, de diviser le travail, se heurte à des difficultés insurmontables, il lui faut transformer des manœuvres en ouvriers ; elle y réussit le plus souvent, c'est une des raisons qui font dire aux Américains, en assistant à cette amélioration de l'homme par l'émigration, que l'Amérique civilise.
Pour toutes ces raisons, les petits ateliers abondent. Tous, ne pouvant pas trouver place dans la ville, émigrent, au dehors, à la recherche d'un point, où ils trouveront un groupe de population en formation, autour d'une gare, oii un village tracé demande des habitants ; ils s'y installent, créent un groupe de petites industries de première nécessité, embryon de ville future.
Cette conquête du désert parle travail est, encore, un progrès considérable, une avancée intéressante de la civilisation; elle vaut mieux, elle a une influence meilleure, sur la marche du pays et sur la société, que n^en aurait la création de grands ateliers, qui n'offrirait d'autre avantage que d'être mathématiquement plus féconds.
L'esprit d'invention s'aiguise chez tous ces petits patrons, travaillant pour eux, dans l'isolement. Qu'ils le veuillent ou non, ils sont poussés par la nécessité de se suffire à euxmêmes dans l'étude de métiers, de procédés, qu'ils eussent toujours ignorés, en restant dans la spécialité oij leur apprentissage les avait confinés. Il leur faut suppléer à ce que l'aide d'autruine leur donne pas, devenir ingénieux, inventifs, acquérir une habileté demain et de combinaison qui leur per-
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mette de deviner les secrets de tous les métiers, et de remplacer, vaille que vaille, tous les spécialistes. La société a tout profit à voir se multiplier les hommes, dont la valeur intrinsèque acquiert, par l'effort intellectuel, son maximum.
Elle en trouve un autre à voir augmenter en nombre les lîommes qui ne dépendent que d'eux-mêmes et de leurs propres efforts, diminuer ceux qui dépendant d'autrui, consacrent leur vie machinale, leurs efforts mécaniques et passifs à édifier la fortune de quelques patrons, à créer, à côté de la féodalité territoriale, une féodalité industrielle, prête à absorber, à son profit, toutes les forces actives, toute finitiative individuelle de l'émigration.
L'existence de grands ateliers n'aurait, pour celle-ci, qu'un grand avantage, ce serait d'ouvrir leurs portes à l'embauchage facile de tous les travailleurs, prêts à prendre place devant une forge ou un établi et dont les forces s'offriraient. Ils lui éviteraient ainsi les difficultés du début, qui, il ne faut pas se le dissimuler, sont plus grandes pour le nouveau débarqué, s'il faut qu'il demande, à sa propi'e initiative, les premières ressources de sa vie matérielle.
Cet avantage, les petits ateliers l'offrent moins largement, mais plus sûrement, que les grands ; ajoutons que ce qui fait précisément la valeur d'un immigrant, ce sont les difficultés qu'il rencontre dans le pays où il arrive, que la nécessité de vivre l'oblige à vaincre; il en sort grandi, il acquiert, dans ce premier effort, toutes ses facultés de résistance qui constituent sa grande et sa première supériorité, non seulement sur la race créole, mais encore sur ses congénères restés au pays. C'est de ces groupes éprouvés que sortiront ceux qui sont appelés à faire fortune en Amérique.