‹ La vie et les moeurs à la Plata (volume 3)Chapitre 24 sur 50 · II. I · texte numérisé non relu

II. I

178 LlVJiE VU. - L'INDUSTUIE PASTOUALL;

Ce sont ces terres seules qui avec celles de l'Auslralie, tout à l'Europe la grande concurrence qui la préoccupe. Il se passe là un fait qui n'a de précédent dans Thistoire, qu'à la fin du xv" siècle, alors que les découvertes des navigaleiirs ouvraient les surfaces inconnues des continents nouveaux. Pendant une période de cinquante ans, les hommes de ce lemps, servis par des moyens d'action enfantins, au regard de ceux que nous ])ossédons aujourd'hui, mais soutenus par des ambitions, que les faits justiiiaient, découvraient, chaque jour, des côtes nouvelles^ en devinaient les contours, les dessinaient sans compas, avec une exactitude telle que l'Amérique, noyée au fond des eaux, pour les géograph(>s antérieurs au xv" siècle, émerge aux yeux de ceux du \vi% avec les contours gracieux et allongés, qu'elle a conservés [)Our nous après quatre siècles d'études et d'explorations.

Depuis^ l'humanité lassée, s'est reposée de ce grand effort. Elle semble n'avoir entrevu l'intérieur des continents que pour se déclarer incapable de les posséder, plus encore ,de les peupler. De fait, elle avait assez alfaire à recueillir les richesses accumulées par la nature et par les peuples préhistoriques, et semble avoir eu plus de hâte de détruire la po[)ulation que de la renouveler.

Cette œuvre préparée par le xix" siècle, sera celle du vingtième.

Notre époque a assez fait eu créant les moyens d'action, en multipliant les forces humaines et celles de la nature par des moyens nouveaux. Les continents rapprochés se sont trouvés ouverts, plus tôt et plus vite qu'on ne l'avait calculé ; Fétonnement dans le vieux monde est, aujourd'hui, aussi grand qu'il l'était, il y a quatre siècles, au retour de chaque expédition, rapportant des découvertes nouvelles.

Si les efforts sont nouveaux, les résultats sont plus importants encore qu'au xvi^ siècle; ils sont, à beaucoup de points, similaires. Alors, la découverte de l'Amérique, en jetant

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dans le vieux inonde, des quantités de métaux précieux, plus considérables que celles dont il avait disposé, eût pour premier effet de renchérir, en Europe, tous les objets de consommation. L'ahoiidance excessive d"or et d'argent, en diminuant la valeur relative de ces instruments d'échange, augmenta celle des objets qu'ils étaient destinés à payer : la vie sociale s'élargit, l'industrie et le commerce européens y trouvèrent momentanément leur compte : les laborieux, devenus facilement aisés, les grands seigneurs, rapidement enrichis, recherchaient tous les luxes : le prix de la lerrc s'éleva, ainsi que celui du travail; de tout ce mouvement, qui avait son orig-ine dans les réserves d'or du pays des Incas, dans celui des Toltèques, et dans les mines de Polosi, sortit cette renaissance artistique et géniale qui a donné son nom à l'ère nouvelle qui créa la découverte de l'Amérique, et^ par elle, l'enrichissement de l'Europe occidentale.

L'Espagne, en particulier, ne conserve de ses grandeurs passées que ses riches collections d'art, qui placent, au-dessus de tous les autres, le Musée du Prado, où elle a pu réunir, à prix d'or, à la grande époque de son histoire, qui fut aussi celle de l'art en Europe, plus d'œuvres de premier ordre, espagnoles, italiennes et flamandes, qu'aucun des autres pays qui pouvaient rivaliser avec elle ; si sa décadence fut prompte, c'est que les moyens manquaient, pour tirer du sol de l'Amérique, autre chose que les métaux précieux dont l'extraction ne coûtait que la vie à des milliers d'indigènes américains, quantité négligée I

De notre temps, il y a à peine quarante ans, nous avons vu se produire un fait semblable ; les résultats seuls en ont été différents.

Remontons à 18."30. Le monde est ému du bruit que font, à la même heure, deux événements similaires, la découverte des champs d'or de Californie et de ceux d'Australie. Aux deux extrémités opposées de l'hémisphère nord et de

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riiôiiiisplière sud, lo même fciiL se produit. L'invasion de quantités d'or, nouvelles et considérables, qui dépassent plusieurs milliards, en peu d'années, celle postérieure de torrents d'argent, descendus des montagnes chiliennes de Caracoles et des montagnes rocheuses du Sacramento, ont, pour [)remier eilet, de mettre, à la disposition de l'industrie créatrice, les capitaux, dont elle a besoin pour refaire, augmenter, perfectionner son outillage et appliquer les inventions nouvelles, qui se multiplient et se succèdent.

(le mouvement a eu son époque la plus florissante de I80O à 18()0. En France, où l'on aime à faire remonter aux hommes et aux institutions, qui nous gouvernent, l'origine de nos maux et de nos joies, on attribua à la paix politique, au silence des partis, qui caractérisait les premières années de l'Empire, la source des immenses profits que réalisaient le commerce et l'industrie, des hauts prix qu'obtenait la terre, des bénéfices que faisait l'ag'riculture, des progrès rapides des sociétés financières, qui créaient nos réseaux de chemins de fer et nos premières grandes lignes de navigation.

L'origine de toutes nos richesses était ailleurs, elle était comme au xvi' siècle, dans les sables aurifères et les liions de métaux précieux, qui créaient et alimentaient, brusquement, une circulation, d'une activité inconnue depuis la Renaissance.

Les difïérences sont nombreuses dans les résultats. Au xvi*^ siècle, l'aristocratie, qui gouvernait, s'en est tenue à l'enrichissement spontané, par cela même fictif. iXotre démocratie, qui a d'autres aspirations et, au-dessus de tout, celle dv [troduire et de multiplier les productions, a envahi le champ d'opérations, elle a mis à profit les moyens de rapprochement et d'exploitation que l'industrie venait de créer. Donnant sa véritable interprétation à la loi malthusienne, que la légende a faussée et qui se borne à cet axiome : « lA où naît un pain, il y a jdace pour un homme de plus, » elle

CHAI'. II. — LES TKKUES \ii<:k(;ks isi

a iiu'iié, de froiiL. ces deux œuvres connexes, une piodiiclion active et la création de nouveaux consommateurs.

l'ne des œuvres a marché plus rapidement que l'autre. Dans les terres nouvelles, ouvertes à l'activité humaine, la production s'est augmentée deux cents fois plus vile que le nombre des nouveaux habitants; par contre, des hommes qui, jusque-lii. n'avaient [que peu ou point consommé, ont pris leur part des proiUictions nouvelles mises à leur portée. Leur accroissement cependant et lem' activité consommatrice n'ont pas été aussi rapides (jue la production, celle-ci n a pu trouver de consommateurs suffisants qu'à la condition d'abaisser ses prix à chaque récolte. Aussi a-t-on vu, depuis quinze ans, le prix de toutes les denrées diminuer dans des proportions inattendues. Tout a été atteint, le thé, le café, le cacao, le blé, le fer, le plomb, l'argent, le cuivre, la laine, le coton, les peaux, la houille, le salpêtre, le suif, le tabac et même la viande, tout a baissé de prix dans une proportion, qui atteint, d'une façon à peu près e:énérale. U) à 60 0/0 du prix de tous ces articles.

La hausse de la valeur relative de i'or, la rareté de la monnaie de circulation, causée par la démonétisation de l'argent sont, en partie, les agents de la baisse des produits qu'ils sont destinés à payer, mais la surproduction et le rapprochement des terres transocéaniennes, devenues facilement accessibles, a complété l'œuvre.

Aux Etats-Unis, où d'immenses surfaces ont été peuplées depuis vingt ans, la population immigrante a, dans la direction de l'ouest, marché seule à la conquête de ces terres.

Dans la République Argentine, la colonisation a été préparée, pendant des siècles, par un agent passif de peuplement, dont l'œuvre apparaît, aujourd'hui, avec tous ses résultats, le bétail.

C'est ce travail colonisateur dans les plaines pampéennes et les mœurs des hommes qui collaborent à son œuvre que l'on trouvera ici décrites.

}82 LIVRE Vil. - L'INDUSTRIE PASTORALE

La fécondité dos lorres vierges fait radmiration de l'Europe : co qui surprendra ceux qui ont, sur celle fécondité, une opinion a priori, c'est qu'elle n'est, en rien, spontanée. Il en est d'elle comme de nos terres épuisées d'Europe, il faut qu'elles soient élaborées, disons le mol, fumées, pour que leur fertilité se révèle. Cette fumure ne saurait, évidemment, être entreprise par l'homme. Quelle que soit sa science dans les compositions chimiques, il ne tarderait pas à reconnaître son impuissance. Si, sur la foi des légendes et la réputation des terres vierges, il leur demandait une production de son choix, il reconnaîtrait vite leur stérilité, et, désabusé sur les récits mensongers des inventeurs de merveilleux, il retournerait aux terres épuisées du vieux monde.

La terre vierge,, abandonnée à elle-même, n'est féconde (jue par exception. Elle contient, en général, à la surface, et seulement par place, une couche à peine perceptible d'humus, qui suffit à nourrir fort mal dos plantes d'un ordre Irés inférieur, rudes, sauvages comme elles. Le bétail n'y trouve qu'un aliment insuffisant, condamné à la souffrance ot à la mort, s'il ne possède, d'avance, ou n'acquiert, par la lutte et par la sélection, les qualités de résistance, qui lui permettront do soutenir le combat pour la vie et d'en sortir triomphant.

Seulement dans quelques bas-fonds, l'accumulation de détritus végétaux, et, sur le bord des rivières, celle des alluvions, mélangées de détritus du même ordre, peut entretenir la végétation des plantes d'un ordre un peu supérieur, et, si le vent ou toute autre cause y apporte quelque graine, la recevoir et offrir un sol préparé à sa germination.

Vienne le colon ot son troupeau, celui-ci trouvera, dans ces

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