CHAP. II. - LKS TERRES VIERGES
sortes d'oasis, un pàlurage moins rude que celui qu'il rencontre ailleurs, un point où il puisera ou reprendra ses forces pour entreprendre, ù l'entour, son œuvre de fécondation, et conquérir le sol. qui, sans lui, resterait stérile, comme il l'est, depuis des siècles, dans le silence do la nature.
Dans quelques contrées, cette œuvre de colonisation a été entreprise, avant l'arrivée de l'homme moderne, par des troupeaux d'animaux: non domestiqués. Au nord de l'Amérique, avant la conquête, le buftle remplissait cet office ; tout en le faisant d'une façon insuffisante, il n'en traçait pas moins, depuis les temps historiques les plus reculés, la voie à sou congénère domesti({iie, le bœuf.
Dans l'immense bassin delà Plata, l'œuvre décolonisation est partie de la rive des grands tleuves qui le forment. Elle n'a trouvé que peu d'affluents à remonter et a dii s'étendre parallèlement au cours du Parana et de l'Urug'uav. Conduite par le hasard, souvent relardée par des circonstances locales, la résistance de l'indigène, les troubles politiques, les guerres internationales, elle a pris, depuis vingt ans, une activité nouvelle et est entrée dans la dernière période qui ne demandera pas moins d'un siècle poui' donner tous ses résultats, tout en en fournissant chaque jour de considérables.
Pas plus aujourd'hui (jue dans les siècles précédents, l'élevage du g-ros bétail n'a été, dans la pampa, une industrie lucrative en elle-même; c'est une œuvre civilisatrice, à profits lointains, qui porte en âoi cette sorte do bénéfice d'éparg-ne qui consiste dans la plus-value du sol occupé. L'éleveur des siè(;les passés n'a pas fait autre chose que tracer la voie à celui du siècle actuel, abandonnant, à mesure (|u'il lésa con-
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quises, les terres, qu'il cède ù l'éleveur du petit bétail, (|ut' celui-ci transmet ù l'ag-riculture. C'est ainsi que l'on a procédé en Hongrie, dans la petite Russie, dans les steppes caucasiens, dans les plaines du Texas, de l'Arizona, du Nouveau Mexique, enfin dans le bush australien, en même temps qut' dans la pampa.
Pénétrons, avec le pasteur, dans cette région. Nous sommes en 1535. Pour la première fois, les Espagnols ont pris pied, avec des intentions colonisatrices caractérisées, sur la rive de l'estuaire de la Plata. Deux mille hommes (4 cinq cents chevaux out traversé l'Atlantique, et, après un long voyage de plus de cent jours^ abordent aux rives inconnues où est aujourd'hui Buenos-Aires.
Un an après, épuisés de luttes contre l'Indien et de privations de tous genres, il leur faut renoncer à leur entreprise. En vaincu, A[endoza embarque ce qui lui reste d'hommes sur des caravelles, pour rallier les établissements espagnols, plus heureux, fondés dans le haut des tleuves.
Pendant cette année, passée là, l'Indien a fait connaissance avec les chevaux qu'il voyait pour la première fois, il s'est vite familiarisé avec eux, s'est emparé de ceux qui s'écartaient. Il en a recueiUi, ainsi, trente, peut-être cinquante. A peine soignés, ces animaux ont vécu cependant et pris possession de ce sol, que jamais le pied d'un animal de leur poids n'avait foulé.
C'est ainsi que commence l'œuvre de peuplement et de multiplication. Ils se développent à ce point dans Tétat de liberté où ils vivent, que cinquante ans plus tard, lorsque les Espagnols songent à relever les ruines de leur colonie abandonnée, il n'y a pas moins de cinquante mille chevaux répandus dans la plaine, chiftVe qui peut paraître, au premier abord excessif, et dont un calcul, facile à faire, démontre l'exactitude, en prenant les données, que nous fournit la multiplication actuelle des mêmes animaux au même lieu.
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La pampa, jusqiio là, avait été une immense solitude stérile, sans liabilanls. LIntlicn, de la rare araucane, qui s'y était établi, était descendu dos vallées des Andes, en suivant les deux grands fleuves qui bornent, au sud, celle région et la séparent de la Patagonio, le Rio NegTo ot le l{io Colorado. Ils s'étaient répandus le long de la rive Ao la IMala, sans songer à pénéti'er dans le cœur du continent, qui ne leur promettait rien.
La zone de leur babitat était des plus étroites. Le cbeval aidant, ils purent l'étendre, entre l'époque de la première et celle de la seconde fondation de Buenos-Aires.
.Sous le piétinement du cbeval, le sol commença à se solidifier. Quelques graines, envolées des fardeaux de foin, apportés par l'expédition, prirent racine; favorisées par (juelques circonstances locales, elles se multiplièrent. Le basard traça, ainsi, la marcbe nécessaire de la colonisation df la pampa. Depuis trois siècles, elle n'a pas procédé autrement.
Aujourd'bui encore, celui, qui entreprend la mise en valeur, d'une zone de terre vierge, a j»our premier soin d'v l'épandre des troupes de cbevaux, qui ont pour unique mission de fouler le sol, de faire, au gré de leur fantaisie, ou massés sous la conduite d'un homme, de grandes courses folles, où leurs quatre pieds résonnant, donnent, pour ainsi dire, à la terre une première façon. Ils restent là deux ou trois ans, au nombre de trois ou quatre mille pour un lot de terre de dix à vingt mille bectares, sous la surveillance d'un gaucho, qui assiste, sans l'aider beaucoup, à cette œuvre lente, si féconde en résultats.
Après cette première période et pendant que ce premier travail se continue encore, les troupeaux de boeufs apparaissent. C'est un bétail de plus de pi'ix. Mille tètes de cbevaux ne repré:-eiilenl giii're [ilus de six à sept mille francs, mille tètes
de bélail bovin valent au prix actuel, très diminué, vingt à vingt-cinq mille francs.
Alors commence, sous le pied patient de ce promeneur paisible, la seconde façon de foulement et de fumure, que la première a rendue déjà plus facile et quelque peu féconde : elle durera six à buit ans : le sol sera peu à peu assez fertilisé, par places, cbaque année, plus étendues, pour que l'on puisse y épandrc et acclimater déjà quelqut s Iroupeaux de moutons.
Pendant ces longues années, le produit sera quelquefois bien mince. Ce n'est qu'alors que le sol aura été, pendant assez longtemps, fumé et foulé, pour se couvrir d'un épais tapis de graminées, sans laisser voir, entre les touffes, ces larges places vides, qui caractérisent le cbamp vierge ou mal élaboré, que le propriétaire retrouvera, quelquefois, le prix de ses peines et les intérêts usuraires de son capital, dans la plusvalue intrinsèque et la force productive de sa propriété. Aussi })eut-on affirmer, dès le premier abord, que cette œuvre ne peut être entreprise que par le propriétaire, et que ce serait folio, pour un locataire ou un tenancier quelconque, d'espérer en recueillir quelque profit; il payerait, en réalité, une redevance, pour accomplir, à ses frais, une transformation du sol qui ne se traduirait, pour lui, que par le sacrilice plus ou moins grand de têtes de bétail, que lui coûterait, au début, l'acclimatation, sans espoir de bénéfice qui puisse couvrir le prix du loyer.
Les éleveurs, qui ont pu, à notre époque, se faire des illusions sur la valeur productive de leurs grands troupeaux, s'en faisaient si peu au xvui^ siècle, qu'ils les laissaient complètement à l'abandon. L'exportation était, alors, diflicile, les moyens dont elle disposai] insuffisants pour utiliser le trop-plein des troupeaux ; ils s'étaient, alors, en quelques années, augmentés dans des proportions telles, que l'œuvre de foulement du sol s'opérait avec activité, que les
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Indiens pouvaient exercer tous les genres do rapine, à ciel ouvert, exploiter, à leur profit, les troupeaux, à peu près rrs nidliifM, sans (|ue personne en |)rît souci, et que la légende des immenses troupeaux de bf/'ft/s sf/i/var/fs, à multiplication spontanée, prenait son vol pour les pays d'outre-nier, où elle a fait et fait encore une jolie fortune.
Alors, quand un navire doulre-mei-. en charge dans le port. demandait quelques milliers de cuirs, pour remplir ses cales, on donnai! la chasse aux troupeaux ahandonnés, et leur propriétaire en tirait quelques piastres, fort peu nombreuses, le cuir ne valant i;uère plus de 6 reaux d'Espagne. Ces chasses, uii l'on ne recherchait que la dépouille des bètes abattues n'étaient même pas toujours entreprises pour le compte des propriétaires; rÉtat s'arrogeait le droit de permettre, à qui demandait permission, de puiser dans ce trésor inutile.
Après un siècle de fortunes diverses, pendant lequel l'élevage du gTos bétail a été, à certames heures, très compromis, où. à d'autres, il a été très vanté, nous arriverons, peu à peu, dans les dernières années de ce siècle, pour des raisons nouvelles, créées à la suite de circonstances récentes, à une surabondance de production, qui nous ramènera bien près du dédain, avec lequel on traitait le grand élevage, il y a cent ans.
Si l'on juge, en effet, de l'avenir prochain de l'élevage par ce qu'il est depuis dix ans, on peut prédire qu'à l'aurore du xx* siècle, les g^randes plaines de l'Amérique du Sud nourriront, peut-être, cent millions de bêtes à cornes, qui n'auront d'autre mission que de fouler le sol, de l'engraisser, au proiit de g-énérations futures d'agriculteurs, descendants éloig-nés et inconnus des propriétaiî-es actuels.
Comparons ce qu'était cet élevage, il v a dix ans, à ce qu'il 'st aujourd'hui.
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A cette époque, la République Argentine semblait avoir renoncé, depuis un quart de siècle, à refouler l'Indien. Le territoire, qu'occupait la civilisation, dans la pampa, était des plus étroits; occupé depuis longtemps, sans avancées nouvelles, il offrait au mouton des surfaces colonisables ; le bœuf, refoulé par ce bétail, plus exigeant, mais d'un rapport annuel sûr oi considérable, n'avait plus, devant lui, de nouveaux espaces : la frontière semblait s'immobiliser, là où on l'avait fixée, vers 18?j7. Les statistiques accusaient, après l'épizootic de 1874, nue diminution, inquiétante pour l'avenir, de cet élevage, c'est à peine si, alors, on comptait, dans toute la République Argentine, quatre millions de bêtes à cornes, sur une étendue où, à la lin du siècle dernier, on en trouvait vingt millions.
En 1877, a commencé la conquête de la pampa; l'armée nationale, lassée de sa passivité ruineuse, a pris la frontière de la civilisation sur ses épaules, et l'a, d'un vigoureux efForI, transportée aux limites même de la République, débarrassant, sur son passage, la pampa tout entière, du sauvage qui la défendait sans l'occuper et sans l'utiliser.
Les choses ont changé,' du tout au tout. Ayant, devant lui l'espace, le bétail en a pris vite possession. Il s'est multiplié, (lepnis dix ans, dans les terrains vierges, avec une rapidité sans précédents; l'on peut estimer, à plus de vingt millions, le nombre de bœufs, qui occupent une partie, relativement minime, de la pampa.
Chaque année, déjà, l'accroissement a produit une baisse de prix : l'on en est aujourd'hui à ce point que les débouchés sont engorgés, qu'il n'v a plus de marché pour les grands troupeaux, que, faute d'écouler leur trop-plein , les propriétaires doivent, chaque année, se mettre en quête de nouvelles surfaces, pour y entreprendre au moins cette sorte de culture sauvage, qui est le seul emploi de ce bétail, suppléant au manque de bras et à l'insuffisance des capitaux.
En Australie, oii. si les brns no sont pas plus al^oiidants.
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les capilaiix lu sont, on piucùdc de iiièiiie dans les lerirs Uinl à fait vierges : le bétail est employé à la même œuvre de eoloiiisalioii, mais en moins grand nombre, et il est aidé souvent par lagriculteur, qui déiricbe la terre et l'ensemence, l'ouvrant .ainsi, plus rapidement à Téiève productif du mouton. Aussi, les troupeaux de bœufs n'auginentent-ils pas dans des proportions aussi inquiétantes; on n'en trouve, dans la Nouvelle-Galles que trois millions cinq cent mille, — c'est la province qui en contient le plus, — trois cent mille dans le South-Australia, six cent mille dans h' West-Australia, deux millions dans le Queensland, contre vingt-neuf millions de moutons: cent trente mille en Tasmanie : en Nouvelle- Zélande, seulement sept cent mille, contre douze millions de moutons.
Dans les deux contrées, le gros bétail est à lavaut-gardc, en grand nombre; en plus petit, là où il est mélangé aux troupeaux de moutons.
Autour des villes importantes, qui sont, toujours, sur le iilloral, dans les pays de colonisation, on trouve des troupeaux, élevés à peu près à la mode européenne, dans de petits herbages clos, c'est la réserve de ralimentation locale et des producteurs de lait; plus loin, ils disparaissent tout à fait, c'est la zone intermédiaire, dont le mouton et l'agriculteur ont pris, exclusivement, possession, qu'ils se partagent; bien que les proj)riétés soient de grande étendue, le gros bétail y serait à l'étroit. Dans une zone plus éloignée, il occupe une partie des herbages, déjà plus vastes, celle que le mouton ne saurait utiliser, et le prépare pour lui. Plus loin, enlin, on le rencontre seul; là, on ne parle plus d'iieclares ni de centaines d'hectares, comme unité de division domaniale; la terre ne se divise plus, même, ])ar lieues carrées, mais par lots de trois ou quatre lieues, par unités de dix mille hectares.
Ici. même, les usages ne soiil pas les mêmes dans tous les
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domaines. Dans les nns, le gros bélail qne Ion roncontro. est déjà acclimaté, des animaux de race sont entourés de métis. La terre y est assez fertile, les conditions de l'habitat assez améliorées pour que sans s^occuper de renforcer, ou de conserver au troupeau ses qualités de résistance, acquises par une longue sélection, on cherche à lui infuser, à chaque génération, un sang nouveau, et, peu à peu, toutes les qualités de la race européenne, à laquelle appartient l'aïeul de choix.
Dans d'autres domaines, plus éloignés, situés dans la zone oi^i le peuplement est plus récent, le propriétaire ne lâche que les animaux de race créole, qui ont perpétué les qualités de résistance acquise, chez qui l'on évite de les diminuer par des croisements trop actifs.
Plus loin, enfin, on ne trouve encore que des troupes de chevaux à peu près libres; ce sont, en Australie, the poor man's land, la terre du pauvre, à la Plata, las campos de parvenir, les plaines d'avenir.
Si nous avions à fixer, géographiquement, les zones que nous venons d'indiquer, nous dirions que la première s'étend autour de Buenos- Aires, de Quilmes à San-Vicente, au Pilar et à Campana ; la seconde, celle de l'élevage du mouton et de l'agriculture, s'étend jusqu'au Tandil, Olavarria, Chascomus, Pergamino et l'arroyo del Medio. La zone où les deux élevages se mêlent, s'étend jusqu'aux limites anciennes de la Province de Buenos-Aires ; celle des troupeaux de bœufs, jusqu'à celles actuelles de cette Province et une faible partie des Territoires nationaux. La zone des troupeaux de chevaux comprend le reste de ces territoires, que quelques arpenteurs sont seuls à avoir parcourus.
Passons en revue ces diverses zones, et pénétrons dans les détails de la vie qu'y mène le pasteur.
i:ll\l'. II. - IA> (.KAMtS TI((U l'l,Al.\ 1)1, i;fii;Ll'> l'.ll
Il uesl pas rare do iviiconlrcr, dans le vieux inonde, des découragés, des vaincus de la vie on des aventureux, i[u\, entrevoyant l'iieure do la mauvaise fortune, croient de bonne loi (ju'il leur reste un dernier rofuye. une dernière carte à jouer, qui réparera toutes les fautes et tous les désastres : se faire bergers dans les pampas I
C'est une tradition qui vient du xvi'' siècle, les lils de famille on mauvais point, partaient, alors, déjà, pour l'Amérique. La tradition ne s'est pas perdue, le rêve a seulement changé de forme. Après les aventures de conquêtes, après les Pizarro et les Cortez, les Raousset-Boulbon et Robinson en ont égaré d'autres; les traditions des mines de Potosi, ont été continuées par les prodiges de la Californie et de l'Australie. Toutes ces légendes ont fait trop de victimes, pour que ceux mômes qui les caressent n'aient pas perdu la foi. Notre époque est devenue si positive, que le positivisme pénètre même par les fissures des cerveaux fêlés ; la chimère que poursuit le bataillon des partants pour la conquête de rAnK'rique, prend une sorte de figure régulière : elle hante maintenant ces cerveaux sous la forme d" élevage en grand du bétail.
On est nalurellcment bon cavalier, énergique, prêt à tout; on possède ronsemble des qualités, indiquées pour la vie qui permet toutes les satisfactions, un labeur facile et lucratif, une liberté sans égale, la possession d'immenses espaces, l'exploitât ion d'innombrables troupeaux d'un rapport considérable, l'isolement, corrigé par la domination de groupes de demi- sauvage s et la joie de les commander, en cacique lettré, prenant sur eux cet ascendant, qui est l'apanage des nobles races et des esprits résolus.
r.»-' IJVRE vu. — l/INDLfeTHIH l'ASTOHALE
Le [tlaii de cette vie, tracé, k j^rauds traits, on commence à éludier les détails : l'imagination fournit le site que l'on choisira, loin des villes, bien entendu, — au reste, y a-t-il dos villes? — si petites et si peu nombreuses, comparées à limniensité de la plaine, que Ion peut se détacher sans souci de cette quantité négligeable. Le tableau représente donc une plaine, coupée d'une rivière, sur la rive de laquelle on plante une lente, ce qui, en rêve, n'est pas un travail compli(iué, et vous donne déjà la satisfaction de posséder un chez soi, un chez soi eu pays sauvage ! L'on dresse alors ses plans pour vivre, quelque temps, de sa chasse, prendre au lasso des animaux sauvages ou abandonnés. — Quel est l'homme du monde ([ui ne connaît pas le lasso? Le connaître, c'est le manier avec grâce. — Parmi ces animaux, le cheval est le plus noble, le bœuf le plus nombreux; on a bientôt fail d'en réunir une troupe, dont on fait un troupeau, embryon de celui qui comptera bientôt des milliers de tôles, (jui augmenteront d'une façon si prodigieuse, que les journaux d'Europe en parleront bientôt sous le titre : « Le plus grand propriétaire du monde ». Si ce succès dépasse la mesure, ce grand propriétaire se transformera, pour devenir « le plus grand boucher du monde ». N'y a-t-il pas des précédents, et n'a-t-on pas vu le marquis de X... devenir ce personnage rêvé, s'élever, par l'immensité de son exploitation, au-dessus de la vulgarité d'un métier, où il est le premier.
Il a été imaginé pour la consolation des ratés, ce marquis légendaire des plaines du Far-West! S'il existe, il ne peut servir d'exemple, il ne peut transmettre, au premier venu d'entre les déclassés, la recette de son succès, qui, on peut d'avance l'afhrmer, ne peut être fait que d'énergie peu commune et de science longuement acquise.
Réussir dans cette carrière n'est pas si aisé ; il faudra que loutes les molécules du corps se transforment, que tous les lobes (lu cerveau se modiheut, el puis, aussi trouver, sur