CHAPITRE IV
l'élevage du cheval pampa
lusuccès do l'exportation eu IST.'i. — Influpnce des clôtures ^iir le uùmbrc des chevaux. — Le cheval sauvage. — Le cheval en liberté. — Le lasso. — Origines du cheval pampa. — Le cheval barbe. — Le cheval arabe. — Le cheval andalou. — Production du cheval à bon marché dans la jiampa. — La manada: Tétalou. — La tropilla; la jument. — Le gaucho; soins qu'il donne aux chevaux. — Le cheval de courses, le parejero. — Le dompteur. Inutilité des chevaux eu grand nombi'e. — Soins nécessaires. — Cheval de trait léger. — Attelage? de luxe. — Écuries de reproduction. — Les courses ù Bueuos-Aires. — Les charrettes pampéennes. — Le cheval et l'exportation.
L'élevage des chevaux en liberté dans la pampa ne semble pas, pour le moment, promettre de profits plus considérables que celui des bœufs.
Il y a dix ans, déjà, que l'on s'est occupé, en Europe, du cheval pampéen. La France a fait des essais d'importation, qui n'ont donné que des résultats décourageants, mais pour des causes indépendantes de la qualité du cheval de cette origine et de l'usage que l'on en pouvait tenter.
On y a donc renoncé ; la question reste entière. En même temps, pour une raison locale qui prend chaque jour plus d'importance, le cheval devient, chaque jour, moins utile. Ce compagnon inséparable du gaucho, sans lequel, il y a quelques années, il n'y avait pas d'élevag'e possible dans la pampa, dont les éleveurs entretenaient des troupes nombreuses, et on faisaient dompter, à raison de huit chevaux, on moyenne, par homme employé dans les établissements d'élevage, quelques-uns vont, déjà, jusqu'à dire qu'il est nuisible, d'autres simplement qu'il est un mal nécessaire.
Ce qui supprime ou tout au moins diminue considéra-
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blement son emploi, ce sont les clùlures et aussi le développement (les chemins de fer. Pendant que l'on voyage, de moins en moins, ù cheval, que l'usage du cheval de selle, autrefois général dans les villes, s'y perd complètement, les clôtures suppriment la garde du grand bétail, qui employait autrefois des chevaux, en grand nombre, et forçait les éleveurs à en être toujours largement approvisionnés.
Il en résulte une inditîérence chaque jour croissante pour un élevage qui n'a plus une utilité immédiate, auquel les insuccès passés ferment le débouché de l'exportation.
Dans le dernier voyage que j'ai fait dans la pampa, en 1880, il m'a été donné de constater cette transformation.
Chez certains propriétaires, de la zone des terres vierges, l'ancien troupeau de chevaux libres est, il est vrai, en nombre plus considérable et plus négligé que jamais : mais ces troupes de plusieurs milliers de bétes, gardées par quelques hommes qui n'ont d'autre occupation que de les faire galoper dans des propriétés de plusieurs milliers d'hectares, servent uniquement à donner au sol vierge un commencement de consistance, avant l'arrivée des troupeaux de bœufs.
C'est là le seul travail que l'on demande à la plus noble conquête que l'homme ait jamais faite. Une fois cette tâche accomplie, après un an ou deux, ces troupeaux sont menés dans d'autres prairies, plus éloignées vers l'ouest.
Par contre, dans nombre de propriétés closes, je n'ai plus trouvé ou presque plus de chevaux, une insuffisance même exagérée de montures, divorce absolu avec les anciens usages; peu à peu on en arrive à supprimer les troupes de chevaux et de juments, les tropillas et les manadas, que l'on trouvait partout, il y a peu d'années encore.
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Dans les champs clos, un cheval suffît à la hesogne que dix autrefois remplissaient avec peine : là où Ton avait vingt chevaux, entre lesfjuels choisir, sans èlre toujours sur d'en trouver un bon, on s'est habitué à en entretenir un petit nombre, à les nourrir de maïs et de luzerne, à ne les laisser souffrir ni le coup de soleil des journées d'été, ni les gelées des nuits d'hiver, à les abriter et à les conserver en état de rendre, toujours, les services que l'on attend d'eux.
C'est tout une révolution, tout à fait imprévue. Elle n'est pas générale encore, mais elle sera rapide, si l'on en juge par la passion qu'excite dans les classes fortunées de la société l'élevage du cheval de luxe, do course ou de voiture.
Nous sommes loin de la légende du cheval sauvage, et l'on payerait, sans doute, fort cher un échantillon de ce genre, si l'on pouvait en trouver dans la pampa. Le cheval sauvage, que l'on a autrefois rencontré, était, à proprement parler, le cheval égaré, cheval abandonné, ayant vécu loin de l'homme, seul ou en famille, s'y étant (quelquefois reproduit, mais sans avoir assez perdu les habitudes de domesticité, perpétuées par une longue hérédité, pour ne pas les reprendre, au premier contact de l'homme, ou à la simple apparition d'une troupe de chevaux dressés. Ce cheval, habitué à la liberté, a toujours élé relativement facile à joindre, à grouper par le cavalier, qui n'a jamais songé à le prendre au lasso, comme le content les récits fantaisistes. On ne prend au lasso que le cheval arrêté, que l'on veut choisir au milieu d'un groupe, pour la simple raison que, jeter le lasso, opération (jui, au besoin, peut se faire au galop, au vol pour ainsi dire, n'est que la première partie de l'opération qui a pour objet de prendre un animal libre: la seconde partie consiste à le retenir.
Or, pour retenir un animal, pris au lasso, il faut d'abord arrêter son élan, déployer, par conséquent, un effort en
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rappoii avec cet clan ; pour cela, un homme à pied s'arc-boulc solidement, résiste, avec plus d'habileté que de force, à la secousse que lui imprime l'animal enlacé: mais un homme, quelque habile ou quelque robuste qu'il soit, ne pourrait certes pas résister à la secousse que lui imprimerait un cheval surpris au galop, par un lasso. Si l'homme qui jette le lasso est, lui-même, à cheval, que le cheval poursuivi soit lancé au galop, le cheval monté aura beau s'arc-bouter des quatre pieds, avec l'habileté que lui a donnée la longue habitude, il sera impuissant à retenir un cheval libre et surexcité* 11 faut d'abord, avant de jeter le lasso, avoir cerné la troupe; on pousse le cheval poursuivi, dans une troupe que l'on mène devant soi. qui sert d'appeau; s'il s'agit d'un veau ou d'un bœuf, que le lasso peut prendre par les cornes, que le cheval, en raison de sa vitesse plus grande, peut dépasser, un homme monte peut facilement l'attendre et le rouler à terre. Mais on ne s'expliquerait pas la tentative folle d'un cavalier essayant de prendre, au galop, avec son lasso, le cheval qui fuit devant lui. Dans cette entreprise, l'homme, s'il tenait le lasso à la main, serait enlevé comme une plume : s'il l'avait attaché à sa selle, comme c'est l'usage, il perdrait selle et lasso. Il n'y a pas de monture capable de se raidir assez vite et assez ferme, dans une immobilité assez puissance, pour tenir le coup.
En réalité, on ne prend d'animaux sauvages à la course qu'avec les bolas, que nous avons eu déjà l'occasion de décrire. C'est une arme puissante, mais, enroulée autour des pieds du cheval, elle risque de les briser avant de l'arrêter. Cependant la légende du cheval sauvage ne s'est pas faite toute seule. Les descendants des chevaux andalous, importés au xvi" siècle, ont toujours été, dans la pampa, en nombre trop considérable pour une population augmentant lentement pendant les deux premiers siècles de la colonie, c'est là le vrai motif de l'abandon où ils ont vécu et où ils se sont per-
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pétués. Pendant l'époque moderne, qui comprend la première période de lutte contre l'Indien, depuis 1740, les guerres de l'Indépendance et les guerres civiles, depuis 1810, le cheval est devenu le nerf de la guerre, comme tel, la consommation en a été assez considérable, pour que. chaque jour, l'on ait pris plus de souci de le conserver en domesticité.
C'était, du reste, tout ce que Ton faisait pour lui, et les soins qu'on lui donnait devaient avoir, plus vite, pour résultat de perpétuer ses défauts en les conservant précieusement Mjue de greffer des qualités nouvelles sur celles qu'il pouvait devoir à son origine.
Celle-ci est assez facile à discerner dans l'histoire. L'aïeul du cheval pampa est le cheval de race berbère, que nous appelons, en France, cheval barbe, même, par une erreur très répandue, cheval arabe. Ce cheval, originaire des pays de l'Afrique méditerranéenne, ne saurait être confondu avec le cheval asiatique, amené par les Arabes, dans leurs migrations aux pays barbaresques. Les Arabes trouvèrent, dans cette partie de l'Afrique, un cheval indigène : le cheval barbe. Ils lui donnèrent, par des croisements avec la race supérieure, entre toutes, la race arabe, et, par un traitement habile, les qualités que nous lui reconnaissons aujourd'hui. Le cheval barbe, comme toutes les races de chevaux, descend donc du cheval arabe, mais il ne doit pas être confondu avec celui-ci.
Améliorés, comme nous l'avons dit, ces chevaux, importés et acclimatés on Andalousie, pendant les sept siècles de l'occupation mauresque, avaient conservé toutes leurs qualités acquises, lors de l'expulsion des Maures et de la découverte de l'Amérique. Ce n'est que depuis, que cette race a dégénéré, dans les pay^ espagnols et hispano-américains, sauf au Chili, où des soins attentifs en ont perpétué les qualités anciennement acquises.
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Au Mexique, par contre, et dans la pampa, le cavalier a toujours eu plus de fantaisie que de science, aussi a-t-il obtenu Ibs résultats les plus étranges. Il n'en pouvait obtenir d'autres, étant données les conditions de l'élevage qu'il pratiquait.
Le cheval pampéen doit s'élever et se garder lui-même, c'est là la condition de son existence. L'éleveur ne saurait. pour longtemps encore, transgresser cette loi, qui s'impose : il doit, pour le cheval, plus encore que pour le gros et le petit bétail, produire à bon marché, évitant de produire trop.
Le problème de la production du cheval à bon marché est, à proprement parler, le seul qui soit résolu.
En pleine liberté, au milieu du champ, un étalon, entouré d'une vingtaine de juments et de poulains, conduit, en maître, sa petite troupe, la ?nanada. On peut, dans une cstance, en rencontrer dix, douze, cent; elles ne se mêlent pas entre elles, ne s'occupent pas les unes des autres, et le propriétaire s'occupe fort peu d'elles.
Ce serait un travail bien simple que de choisir cet étalon, en consultant les règles les plus élémentaires de la sélection scientifique. 11 est rare que l'on en prenne le moindre souci. Loin de chercher, dans la troupe, les reproducteurs, qui peuvent avoir conservé et pouvoir transmettre quelques qualités de race, le gaucho préférera toujours, celui qui se distinguera par quelque étrangeté de robe, ce qui est un signe de dégénérescence.
Si le même gaucho se passionne pour un cheval de choix, lui donne des soins particuliers, lui fournit une nourriture spéciale, en fait son cheval de course, son gagne-pain, l'atout sur lequel il risquera ce qu'il a et ce qu'il n'a pas, soyez sûrs que c'est toujours un cheval hongre; l'avenir est donc banni de ses préoccupations.
Quant aux juments, qui accompagnent l'étalon et qui doivent fournir les chevaux de service, puisque personne ne
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consent à les utiliser comme montures ou comme attelage, puisqu'elles ne sont bonnes qu'à la reproduction d'un bétail dédaigné, qui donc s'en soucie? Elles sorit grasses ou maigres, voilà l'important. Grasses, elles sont bonnes à tuer pour donner leur huile, c'est là leur destin; mères depuis peu ou prêtes à l'être, qu'importe? On les groupe et on les vend au plus vite pour ces hécatombes, évitant autant que possible de laisser perdre cette graisse qui dure peu, et vaut quelque chose; les maigres, puisque l'on ne peut faire autrement, on les garde. Voilà en quoi consistent les règles primordiales de l'élevage du cheval pampa.
On s'imagine facilement la descendance que donnent les manadas ainsi constituées. Celui qui n'a pas vu groupés quelques centaines de chevaux pampéens s'imaginera difficilement à combien de combinaisons de couleurs nouvelles se prêtent les quelques nuances connues de robes de chevaux. Les dictionnaires d'agriculture contiennent, plusieurs colonnes, consacrées à la simple nomenclature des robes de chevaux, la pampa a quintuplé ce nombre, et ce sont les plus étranges, les moins dénommables qui se perpétuent, qui serviront de point de départ à de nouvelles nomenclatures, si les langues sont assez riches pour les créer, et la mémoire des hommes assez vaste pour les retenir.
Les poulains nés dans la manada, sont à l'âge de la puberté, expulsés par la jalousie ombrageuse de l'étalon, et groupés en tropiiias, sous la conduite, cette fois, d'une jument, autour de laquelle on les groupe après la castration. Ces tropillas sont les troupes de chevaux de service; elles ne se forment pas seules et sans travail. Les chevaux qui les composent sont nécessairement hongres. L'élevage libre, en plaine, ne comporte pas la présence de nombreux étalons,
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dans les limites de la propriélù; les chevaux ne vivant pas en troupeaux, comme les moutons, ni en bandes, comme les bêles à co'rnes, mais en familles soumises à un chef, les luttes, que la présence d'étalons trop nombreux amènerait, n'auraient d'autre fin que la fuite même de troupes entières poursuivies par le plus vigoureux ou le plus batailleur.
Avant donc que la tropilla formée de chevaux déjà hongres mérite son nom et puisse remplir son objet, elle doit subir deux opérations. Il faut, d'abord, Ventablar^ c'est-àdire établir entre tous les animaux qui la composent le lien de famille factice, mais nécessaire, ensuite, dompter, un à un, chacun des poulains, quand il aura pris de l'âge et des forces. Pour entablar, il faut, d'abord, habituer la troupe au coin d'herbage où- elle doit vivre, et habituer les uns aux autres les animaux qui la composent; l'opération, du reste, est la même, qu'il s'agisse d'une manada soumise à un étalon ou d'une tropilla confiée à une jument, avec cette différence que celle-ci est une sorte de chef dont l'autorité est passive, et n'a pas l'initiative que s'attribue l'étalon. Il faut donc diriger cette passivité, grouper la famille, autour d'elle, en l'habituant à la clochette qu'elle porte, habitude qui sera d'une grande utilité dans les longs voyages. Quand cette habitude sera prise, il suffira, pour camper la nuit, dans un coin de plaine inconnue, d'entraver les pieds de la jument; les chevaux paîtront autour, en liberté, sans songer à s'éloigner.
Ce travail fait, et quand les chevaux ont atteint deux à trois ans, on peut s'occuper du domptage. Le cheval qu'il s'agit de réduire n'est ni plus ni moins rebelle que nos poulains d'herbages et d'écuries, il a, comme eux, à apprendre à obéir, sait, de moins que lui, se tenir à l'écurie, ce dont il n'a que faire. Il s'agit de lui inculquer vite les premières leçons nécessaires, dont la première con-
siste à riiabiluer à la présence de l'homme. On confie donc au dompteur le soin de le prendre dans la plaine.
S'il y a jamais eu un cheval sauvage dans la pampa, c'est celui-là. Il a vécu toujours libre, dans l'immensité des herbages ; cependant il a déjà souffert deux opérations, la marque et la castration, qui, si elles l'ont irrité, ne lui ont pas moins appris à voir dans l'homme un être supérieur et à le craindre. Il n^est pas, pour cela, habitué à la présence de l'homme à pied, ce qui est une rencontre que l'on ne fait pas dans la pampa, moins encore à celle du cavalier sur son propre dos. Il va, sur le seuil même de l'école, faire connaissance avec ces deux aspects de son maître.
Le dompteur est un vrai gaucho, né à cheval, il a le tempérament de son métier, surtout celui de son origine ; légèrement fanfaron, très occupé de son attitude, il est le cabotin de la plaine ; c'est là son grand défaut. S'il songeait moins à ce que va dire et penser de lui la galerie, il serait plus apte au métier qu'il fait, y mettrait plus de douceur, plus de crainte, si l'on veut, et obtiendrait de meilleurs résultats; mais, non, il faut être en scène et brûler les planches.
On lui amène, dans le corral, les tropillas que l'on y enferme; il jette son lasso; parmi ces chevaux groupés, saisit au cou celui qu'il va dompter. L'animal est à peine pris, pendant qu'il se débat, sous cette impression gênante, qu'il connaît déjà, que d'autres hommes lui jettent d'autres lassos, qui, ceux-là, lui prennent les jambes, le rendent immobile, l'empêchent presque de se tenir debout. Extrait du corral, non sans peine, il est roulé à terre, on l'y retient, on lui passe un licol. A coup de triques, on le relève, et, tout cabré, écumant et résistant, tirant au renard, on le conduit à un pieu solide, où on l'attache court et jusqu'au jour suivant. L'animal s'irrite, se désespère, se blesse la bouche, se contusionne de tous côtés; à peu de chose près, il se brise le cou.
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Le jour suivant, on le détache, mais c'est pour un nouveau supplice; un homme le tient du licou, assez fort pour empêcher tout mouvement; pendant ce temps, on lui entrave les pieds de devant ensemble et on travaille à le seller. Ce n'est pas sans peine que la sous-ventrière prend sa place. Le dompteur monte alors; quelquefois, le poulain, de douleur, se couche ; mais qu'il se couche, se cabre ou rue, il lui faut céder aux coups vigoureux de manches de fouet qu'il reçoit.
On part, dans une course folle, droit dans la plaine sans limites. Un homme, à cheval, accompagne celui que monte le dompteur, il est chargé de serrer le novice, de le pousser s'il se rebiffe; coups de fouet s'il s'arrête, coups de fouet s'il s'emballe, pour montrer à la galerie que l'on ne craint rien.
L'animal écumant, après avoir couru, galopé, rué, s'être cabré, quelquefois roulé, jetant au loin son cavalier qui sera retombé, droit sur ses pieds, sans lâcher la longe, et sera remonté en selle du même élan, revient au point de départ, lassé, baigné de sueur; on le desselle et le lâche, quelquefois eu lui laissant aux pieds les entraves, et pour le reprendre le même jour. En quelques séances, le poulain est dressé, on peut déjà l'employer; vienne l'été, il passe cheval de service, supporte le mors et la bride, peut être monté par le premier venu.
C'est là un tableau de mœurs locales pittoresque; tous les spectateurs en sont réjouis, mais comme cela est loin de ce que l'on fera le jour où l'on voudra obtenir scientifiquement un résultat utile !
L'on y arrivera nécessairement. Cet élevage est appelé à se transformer, à faire place à quelque chose de tout à fait différent. Il ne sera bientôt plus pratiqué, qu'au loin, dans les terres vierges, ou par quelque pauvre gaucho qui
ne connaît que les vieilles mœurs et n'y veut pas renoncer. On commence à comprendre, dans les coins les plus reculés de la pampa, que les chevaux en trop grand nombre ne sont pas seulement inutiles, qu'ils sont nuisibles, que leur piétinement, agent rapide de consolidation et de première façon des terres vierges, est des plus funestes aux terrains faits utilisés par l'élevage productif; leur galop continuel et leur voracité a fait dire du cheval en liberté qu'il mange avec quatre bouches, il consomme moins le pâturage qu'il ne le détruit.
A quoi peut servir, au reste, le grand nombre de chevaux jusqu'ici conservés plutôt qu'élevés, qui n'ont été l'objet d'aucune sélection raisonnée, puisque l'exportation a renoncé à demander à la pampa ce qu'elle ne sait pas lui donner, et que la consommation locale diminue chaque jour.
Nous avons dit comment on choisissait les étalons et les juments de reproduction, ajoutons qu'ils ne sont jamais domptés ni montés les uns ni les autres : cependant le cheval de course existe, les courses de chevaux sont le plaisir le plus apprécié du gaucho ; mais, pour bien démontrer, sans doute, qu'il ne voit qu'un jeu dans ces exercices, qui sont, ailleurs, une occasion de démonstration de la valeur des chevaux, il ne présente jamais, comme chevaux de course, que des chevaux hongres, incapables, par conséquent, de transmettre leurs qualités par l'hérédité, si la sélection et les soins intelligents leur eu avaient inculqué quelques-unes.
Les soins, que le gaucho donne à son cheval de course, ne sont à noter que parce qu'ils tranchent sur l'absence absolue d'attention qu'il prête aux nécessités de tous ceux de ses chevaux, qu'il n'a pas classés comme chevaux de course, et qui n'ont d'autre emploi que l'usage journalier, autrement
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important cependant. Ceux-ci, abandonnés à eux-mêmes, pris, le matin, au corral. s'ils doivent être utilisés dans la journée, attachés et sellés du matin au soir au soleil, à la pluie ou à la gelée, ne reçoivent là aucune nourriture, et attendent le bon plaisir du maître, qui leur demandera autant de courses et aussi longues qu'il lui paraîtra utile, sans consulter leurs forces ni leurs dispositions; le soir venu, il les lâchera simplement, au retour, leur permettant de retrouver seul la tropilla à laquelle ils appartiennent, et de trouver de quoi apaiser leur faim et leur soif dans un pâturage souvent très maigre et fort pauvre en cours d'eau ou en bas-fonds où les eaux puissent s'accumuler.
Pour le cheval de courses, le parejero, c'est une bien autre affaire. Celui-là ne mange qu a l'heure de repas fixés, une nourriture de choix, mesurée d'avance. Attaché à la longe il piétine, tout le jour, autour de son pieu, la bouche dans un cornet qui l'empêche de brouter à sa fantaisie, il a ses rations de maïs et de luzerne sèche, achetées spécialement pour lui, et jamais récoltées par son maître, h' aficionado , l'amateur de parejeros^ est nécessairement un gaucho élégant, sans rentes, mais en vivant paisiblement; son troupeau, il le fait soigner, au besoin l'emploie à cautionner ses paris ou à payer ses pertes, mais lui donner des soins est au-dessous de sa dignité : travailler n'étant pas une élégance, il ne travaille pas, ne sème ni ne récolte. Tout son temps est insuffisant pour les soins qu'il doit à son parejero. C'est lui-même qui lui porte sa nourriture, lui-même qui le monte aux galops d'essai et d'entraînement.
Le champ de courses est partout où l'on peut grouper quelques parieurs. Le pulpero du voisinage se charge de le tracer et de fixer les jours de course, attirant ainsi du monde autour de son assommoir : c'est tout prolit pour lui. A jour dit, dans ce pays désert, où les maisons à l'horizon pourraient
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se compter, si, dans l'immensité, on parvenait à les voir, il y a nombreuse assistance : on a, à dix lieues à la ronde, abandonné tous les troupeaux à la garde des enfants; hommes et femmes, tous à cheval, sont accourus, forment la haie, et risquent, non pas leurs économies, ce mot-là est inconnu, mais leurs gains futurs dans des paris, toujours au-dessus de la condition de fortune, de ceux qui les engagent.
Jamais il n'y a plus de deux chevaux en ligne, montés nus, sans selle, par leurs maîtres, au front ceint d'un foulard; ils courent rarement plus de mille mètres; leur course, très courte, passionne tous les joueurs en raison de l'intérêt particulier qu'y peut avoir leur bourse.
Il n'y a qu'à Buenos-Aires que les courses aient une autre portée et une autre influence sur l'avenir de l'élevage ; là, seulement, on voit courir des juments et des étalons, mais ce sont généralement des sujets importés d'Allemagne, de France ou d'Angleterre.
Il ne faut, en effet, pas juger l'élevage dos chevaux autour des villes par ce que nous avons dit de l'élevage libre en plaine. Dans cette région, la transformation est ancienne, les besoins d'une consommation très active de chevaux de voilures ont imposé les mœurs de l'élevage européen. Il y a beau temps que les grands propriétaires ont importé des étalons de choix, d'un prix modeste d'abord, plus élevé ensuite, et ont réussi des croisements. Le mouvement n'a cependant pas été aussi accentué et n'est pas aussi ancien qu'en Australie et aux Etats-Unis, les voitures ordinaires, les tramways, les charrettes, qui font une consommation excessive de chevaux, sont encore alimentés de chevaux pampas, par les éleveurs, mais les chevaux de selle^ de moins en moins nombreux, du reste, et les voitures de luxe, chaque jour plus nombreuses, sont traînées par des chevaux importés ou des chevaux de demi-sang.
Toutes les races contribuent, un peu au hasard jusqu'ici,
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à améliorer, par des croisements, la race créole; jusqu'ici, ces essais manquent de direction scientifique, bien que l'Etat ait établi, auprès de Buenos-Aires, un haras dirigé par des maîtres venus de France, et acheté, en Europe, des sujets de prix fort élevé.
Nous pouvons citer un éleveur, qui a créé, dans une do ses fermes, voisine de Buenos-Aires, une race appelée, croyons-nous, au plus grand avenir dans le pays. Il a obtenu d'abord, avec des juments créoles, choisies pour leur robe et leur taille, et des étalons Cleveland, des sujets de reproduction qu'il a unis à des étalons percherons légers : le croisement, ainsi obtenu, donne un animal de bonne taille, fort léger, capable d'acquérir toutes les qualités de notre percheron de trait à allures rapides. Les acheteurs recherchent les produits de cette ferme, le prix qu'ils les payent augmente tous les jours et atteint 300 à 400 francs, ce qui est un prix élevé pour des chevaux dans ce pays.
Le monde des courses, comme partout ailleurs, du reste, peut-être plus qu'ailleurs, est bien indifférent aux progrès généraux de l'élevage du cheval, s'il lui apporte un appoint, c'est inconsciemment.
L'extrême bon marché des chevaux, tout en généralisant l'usage du cheval dans toutes les classes de la société, l'étendue du pays, en le rendant nécessaire, a fait, de l'équitation, une habitude plutôt qu'un sport élégant; la vulgarité des formes, de l'allure, de la robe du cheval pampa suffisait à rendre assez peu gracieuse la tenue du meilleur cavalier, pour que celui-ci renonçât à un exercice, qui, en n'ayant rien d'utile, n'avait rien de flatteur pour un citadin. On en était arrivé à considérer comme une monture dont on pouvait être fier un cheval gras, à la robe d'une couleur foncée, aux formes replètes, tranchant, par ce caractère de bonne santé et de bonne nourriture, sur la généralité de ses congénères, malingres, de robe tachetée, de la pampa; on donnait
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un prix excessif à un cheval dressé à trotter lentement, à la mode chilienne, en envoyant, à chaque pas, de droite et de gauche, les pieds de devant, comme pourrait faire un cheval de cirque.
Aujourd'hui, la mode est aux chevaux d'attelages, dont quelques-uns ont été importés et d'autres sortent d'écuries locales. Le cheval de selle n'a pas encore repris ses droits, l'équilation reste un art négligé hors des champs de courses.
(îeux-ci sont organisés comme ceux d'Europe, mais n'ont d'importance qu'au point de vue, à peu près exclusif, des paris. Ils ont leur public spécial de parieurs et d'entrepreneurs de paris : les bookmakers, brûlés ailleurs, y trouvent une clientèle disposée à les écouter. Les usages diffèrent des nôtres. Le pari à la cote est remplacé par le pari à l'encan.
Dans un local spécial, à la veille des courses, le bookmaker offre aux enchères les chevaux qui doivent courir ; les parieurs couvrent l'enchère, le cheval est adjugé au plus offrant et dernier enchérisseur ; l'ensemble des enchères, obtenues par tous les chevaux engagés, forme la masse de la poule, déduction faite, bien entendu, d'une forte remise pour le bookmaker encanteur.
C'est, en somme, à l'ombre de ces réunions hippiques pour en entretenir l'intérêt que de grands propriétaires et l'Etat importent des reproducteurs de choix, que des écuries se fondent, préparent et acclimatent des sujets, que les estancieros recherchent déjà pour leurs manadas.
Beaucoup, déjà, se pi'éoccupsnt de la qualité et négligent le nombre. Dans la campagne, peu à peu, pour les charrois, on a délaissé les bœufs; les vieilles charrettes, comme font les vieux navires à voiles, qui deviennent pontons, sont descendues de leurs roues et ont pris leur rang parmi les
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masures champAtres ; à mesure que la pampa s'est étendue, la sage lenteur du bœuf s'est démodée, les attelages de chevaux rapides et légers se multiplient.
Il faut avouer que les charrettes du nouveau modèle ont, elles aussi, leur pittoresque : au milieu de la plaine, elles ne manquent pas d'élégance. Elevées sur leurs roues de deux mètres, perpétuant la forme des charrettes de villes, elles portent deux et trois tonnes de laines ou de produits de toute sorte d'importation, et galopent jusqu'à destination, traînées par huit, dix, douze chevaux, dirigés, du haut du chargement, par un homme dont l'habileté h les manier est surprenante. Il les voit à peine, au milieu de la poussière de la route ; aucun obstacle ne l'inquiète : il passe aussi rapidement les bas-fonds fangeux, les marais qui se prolongent, les gués des rivières, profondément encaissées, à peine praticables. C'est merveille de voir passer ces convois, formés de huit ou dix charrettes, qui se suivent et se poursuivent dans leur tourbillon ; merveille de voir le timonier, galopant comme les autres, soutenant les timons de la charrette, qui, par une merveille d'équilibre, ne portent pas même sur ses épaules. Rien n'aura plus que ce nouvel usage une influence puissante sur l'amélioration du cheval de trait. Ces voitures font, par jour, des voyages de vingt à vingt-cinq lieues, n'emmènent pas de relais; le charretier se contente d'un peu de repos de temps en temps, et recourt de temps à autre à un procédé original : pour reposer ses chevaux de trait, il les change de côté. Dans l'attelage pampéen, le cheval de flèche et celui de timon sont les seuls qui tirent du poitrail et de face ; les autres sont attelés d'une seule chaîne ou d'un trait de cuir vert tressé, attaché à une sellette fortement amarrée au moyen d'une sous-ventrière, si bien que le cheval de trait tire de côté et des quatre pieds, mais non de face et de poi-
trail. On s'explique, donc, qu'en le chang-eant de côté et le faisant tirer de droite, s'il a tiré de gauche, on le repose, en raison de ce principe mécanique que changer de travail c'est se reposer.
Les procédés sont, on le voit, primitifs et expéditifs, et l'ensemble de tous ces attelages, très simplifié, disons le mot, bien américain.
On ne peut guère critiquer le charretier de ne pas ménager ses auxiliaires. Malgré tout, malgré le renfort coûteux des reproducteurs européens, le prix du cheval ne se relève pas dans la pampa, il est toujours assez bas pour désespérer tous les progrès. On peut se procurer des sujets, de demi-sang, au prix de 100 francs; le cheval pampa ne peut être considéré comme généralement vendable, son prix varie entre 8 et 10 francs par tête, s'il est acheté en troupes mêlées, de juments, poulains et étalons; les juments grasses, pour l'abatage, valent couramment 23 francs par tête ; un cheval ordinaire coûte, à dompter, de 40 à 50 francs, il est le seul qui obtienne le prix relativement élevé d'environ 100 francs par tète, sans avoir dans les veines une goutte de sang de race étrangère ; un cheval de charrette ou de tramway, bien di'essé et de bonne taille, pourra valoir 200 francs ; la vie de la ville, le pavage, le service excessif qu'on leur demande les auront vite usés, et leurs propriétaires les revendent, après un an de service, à très bas prix.
La France doit-elle donc perdre de vue ce pays lointain comme producteur de chevaux, ou doit-elle le considérer comme capable de renouveler à peu de frais sa cavalerie?
Pour le moment, il faut bien le dire, les éleveurs n'ont
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aucun souci do Tulrangcr ; ils sont, de ce côlé, découragés non sans raison.
Les envois, faits jusqu'ici, n'ont pas été heureux. D'abord, le jour où l'on a voulu tenter, à la Plala, l'exportation des chevaux, on s'est heurté à un défaut local, qui est la pierre d'achoppement, plus qu'ailleurs, de toutes les entreprises nouvelles. Le cheval, dédaigné et sans valeur, en a pris une, excessive, le jour où un acheteur s'est présenté. Celui-ci, pour avoir un cheval de la taille et de la robe désirée, a du courir beaucoup, très loin, et, de guerre lasse, payer jusqu'à 300 et 400 francs. A ce prix même, il n'a pas trouvé ce qu'il voulait, ni surtout, en nombre, ce qu'il voulait; des vices partout, un ensemble, suffisant pour les besoins locaux, très défectueux pour ceux de l'Europe. Là où il croyait trouver le cheval pour rien, et n'avoir qu'à se présenter pour en choisir, en un instant, en emmener au besoin des milliers, il trouvait des usages tellement primitifs, des hommes si peu habitués à des marchés de cette nature, feignant un tel attachement aux quelques chevaux présentables, désignés après une longue inspection, qu'il fallait un beau jour se hâter, l'heure de l'embarquement ayant sonné, mettre à bord des animaux, pris au hasard de l'urgence, sans aucune qualité.
C'étaient bien des chevaux pampas, mais que valaient-ils? Beaucoup moins que le petit prix qu'on les payait et que celui que demandaient les armateurs pour les amener au quai du Havre, où leur prix de revient s'élevait à 900 francs par tête. On pouvait, pour ce prix, trouver au Havre des chevaux indigènes bien préférables. Mais la question n'est pas là.
L'élevage libre peut-il donner, à moins de frais qu'en Europe, un sujet de race? Le cheval pampa a-t-il, par une longue sélection, acquis des qualités de résistance assez précieuses pour qu'il puisse être recherché en Europe ?
A cette seconde question, nous pouvons répondre qu'il
n'est pas douteux que la vie de la pampa a donné à la race, et fixé par l'hérédité, depuis trois siècles, des qualités de résistance, de sobriété, un tempérament que l'on ne trouve nulle part ailleurs. Le cheval pampa ne coûte rien à nourrir, il vit de l'air du temps; il va, sans se rebuter, oii son cavalier a besoin d'aller, aussi vite que celui-ci le lui demande; il est petit, mais robuste, peut porter très loin et vite le poids d'un homme. En un mot, c'est un cheval de bataille, un cheval de campagne. En France, on fait le cheval de trait, même le cheval de garnison; la pampa seule fournit le cheval de guerre. Les Anglais ont fait une expérience probante, avec deux mille chevaux pampas, dans la campagne contre les Cipayes.
Leur petite taille ne tient qu'au peu de nourriture qu'on leur accorde ; mais, dans la pampa, tous les terrains ne sont pas de même nature ; quelques régions sont plus riches en graminées, que les chevaux recherchent, par exemple dans l'extrême sud de la Province de Buenos-Aires. Là où il y a de l'herbe, il y a de la taille, en dehors même de tout croisement.
On aurait donc pu trouver des chevaux pampas, dignes d'être présentés sur les marchés français; c'est ce que l'on n'a pas fait : première erreur.
On en a commis bien d'autres, en France même. Dans la manière de traiter les sujets importés à leur arrivée, on n'a tenu aucun compte de leurs habitudes de vie antérieure, on a pratiqué, sur eux, le traitement, auquel sont soumis, dès leur premier âge, les chevaux d'Europe, auquel ils sont préparés par l'hérédité. On a obtenu des résultats aussi désastreux que si, prenant des chevaux dans des écuries parisiennes, on essayait, à leur arrivée à la Plala, après trente jours de traversée, de les laisser vivre en pleine liberté, et s'habituer d'eux-mêmes aux conditions rudes de celte vie nouvelle. Bien que le climat y soit plus doux qu'en
CHAP. IV. - L'ÉLEVAGE DU CHEVAL PAMPA î>K
France, tous y périraient. Les chevaux pampéens ne sont pas morts dans les quartiers de cavalerie, mais ils y sont devenus rétifs, et ont dû èlre réformés et vendus à des paysans, qui, à leur grand éloiinement, en ont tiré le meilleur profit.
Changement de climat et changement de régime à la fois; trop manger et une nourriture trop substantielle, sans courir à sa guise, c'est ce qui a fait du cheval pampa, si doux, un cheval capricieux et nerveux. Ajoutons que tous ceux qui ont été importés avaient été domptés à la mode du pays, que, surpris par les habitudes nouvelles, pour eux, du cavalier européen, ils le décourageaient, témoignant de défauts qui ne tenaient qu'à sa propre ignorance qu'avec un peu d'attention et de meilleurs renseignements il eût vite corrigés.
L'expérience reste donc à faire. Avant de la tenter, à nouveau, cette fois, on s'y préparera, de chaque côté de l'Océan. Aujourd'hui que le croisement est étudié par quelques propriétaires, qui l'appliquent scientifiquement, que le nombre des juments de reproduction à bon marché est à peu près illimité, il est facile de prévoir que l'on préparera à la Plata une sorte de marché aux chevaux largement pourvu de sujets, pouvant être offerts à l'Europe ; mais ce ne sera pas le vrai cheval pampa : ce sera un cheval, qui aura conservé, au moyen d'une éducation un peu plus soignée, les qualités de résistance de sa race, et aura emprunté à celles d'Europe la taille et la performance qui lui manquent.
Ce cheval, on pourra, dans les grands herbages clos, hors de l'écurie, le produire à un prix assez bas pour qu'il puisse être rendu en Europe, tous frais payés, au prix de six à sept cents francs, ce qui est relativement peu élevé pour un cheval de quatre ans, prêt à rendre les services que l'on pourra exiger de lui et qu'il rendra vaillamment pendant de longues années.
Ne nous faisons pas cependant d'illusion, celte entreprise sera soumise à de longues années d'attente, de surnumérariat, avant d'être en mesure, d'un côté, de récompenser les efîorts des éleveurs, de l'autre, de fournir à l'Europe un nombre appréciable de recrues.
L^élevage pampéen puise, en ce moment, à pleines mains dans les herbages du Perche et de la Normandie; un étalon, quelques juments de choix peuvent supporter les frais de transport, qui ne sont pas moindres de quatre à cinq cents francs par tète pour quelques sujets isolés; les prix que l'on paye ces quelques sujets sont pour nos éleveurs un encouragement qui a, pour eux, quelque importance.
Autre chose est le retour : le prix de transport de chevaux, en nombre, n'est pas moindre de trois cents francs par tête; tous les risques, qu'aucune compagnie d'assurances ne verut couvrir, et ils sont nombreux, sont à la charge de leur propriétaire; un vapeur ne peut guère emporter un maximum de cent chevaux, en supposant même des aménagements spéciaux, que les steamers à passagers ne peuvent installer; les capitaux, la sécurité, l'emplacement, manqueront, donc, longtemps encore, et empêcheront cette industrie de prendre un développement suffisant pour que, de longtemps, le cheval pampa puisse être classé, en Europe, comme article d'importation, ou puisse servir à la remonte d'un escadron de chasseurs.
Considérons-le, donc, comme un excellent élément d'action, pour le pays où il abonde, regrettons que l'Europe n'en possède ni puisse alimenter un semblable en aussi grand nombre, relativement à sa population, mais sans pouvoir espérer que le superflu des uns puisse arriver à suppléer l'insuffisance de l'autre.