‹ La vie et les moeurs à la Plata (volume 3)Chapitre 36 sur 50 · OoO · texte numérisé non relu

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Produit. — Laine, tSarrobespar cent tètes à 17 fr. oO. 6.300

Augmentation par les naissances 2.ri00

Produit de l'engraissement et des venLus 2.000

Pour compenser les aventures imprévues, qui rendent certaines années désastreuses, on peut diminuer ce chiffre de 2o 0/0. Si le prix du loyer est moins élevé, le produit peut augmenter, mais sans se modifier beaucoup : on peut, pour préciser, poser en principe que la brebis donne, en moyenne chaque année, un produit égal à sa propre valeur, c'està-dire qu'une brebis qui vauto francs donne un produit d'une valeur de o francs ; le terrain qu'elle occupe, les soins qu'elle exige représentent une dépense de 2 fr. oO. Telle est la loi de la production dans la pampa. Les grosses dépenses que font certains éleveurs, pour améliorer le sol ou la race ont, certes, pour corollaire, une augmentation de produits, mais le temps est loin encore, oii l'élevage scientifique et à grands frais sera en mesure de prouver sa supériorité sur l'élevage primitif.

En France, en Angleterre, en Allemagne, on a jugé la démonstration faite, et l'on a résolument diminué le nombre des animaux pour augmenter leur poids vif : chacun de ces pays entretient actuellement, à peine, les deux tiers des moutons qu'il possédait autrefois, mais le poids total de ce nombre

réduit dépasse celui des troupeaux anciens. On ne s'est pas arrêté là, tous les efforts ont tendu à dénuder le mouton, à arrêter le développement de la toison. Il est facile de se rendre compte du résultat obtenu, en considérant, dans la campagne ou sur les marchés, l'aspect général des moutons; tandis que, dans les pays exotiques, la laine les couvre tout entiers, ici, c'est à peine si leur dos est abrité, les membres sont entièrement à nu. En même temps, le corps augmente de volume, les pores, par lesquels croit la laine, s'élargissent^ la fibre devient épaisse et forte ; le contraire se remarque dans les grands pays d'élevage, l'animal, robuste et mince, donne une laine à libre fine, que les croisements tendent toujours à améliorer dans ce sens.

Il est hors de discussion que la masse énorme de produits exotiques a développé l'industrie européenne, enrichi le filaleur et le tisserand, multiplié les lavoirs et les teintureries, fait naître les entreprises de transport, le commerce, augmenté le nombre des intermédiaires et des banques, qui vivent des échang-es ainsi créés ; mais, ce que l'on sait moins et ce que nous voulons établir, c'est que le prix de la laine indigène, loin de s'être abaissé en Europe, et particulièrement en France, s'est toujours élevé à mesure que l'importation des laines exotiques augmentait.

C'est là un fait peu connu qu'il faut bien divulg-uer; on croit que l'éleveur exotique a écrasé le marché des laines et fait baisser le produit français, quand c'est tout le contraire qui s'est produit. Un économiste allemand a démontré, avec preuves à l'appui, extraites des mercuriales du marché de Breslau, le plus important pour les laines européennes, que, au cours du demi-siècle qui s'est écoulé depuis 1836, pendant lequel s'est accentuée, chaque jour davantage, l'importation des laines exotiques, on a vu baisser de 20 0/0 les laines extra-fines, qui sont celles que ces pays produisent exclusivement; de 5 0/0, les laines fines, et, par contre^

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s'clover de 10 0 0 le prix des laines moyennes, et de 7 0,0 celui dos laines ordinaires.

Or, ce sont les pays d'Europe, seuls, qui produisent des laines moyennes et ordinaires, les laines à peigne; c'est le cas, particnlièremont, de la France.

A ce fait il faut ajouter ([u'à mesure que les manufactures emploient davantage les laines coloniales, elles doivent mettre en œuvre plus de laines françaises. L'emploi des unes et des autres est proportionnel. Le tissage mécanique exigeant que les chaînes soient beaucoup plus fortes, les laines européennes, plus longues de mèches, plus nerveuses, sont, de plus en plus, recherchées et payées plus cher pour la confection des chaînes, pour lesquelles les laines exotiques fournissent la trame. Le prix des laines françaises s'en est tellement élevé que Ton ne saurait les employer pour la fabrication des étoffes de qualité ordinaire.

L'erreur, dans laquelle tombent ceux qui regrettent l'extension de l'élevage exotique, provient de ce qu'ils considèrent, à tort, comme un désastre, de ne plus pouvoir produire de laines fines, en concurrence avec les produits exotiques, quand c'est précisément la laine ordinaire de France qui est la plus recherchée, que la laine fine se paye moins cher et que l'augmentation bienfaisante de production de la laine fine exotique ne fait qu'augmenter la consommation de la laine forte de France.

Demander la protection douanière contre l'importation des laines exotiques, c'est donc aller contre lintérèt de l'agriculteur français, aussi bien que de l'industriel.

A qui donc les grandes villes manufacturières, qui se sont élevées depuis un demi-siècle, doivent-elles l'existence, en même temps que le bien-être de leurs habitants, sinon à l'éleveur exotique et aux efforts qu'il fait pour produire beaucoup et à bon marché?

La démocratie moderne ne doit pas moins que Tinduslrie au colon d'outre-mer. Sans le secours de ces pays, ouverts à l'aclivité humaine, dont les produits nous inondent, la matière première eût fait défaut, les machines, que l'invention de la vapeur devait avoir pour résultat de mettre en mouvement, fussent restées inutiles; l'humanité ignorant le bienêtre matériel, qui est la condition d'existence de la démocratie, celle-ci fût restée dans cet état de surnumérariat, où la tenaient, au siècle dernier, les corporations organisées pour modérer la production.

Ce fait moderne n'est ni nouveau ni unique dans l'histoire. La démocratie romaine n'a vu son développement s'accuser que le jour où les produits du monde ont afflué en Italie, où tous les peuples ont, à la fois, contribué à rendre, à la plèbe, la vie facile.

A cette époque lointaine, le moteur à bon marché, que la vapeur nous fournit aujourd'hui, était l'esclave, ou le peuple vaincu, préparant à bas prix, pour le vainqueur, les éléments d'une vie aisée et oisive. Il avait fallu plusieurs siècles de combats, au citoyen romain, pour terminer cette conquête des sources de sa richesse et les canaliser jusqu'à la grande cité. L'Europe en aura employé trois à conquérir les mondes nouveaux ; elle en est, actuellement, à l'heure où elle jouit de tous les profits de la conquête, où la masse de ses habitants y puise le bien-être matériel, sans lequel il n'y a pas de civilisation ni de paix définitive, but que l'humanité a pour destinée de poursuivre.

Par quelle injustice et quelle ingratitude arriverait-elle à proscrire une masse de produits, sans lesquels, aujourd'hui, ne pourraient subsister ni la société ni l'industrie européenne, ni ceux qui les transforment ouïes élaborent, ni ceux qui les consomment, et qui lui sont aussi indispensables que l'Amérique l'est à l'équilibre de notre planète?

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