CHAPITRE II
LHABITATION
Le vieux Bueiios-Âires et le BuenosAires actuel. — Premiers colone vÀ pre^ mières bâtisses. — Formation et tracé de la ville. *- Vieilles maisons et palais modernes. — La ville marchande. — La ville bourgeoise. — Le respect du domicile. — Aisance générale. — Luxe nouveau. — Le priî des loyers, des maisons et des terrains. — Palais du Gouverneiuent. •— Vrllas et villégiature. — La côte de la Plata et les lies du Parana. — Les viJIageâ nouveaux.
Dans tous les pays, c'est le climat qui détermine la forme des maisons et leurs divisions intérieures. Ces dehors de Tliabitation une fois essayés et fixés, Tesprit d'imitation ou la routine en perpétuent le modèle, et, peu à peu, les mœurs do la famille et du peuple tout entier se façonnent, sous rinfluonce de ce milieu, autant que sous celle du climat. L'uniformUé des mœurs se crée de cette façon ; la différence des fortunes n'introduit que lentement des distinctions, qui ne modifient pas profondément Taspect de la ville, à peine celui de quelques quartiers.
Dans les villes d'Amérique, le climat n'a pas seul d^Ler* miné la forme et la division des maisons. Les premiers colons en ont apporté, dans leurs souvenirs, le modèle, et comme, pendant trois siècles, c'est de Séville et de Cadix que partaient les caravelles à destination des possessions espagnoles, c est Séville ou Cadix que l'on retrouve partout dans l'Amérirjue espagnole. Ne cherchons ni nouveauté, ni originalité. Ceux qui ont vu l'Andalousie trouveront ici de nombreux souvenîris de ce pays, quelques réminiscences mauresques, l'architecture, la vie, le langage et l'accent des bords du Guadalquivir,
Si les colons ou leurs chefs eussent eu quelque velléité d'originalité, la loi ne leur en eût pas laissé le loisir. Elle ordonnait du fond de l'Escorial, et imposait à la forme des villes et à la division des ilôts à bâtir son influence uniforme. C'est la loi des Indes qui a tracé, dans toutes les villes futures de l'Amérique espagnole, les rues droites et étroites, tout, jusqu'à! eur orientation. Il n'était pas permis au fondateur des villes de s'écarter de ce texte de loi et des instructions qui l'accompagnaient.
Depuis que ce texte a été promulgué par Charles-Quint, trois siècles se sont écoulés ; l'Amérique espagnole s'est déclarée indépendante ; toutes les lois ont été modifiées ; la tradition a été rompue ; maïs la routine persiste. Les villes qui se créent encore sont toujours, sans exception, tracées sur le modèle fourni par la loi des Indes.
Tout était prévu dans cette loi; à quoi bon chercher ailleurs? C'est ce que ne fit pas Garay, le fondateur de Buenos- Aircs, en 1580. Il s'en tint à la lettre de la loi. On peut, au livre IV, titre VII, de la Recopilacion de las Leyes de hidias^ loi IX, trouver tout au long la description de la ville qu'il allait tracer au lieu où est aujourd'hui Buenos-Aires. La forme des places, la largeur des rues, tout y est prescrit d'avance, et tout a été exécuté tel que c'était prescrit.
C'est aussi d'après une loi du même titre que les terres conquises ont été réparties. A chacun un carré de soixantedix vares de côté, faisant face à deux rues, et composant le quart de chaque îlot.
Les choses se passent encore de même dans les villes que l'époque actuelle voit tracer. Ce ne sont plus , il est vrai , des conquérants qui les fondent, mais ce sont encore des colons qui profitent de la distribution, tout aussi gratuite, qui se fait encore du sol des villes. Quant aux villes vieilles de trois siècles, laboratoire où se sont fondus les éléments constitutifs de la société argentine actuelle, les pre-