CHAP. II. — LA FEMME ARGENTINE
en France, à la femme chrétienne, sont à peine connues, et, si elles le sont, fort négligées. A certains jours, la porteha ne dédaigne pas de prendre son livre de messe et de se rendre àTéglise. Elle n'y trouve ni bancs, ni chaises, ni ce luxueux confort qui, dans les pays chrétiens d'Europe, sont une des nécessités du service religieux; elle prend place, agenouillée ou accroupie, sur le vaste tapis qui garnit le sol des cathédrales, ou sur la carpette, que porte, derrière elle, la servante de couleur, pour l'étaler sur les dalles nues : position incommode pour entendre une longue messe chantée ou un service qui se prolongerait. Les hommes, debout ou agenouillés sur le sol, redoutent ces épreuves; aussi préfèrent-ils attendre, en plein air, que les portes ouvertes répandent, sous les colonnades du temple, avec Talmosphère d'encens et de recueillement pieux, les longues files d'élégantes que l'office écourlé rend à leur admiration.
Les confeàsionnaux sont rarement envahis, et le nombre est fort restreint de celles qui se rangent à la sainte table : il n'est même pas d'usage rigoureux, pour les jeunes filles, moins encore pour les jeunes gens, de faire, avec solennité, leur première communion.
Le mariage n'est religieux que dans la forme et parce que c'est un prêtre qui le célèbre, mais il se fait sans pompe extérieure, sans même que le prêtre ni les conjoints semblent se souvenir que ce soit un sacrement, exigeant, pour être reçu, quelques préparations spéciales. Le prêtre, dans cette circonstance, exerçant un sacerdoce qu'il tient de la loi civile en même temps que de la loi religieuse, semble disparaître derrière le fonctionnaire, et officier comme le ferait un vulgaire laïque, débitant, dans une langue morte, et hors de l'église, des formules secrètes qui produisent des effets civils sans aucune impression religieuse.
En carême, pendant le mois de Marie, que l'on célèbre en novembre, les églises sont vides ou à peu près; la femme ne
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paraît pas davantage aux processions, elle assiste en petit nombre aux cérémonies religieuses des funérailles. Elle pense que sa présence, ce jour-là, est plus précieuse auprès de celles qui pleurent, et, comme elle agit comme elle sent, elle leur porte ses consolations chez elles, ou assiste en silence, vêtue d'habits de deuil, à leur douleur, mettant son cœur et sa tenue extérieure à Tunisson de la douleur d'autrui.
Elle place le culte des sentiments humains au-dessus des pratiques religieuses ; aussi est-elle partout où sa présence est utile à quelque douleur. Elle apporte son dévouement effectif et n'a jamais songé à recommander à Dieu ou à saint Joseph ceux qui ont besoin de son aide, elle le leur apporte et se les recommande à elle-même.
L'âge, loin d'êlre pour elle une excuse pour diminuer ses devoirs de société, d'humanité ou de famille, ne fait, au contraire, que les augmenter : le développement de la famille, qu'elle a créée, multiplie les occasions de dévouement; son enthousiasme de maternité se reporte sur la seconde génération, quand la première a cessé de recourir à lui.
C'est encore la maternité qui l'éloigné du monde et en fait une sorte de recluse^ gardienne du foyer.
Jeune fille elle était de toutes les fêtes, l'oisiveté était son lot.
Fille à marier, elle ne peut compter, pour réussir, que sur elle-même et sur ses propres séductions : sans dot, il lui faut être séduisante ; c'est à être séduisante que tend toute son étude; et, dame! comme elle n'ignore pas que les qualités les plus précieuses perdent à être découvertes sous des dehors négligés, elle soigne, outre mesure, ces dehors, tant et si bien qu'on l'accuse de négliger la culture des qualités sérieuses, de n'être pas naturelle, de recourir à des artifices qui lui donnent plus d éclat de loin que de près. Calomnie!