CHAP. 111. - LA JEUNESSE ET L'EDUCATION
examens annuels et ne s'égarent pas assez dans les lectures de pur ornement.
L'exemple d'ignorance que nous avons cité, recueilli de la bouche d'un futur docteur en droit, qui, depuis, a occupé fort jeune, dansTenseigncmont, une fonction très importante, suffit à démontrer ce que peut être la conversation, dans les salons, 011 la moindre allusion historique ou mythologique se heurte à des points d'interrogation aussi inattendus. Forcément elle s'enferme dans les limites étroites de l'événement du jour, ou de la conspiration du lendemain, dans les banalités du temps et de son influence sur les pâturages et leurs utiles habitants.
La première conséquence de ces omissions de l'enseignement est de généraliser et de justifier la frivolité des femmes. Là où les hommes sont peu ou mal instruits et ne sont imbus que des préceptes et des connaissances, utiles à la conquête d'une vie matériellement aisée, les femmes manquent d'émulation pour orner leur esprit, ne s'occupent pas d'acquérir cette teinture de littérature et d'art dont sont si friandes les femmes des sociétés européennes : elles se confinent dans la recherche des distractions frivoles et bannissent toute étude de leurs habitudes.
Les femmes sont si bien, partout, ce que les hommes les font, que celles qui veulent, ici, prendre intérêt aux choses du dehors ne trouvent que la politique, cette seule passion et cette science unique des hommes ; c'est d'intrigues politiques qu'elles s'occupent.
L'enseignement secondaire forme donc, surtout, des hommes pratiques; il. ne mène à aucun diplôme, aussi le nombre est-il grand de ceux qui restent en route. Un examen termine chaque année d'études, ouvre l'entrée de la classe supérieure. Les échecs ont cet avantage, de lasser les impuissants et de ne pas prolonger leurs études jusqu'à
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un examen final de baccalauréat, devant lequel ils échoueraient aussi bien, mais peut-être trop tard.
Il ne reste, pour le passer, que ceux qui recherchent l'entrée, dans les Facultés, chargées de distribuer les diplômes, d'ouvrir les professions libérales ou pour mieux dire aristocratiques, patrimoine d'une oligarchie de familles riches.
Le nombre est, relativement, considérable de ceux qui recherchent ce perfectionnement d*éludes, mais tous ne pratiquent pas la profession que leur diplôme leur ouvre ; ils entrent avec Tidée vague de sortir avocats, médecins ou ingénieurs ; le plus souvent sans avoir consulté leurs apiitudes, n'ayant aucune idée des qualités spéciales que chaque profession exige ; ils se contentent alors du titre obtenu et le laissent en jachère.
Ils ont raison de ne pas considérer qu'il soit superflu de ravoir gagné, cependant il nous a été donné d'oberver que ce titre est quelquefois plus gênant qu'utile à ceux qui le portent sans pouvoir attendre qu'il produise.
Dans ce pays démocratique, en effet, aucun diplôme n'est exigé pour aucun emploi, ni aucune fonction, ce serait les rendre inaccessibles à trop de postulants qui n'ont que des titres politiques; aussi le docteur en droit ouTingénieur diplômé, qui, sans renoncer à pratiquer sa profession, cherche un emploi, pour lequel sa spécialité ne le désigne pas, ressemble quelque peu à un colonel aspirant à êlre sergent. Cette humiliation n'est, il faut bien le dire, imposée qu'à ceux qui ne sont pas affiliés au parti qui gouverne; pour ceux-là, en effet, le poste n'est pas, généralement, au-dessous des mérites, et tous peuvent, sans exception, aspirer à quelque fonction que ce soit; on peut voir un médecin devenir capitaine de port, pendant qu'un de ses confrères est ministre de la justice et des cultes, un ancien magistrat cesse d'être ministre de la guerre pour