‹ La vie et les moeurs à la PlataChapitre 36 sur 88 · CHAP. 111. - LA JEUNESSE ET L^ÉDUGATION · texte numérisé non relu

CHAP. 111. - LA JEUNESSE ET L^ÉDUGATION

pied partout aussi confortable , disons hygiénique, pour respecter le texte de la loi.

Celle-ci, composée de quatre-vingt-dix articles, un peu longue, comme tout ce qui s'écrit en espagnol, a créé de toutes pièces un organe social très complexe, machiné avec luxe, ayant une vie propre dans TÉlat, son budget indépendant, son patrimoine, constitués Tun et l'autre d'une façon permanente, en dehors des discussions et des marchandages annuels du Pouvoir Législatif, en dehors même de la domination du Pouvoir Exécutif, administré qu'il est par une commission spéciale qui ne dépend d'aucun ministère.

Cette organisation, dont l'ensemble est très solide, est, à beaucoup de points de vue, originale. Elle diffère de celle que nous sommes habitués à rencontrer en France, où l'État et les pouvoirs n'aiment pas abdiquer et prétendent garder, dans leurs mains, la direction de ont ce qu'ils peuvent le moins diriger.

Ici l'État, après avoir édifié l'école par une loi, Ta dotée richement et en a abandonné à des hommes spéciaux l'administration. Il a été, il faut le dire, généreux, en constituant cette dot. Le fonds des écoles puise ses revenus à toutes les sources les plus fécondes. Il reçoit le produit de toutes les amendes imposées par les autorités judiciaires ou municipales, le 40 0/0 de la contribution directe, et 2 francs par enfant, inscrit à l'école. Il recueille, en outre, et ce n'est pas là un mince appoint, les successions vacantes et les droits de mutation des successions collatérales ou entre personnes non parentes. Enfin, en passant, la loi a voulu montrer ses tendances laïques, et faire profiter l'école des libéralités qu'inspire le sentiment religieux en frappant d'un droit de mutation de 50 0/0, au profit exclusif des écoles, tous les legs

et donations faits au profit d'une église, d'une personne d'église ou d'une corporation religieuse. Ce ^Jar^ à deux produit, en même temps qu'un bénéfice pour le budget, des résultats moralisateurs, à double effet, qui ne sont pas à dédaigner, en faisant tourner, au profit de l'éducation du pauvre, les fortunes détournées par la captation.

Le résultat est que le Trésor des écoles constitué et toujours augmenté, depuis 1874, s'élève peu à peu à des chiffres énormes, mettant l'institution en mesure défendre des services en proportion avec son objet. Avant peu, aucun enfant ne sera laissé en dehors de l'école; l'enseignement primaire, déjà, par la création de l'école ambulante, qui enrégimente les pauvres déclassés, dont nous parlions tout à l'heure, atteint les plus isolés.

Aujourd'hui l'école reçoit, à Buenos-Aires et dans les villages, 68 p. 0/0 des enfants en âge d'y assister.

Où les autres, et ceux qui se sont élevés avant la création des écoles ont-ils appris à lire ? Cela est assez difficile à débrouiller, mais il nous a été souvent donné de constater que les indigènes tout à fait illettrés sont en proportion minime. Il n'en est malheureusement pas de même de nos nationaux établis au delà des mers : on reconnaît , par les preuves que les rencontres fortuites en donnent, la vérité des statistiques, qui, à la fin de l'Empire, dénonçaient, dans certains départements, jusqu'à 75 p. 0/0 d'illettrés. 11 est assez triste d'avoir à constater que les comparaisons sont, rarement, en faveur de nos compatriotes et surtout des femmes d'origine française : une Anglaise, une Allemande, une Irlandaise, une Danoise, même des villages les plus pauvres, sait toujours lire, ainsi en est-il des négresses ou des métisses servantes, d'une Française rarement.

Cette infériorité commence depuis dix ans à s'atténuer, mais elle existe. Elle est spécialement humiliante, dans un pays où la femme peut assez facilement s'élevev au-dessus de sa

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