‹ La vie et les moeurs à la PlataChapitre 37 sur 88 · GHAP. III. - LA JEUNESSE ET L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

GHAP. III. - LA JEUNESSE ET L'ÉDUCATION

condition première, où il n'est pas rare d'en voir accumuler un pécule assez considérable, ou rencontrer un homme, en voie de faire fortune, qui les épouse : Ton observe alors cette anomalie d'une femme vivant bourgeoisement, et, dans ses beaux atours, ignorant l'alphabet.^

La supériorité acquise par les États-Unis sur tous les mar* chés et dans toutes les branches de Tindustrie, est due à l'expansion de l'enseignement primaire ; la doctrine américaine retend jusqu'aux connaissances du second degré, qui constituent, chez nous, cet enseignement professionnel si peu en progrès, depuis sa création il y a vingt ans.

La République Argentine a imité, depuis douze ans, sa sœur du nord. L'obligation de l'assistance à l'école y est imposée aux enfants de six à dix ans. Le programme comprend : lecture, écriture, système métrique, géographie, histoire de la République et quelques notions de celles des autres pays en relations avec elle, la morale, l'urbanité, des notions d'hygiène, de sciences mathématiques, physiques et naturelles, do dessin, de chant, de grammaire et la Constitution nationale.

Mais où l'enseignement gratuit se distingue de ce qu'il est en France, c'est qu'il comprend l'enseignement du second degré, professionnel, ouvert aux filles, aussi bien qu'aux garçons. On y enseigne les sciences et les langues, et les notions de science industrielle et agricole.

Ces écoles sont intéressantes à ce point de vue qu'elles préparent la jeunesse aux luttes de la vie pratique, et ouvrent aux filles Taccès aux Écoles normales supérieures, où elles se préparent à la carrière de l'enseignement.

Dans ce pays où l'industrie et le commerce n'offrent à la femme aucun avenir, où elle n'a encore trouvé à s'employer

qu'à la couture, pour le compte de TEtat ou de quelques grandes maisons de confection, renseignement gratuit dans les écoles élémentaires, supérieures et normales lui offre une carrière pleine de promesses et d'avantages ; aussi le nombre des postulantes est-il considérable, en même temps que le sort de celles qui occupent les positions créées est enviable et encourageant. Ce sont elles qui dirigent, avec les écoles de filles et mixtes, les écoles de garçons ; elles reçoivent, en moyenne, des salaires de 150 à 200 francs par mois avec le logement.

La gratuité de Técole, dans ce pays démocratique, s'est établie d'elle-même sans discussion politique. Les hommes d'État, qui l'ont instituée, ont jugé la question suffisamment éclairée par les publicistes français, il y a vingt ans, et lexemple des Etats-Unis ; depuis, cette institution n'a eu à souffrir aucun assaut.

Ce qui est plus original, c'est que les familles les plus riches n'hésitent pas à envoyer à l'école gratuite leurs enfants. Elles usent de cet avantage social, qu'elles payent de leurs deniers, par la voie de l'impôt, sans se préoccuper de sa gratuité, pas plus que Ton ne se refuse, ailleurs, d'user de la rue sous prétexte que son usage est gratuit. Dans une visite que nous avons faite à une école de filles, située dans un des quartiers riches de la ville, nous avons trouvé sur les bancs, mêlées à leurs camarades, les filles du Président de la République, alors en fonctions. Ce mélange des classes sociales, dans l'école, offre de nombreux avantages : ce premier, que la tenue des enfants est d'une correction plus grande, quand ils savent qu'ils ont à se rencontrer, chaque jour, avec des enfants qui la pratiquent. L'éducation des moins favorisés gagne à ce contact journalier ; celle des autres y puise d'excellentes leçons : habitués qu'ils sont à être traités sur un pied d'égalité, par des enfants, avec qui ils n'auraient à cet âge, ni plus tard, aucun contact, sans ce rapprochement de l'écple.

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