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CHAP. IV. - FÊTES INTIMES ET FÊTES PUBLIQUES

del Sanio fait exception, surtout s'il s'agît d'un personnage important de la famille ; il est le signal de toutes les exhibitions culinaires, qui font, à peu de frais, l'admiration et l'envie des petits et des grands.

La table est longue. Au milieu des fleurs, abondantes en toutes saisons, apparaissent l'inévitable jambon et le dindon, compagnon aussi inséparable que vulgaire du précédent. On ajoute à ces plats de luxe ceux qui, tous les jours, apparaissent sur la table, l'éternel puchero, l'inévitable rôti, indispensables, il parait, aux estomacs, habitués à leur goût insipide et à leur coriacité nationale. Le dessert est la partie importante du festin. Toutes les amies, parentes et descendantes, y ont contribué de leur talent ; c'est le jour où la tante Pancha envoie son dulce de lèche, la cousine Rosita une yema quemada, d'autres les qtiimhoSy les crèmes à la cannelle, el dulce de huevos^des meringues ou des gâteaux aux amandes, ornés de cheveux d'or, aussi doux au palais qu'agréables à Toeil; quelques vins généreux qui ne sortent pas d'une cave de famille, luxe inconnu, et viennent vulgairement de l'épicerie voisine, mettent en gaieté tous les convives. Pour une fois, les vieux et les hommes mûrs, assis autour de la table, oublient de se réjouir ou de se plaindre de l'état d'engraissement des troupeaux, de la pluie ou de la sécheresse, de la mise bas et des abatages ; ils se laissent vite entraîner dans le mouvement de quelque ronde d'enfants, que les vieux ont apprise aux jeunes, que ceux-ci leur rapprennent, ou bien ils essaient un tour de valse à deux ou à trois temps, gauchement et lourdement, comme pour prouver que la valse n'a qu'un temps.

Les maisons sont grandes, les cours spacieuses, le climat toujours doux, ces fêtes ont le plein air pour théâtre, élément de gaieté et d'entrain que refusent le coin du feu et la chambre fermée. Le charme est différent. L'important est que, dans ces fêtes, les vieux trouvent un regain de gaieté périodique et la famille une occasion de resserrer ses liens.

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de se retremper dans une joie commune qui fait oublier les soucis journaliers. C'est, en somme, le but des fêtes intimes, qu'elles se célèbrent à jour fixe pour tout un peuple ou soient spéciales à un groupe restreint; ceux-là ne savent ce qu'ils perdent qui les fuient ou les laissent passer sans leur donner une heure.

Il faut bien confesser que, dans ce pays, où les relations et les fêtes de famille sont, de tradition, à peu près les seules distractions, il est de bon ton, dans le monde qui prétend vivre à l'européenne de rompre avec ces vieux usages. Si pI Dia delSanto est par lui encore respecté, le dîner de famille s'y transforme en banquet, le menu est rédigé en français d'importation, les plats les plus vulgaires dissimulent leur origine locale et leur goût de terroir sous des noms pompeux et dos coulis uniformes.

Les bals du grand monde, malgré le soin que l'on apporte à leur donner le ton européen, conservent encore une physionomie spéciale.

Los abords, le défilé des voilures, les toilettes qui se montrent, tout est de grand ton et de grand luxe ; les antichambres, les patios, sont encombrés de fleurs, répandues avec profusion, pas un invité n'a négligé d'y faire représenter son parterre et le talent de son jardinier.

Dans le salon, c'est l'ensemble d'une fête parisienne avec ces quelques différences qu'y apporte le souffle des usages locaux, poignées de main à tout bout de champ, petits saluts intimes et familiers, pas de cérémonial ni d'étiquette. Tout le monde se traite avec intimité, on semble toujours être entre cousins et cousines; adios ché! est le refrain, le point d'orgue des entrées et des sorties. On pourrait

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croire que tous le jettent avec la même banalité ; il n'en est rien : les femmes le disent toujours tendrement, les hommes gaiement; ce peuple d'une gaieté aimable et avenante est enchanté de se voir, de se le dire, et semble pétri d affection. On est, au reste, entre personas conocidas, ou du moins on le croit; c'est un cousinage qui devient de la fraternité.

On ne fait pas d'exception pour les étrangers, qui abondent dans les salons, forcément cosmopolites, où sont reçus, sans exception, les diplomates, où les officiers, en station, promènent des uniformes de toutes les nationalités, où tous rencontrent accueil bienveillant, trouvent partout à parler leur langue ou tout au moins l'anglais et le français, — notre langue n'étant guère inconnue de personne dans ce milieu où dominent nos mœurs et nos usages.

Entrons au salon. La foule est compacte, la promenade difficile, et tout le monde se promène, par couples, causant : on lie connaît ici ni le milieu vide réservé aux danseurs, ni les vieilles en tapisserie. Au reste, les vieilles femmes vivent ignorées, elles restent confinées dans l'intimité des demeures ; dans la rue et au bal elles se montrent rarement, pour ne pas dire jamais. On n'y trouve que de jeunes femmes, de nombreuses jeunes filles venues avec un frère, un père, un beaufrère, pour s'amuser sans le remords de voir leurs mères bâiller à décrocher les lambris.

A onze heures,' la foule augmente : la promenade incessante devient un piétinement sur place : c'est à peine si elle s'interrompt un instant pour faire place à un groupe de danseurs, qui tourne un instant et continue à circuler, marchant, causant et dansant alternativement, quelquefois pendant des heures, sans que personne trouve étranges ces tête-à-tête qui se prolongent, ces causeries intimes, cet isolement à deux, qui va se continuer à la table servie pour le souper. C'est un des caractères spéciaux des bals créoles que cette liberté

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laissée aux jeunes de se choisir et de se consacrer, ainsi, en public, une nuit de fête. C'est là que se préparent librement les unions, que se font les fiançailles et que les futurs époux apprennent à se connaître.

Les toilettes sont de grand luxe, d'une élégance harmonieuse ; c'est pour le bal que la portefta sait le mieux s'habiller. Les charmes de sa beauté sont faits pour la légèreté des étoffes et des toilettes de luxe ; la couturière n'a pas de fautes à commettre, et n'en commet pas : elle peut puiser dans la fantaisie des modes parisiennes ce qui convient le mieux à la taille souple, onduleuse, aux allures dégagées; pas nest besoin de diamants pour donner de Téclat aux fêtes que les yeux et les physionomies des porteflas illuminent.

Et cependant elles ont la passion des bals masqués. Qu'y cherchent-elles donc que ne leur donne pas le bal à visage découvert? Il semble, pour elles, que ce soit une joie de dissimuler, à la fois, tous leurs charmes, de s'emmitouffler, de s'empaqueter, de se rendre méconnaissables, et pourquoi? Pour donner libre cours à leur esprit d'intrigue et se permettre sous le masque, tout juste, les libertés que personne ne leur conteste dans l'allure ordinaire de la vie.

Aussi le spectacle des bals masqués est-il loin d'être enchanteur. Ce sont les grands cercles, qui, à l'époque chaude du carnaval, ouvrent leurs immenses salons à la société pour ces fêles demi-intimes : les invitations sont répandues à peu près exclusivement entre les familles des membres du cercle ; ce n'est donc pas une foule d'inconnus qui se pressent dans les salons, tous les invités ou à peu près se connaissent, se rencontrent tous les jours, et le masque seul serait insuffisant à dissimuler l'auteur d'une intrigue quelconque ; il faut donc s'étudier à déguiser l'ensemble de sa physionomie, sa taille, ses proportions. On fait appel à des rentorts de châles, de

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