CHAP. IV. - FÊTES INTIMES ET FÊTES PUBLIQUES
un anachronisme. Les anciennes coutumes payennes de l'Europe, que rÉ^lise catholique a recueillies et perpétuées, n'ayant pas trouvé le sol préparé, végètent dans Tétiolement.
Les fêles civiques frappent, d une manière plus vive,rimagination d'un peuple, qui est le maître de ses destinées, qui a conquis, lui-même, à une époque récente, son indépendance nationale et sa liberté politique.
Que ces fêtes rappellent la date du 25 mai 1810, où fut proclamée l'indépendance des États de la Plata, dans l'enceinte du Cabildo municipal, ou celle du 9 juillet, où fut solennellement jurée la première Constitution libre de ces États, dans la ville de Tucuman, ou qu'elles rappellent, — comme Ta fait la rentrée des cendres de San-Martin, le fondateur de l'indépendance des États espagnols de l'Amérique, et de Rivadavia, le fondateur des libertés nationales, — le souvenir de grands noms honorés, le concours patriotique de tous les citoyens leur donne un éclat que n'ont jamais eu les fêtes religieuses.
Des deux fanatismes que les Espagnols ont transmis aux peuples américains, issus de leur sang, le fanatisme patriotique et le fanatisme religieux, le premier seul a survécu à leur domination en la détruisant ; le second a disparu, peu à peu, avec ceux qui avaient intérêt à l'alimenter, à mesure que la population s'est répandue en dehors des villes, loin de l'influence des moines et des prêtres.
Comment l'homme des plaines, qui ne voit jamais le clocher, l'église ni le prêtre, serait-il dominé par les idées qu'ils rappellent? Loin des prédications, n'ayant jamais l'occasion d'assister aux solennités religieuses dont l'éclat, peut-être, frapperait son imagination, il n'a aucune teinture de religion, la confond avec la fable, croit au gualichu, le diable des Indiens, sans avoir aucune notion des peines étemelles de l'enfer ni
des récompenses, promises à des vertus que personne ne lui a enseignées, dont il ignore le nom et Tobjet. Quand il entre, en passant, dans un village, il n'a aucun souci de l'église ni de ce qui s y fait; s'il vient y établir sa résidence, il n'est guère attiré vers des fêtes dont il n'a pas pris l'habitude, dont il ne comprend guère le sens.
Il n'en va pas de même des fêtes civiques qui lui rappellent des hommes et des faits, dont le souvenir, tout éloigné qu'il soit, pour lui, est d'autant plus récent que les discussions, les luttes politiques, le rajeunissent chaque jour : il croit toujours fêter un parti politique, dont il est, dont le triomphe sera, pour lui, tout profit.
Les habitudes religieuses ne se sont donc perpétuées que dans la- société des villes, mais elles ne sont imposées ni par l'esprit de parti, ni par l'esprit de caste, ni par un usage dominant, ni par la mode, ni par le bon ton; on peut dire que la liberté de conscience est aussi entière dans les mœurs que dans la Constitution.
Si l'esprit religieux n'a pas conquis la nation, le fanatisme patriotique la domine, et les fêtes qu'il se donne unissent le peuple entier dans un sentiment unanime : les bouderies des partis vaincus ne peuvent pas plus se tenir en dehors d'une fête patriotique, qu'un parti triomphant ne peut la faire sienne; c'est toujours la patrie que l'on fête et, jusquMci, dans l'histoire de ces peuples jeunes et libres, jamais, dans aucune lutte politique, l'idée de patrie n'a souffert un moment d'éclipsé.
Dans le nombre de ces fêtes, on peut faire entrer celles auxquelles servent de prétexte les réalisations successives de progrès local, inaugurations de chemins de fer, de télégraphes, de monuments publics, pose de la première pierre d'une ville, comme l'occasion s'en est présentée, en 1882, pour la capitale nouvelle de la Province de Buenos-Aires, La Plata.
Ces fêtes ont toujours un certain éclat, elles sont l'occasion