CHAP-^IV. — FÊTES INTIMES ET FÊTES. NUISIBLES
de déplacements, de voyages, au loin, de personnages et d'invités en grand nombre : 1q Président de la République, les Corps constitués, le Corps diplomatique n'y sauraient manquer; des banquets sont organisés et des discours sans fia, prononcés à chaque étape.
Les colonies étrangères ont importé, avec elles, leurs fêtes. Les seules, qui leur aient donné un véritable éclat, sont les colonies française et italienne, les plus nombreuses du reste et les plus importantes : la première célèbre la sienne le 14 juillet, la seconde le 20 septembre.
Toutes deux se font avec éclat ; elles envahissent la ville des fanfares de leurs nombreuses sociétés ; elles semblent tenir à honneur de saisir ces occasions annuelles, de se compter, de démontrer leur importance numérique et sociale.
On a dit que Tesprit créole voyait ces manifestations avec quelque terreur, qu'il trouvait mauvais cette importation, au milieu d'une société constituée, de fêtes, qui sont étrangères à son histoire, qui, donnant à des groupes une importance individuelle, au milieu de la masse de la nation, nuisent à son homogénéité. Craintes chimériques! Il n'est pas plus dangereux pour la nation de rencontrer un groupe, même trop nombreux, d'Italiens et de Français, réunis pour une journér autour de leur drapeau, retrempant ensemble leurs cœurs dans le souvenir de la patrie, qu'il n'est dangereux pour la société de permettre à la corporation des charpentiers de fêler saint Joseph, à celle des jardiniers de promener des édifices de fleurs en l'honneur de saint Fiacre.
Ces idées mesquines peuvent germer dans quelques esprits, elles ne sauraient trouver un terrain fertile pour se développer. La société a plutôt une tendance à faire siennes les fêtes d'autrui. Le goût et la rareté des distractions, la sympathie
générale pour les étrangers, le rapprochement cosmopolite, qu'opèrent les unions entre familles d'origines différentes.contribuent à ce résultat final. Aussi, toutes les fêtes, que les étrangers ou les nationaux imaginent, dans un but charitable, réunissent-elles dans un sentiment unanime toutes les classes sociales, quelle que soit la colonie ou le groupe qui les donne.
A Tombre de la philantrophie, les Français ont créé une fête foraine qui se répète, à époque fixe, tous les ans, avec un nouvel éclat ; les Espagnols ont leurs romerias^ les Basques leur lieu de réunion : chaque société, a, pour le moins, un anniversaire à fêter, le nombre en est assez grand pour que chaque jour de l'année puisse avoir le sien.
En somme, ce que les fêtes privées ou publiques, leur répétition et leur variété, démontrent, c'est le goût, général dans toutes les classes de la société, pour les réunions et les assemblées en plein air, pour l'éclat des fêtes. Le peuple argentin est, surtout, gai et bien portant, l'atmosphère légère qui l'enveloppe, la fertilité spontanée de son sol, la fécondité lucrative de ses troupeaux, le prédisposent à la joie, l'habituent à faire peu de cas des soucis passagers de la vie, et, s'ils se présentent, à en chercher l'oubli.
C'est, en somme, un peuple qui a le temps de s'amuser, beaucoup de motifs de se réjouir, il s'amuse quand il peut et fait bien.