Cela s^est produit en 1886, pour 60 millions de francs
GIIAP. 111. - LES ÉTABLISSEMENTS FINANCIERS ^j
Nous ne parlerons pas de la rivalité que peut avoir créé Tévénement de 1880 entre la Banque de la Province de Buenos-Aires et la Banque nationale. On en a fait, jusqu'ici, beaucoup de bruit. Les deux banques existent Tune à côté de l'autre, cela est vrai. De toutes les institutions provinciales de TEtat de Buenos-Aires, la Banque seule a conservé son siège dans la capitale devenue nationale ; elle y a conservé aussi le droit de circulation de sa monnaie de papier jusqu'à concurrence de 120 millions; enfin, elle est, elle aussi, depuis 1884, sous le régime du cours forcé. La seule conséquence financière, politique si Ton veut, de cette existence parallèle de deux banques rivales est que l'une ne peut pas renoncer au cours forcé et reprendre la conversion de ses billets, si l'autre ne suit immédiatement son exemple : ce serait s'exposer à voir vider sa caisse non seulement par ses propres déposants, mais même par les porteurs de billets de l'autre banque, qui les échangeraient et les convertiraient au profit de celle-ci. C'est dire que l'une et l'autre sont condamnés au cours forcé pour le même temps.
Elles n'ont, au reste, aucun avantagea le voir cesser brusquement; le commerce d'importation lui-même, et surtout le commerce d'exportation n'ont aucun avantage à retirer de la conversion des billets. Si les fluctuations trop fortes du papier ont leurs inconvénients, — on a vu, en 1886, la piastre métallique valoir, à peu de jours d'intervalle, 1.63 et 1 .10 papier, — c'est là un petit inconvénient si on le compare à la perturbation que la reprise de la conversion des billets causerait.
En premier lieu, la Banque de la Province a dans ses caisses 97 millions de piastres appartenant à des déposants, qui sont, pour une grosse part, des étrangers, toujours soucieux de transformer leur papier en or le jour où ils n'ont rien à y perdre, peu disposés de souffrir une perte, même nominale, pour le mince plaisir d'opérer cette conversion ; la situation de la Banque nationale est la même, quoique ses dépôts ne
s'élèvent qu'au quart de cette somme. L'encaisse de Tune et de Tautre serait absorbé en quelques heures, sans profit pour personne, pour elles moins que pour personne.
Ni Tune ni l'autre n'a même intérêt à constituer une forte réserve métallique. L'or, en effet, ne circule pas dans la République Argentine et n'y a jamais circulé : il est considéré comme gênant. L'habitude de la circulation de papier est tellement prise, depuis soixante ans qu'il n'y en a pas eu d'autre, que le négociant des villes quelquefois, celui de la campagne, toujours, à plus forte raison, le gaucho refusent la monnaie d'or. Elle n'est donc dans les caisses qu'un corps mort ne produisant aucun profit, puisque le papier seul qui le représenterait serait admis dans la circulation.
Néanmoins, ces deux banques ayant le devoir de reconstituer leur encaisse métallique, n ont qu'une manière de le transformer en élément d'action, c'est d'ouvrir leur caisse, à la fois, aux déposants et aux emprunteurs; elles aideront ainsi les quelques affaires qui se traitent ou se résument sous cette forme, empêcheront les détenteurs de produire des hausses et des baisses factices. Les crédits sur l'Europe dont elles disposent leur permettent de réaliser cette amélioration. Elles serviront ainsi de tampon, empêcheront le commerce d'importation d'avoir trop à souffrir des hausses subites de l'or, garantiront la production contre des baisses trop rapides.
C'est, en effet, entre ces deux adversaires que le combat est ouvert par le cours forcé. L'habitant, qu'il soit consommateur ou producteur, n'envisage toujours la piastre nationale que comme l'unité monétaire de circulation, sans se préoccuper de sa représentation en or ou en papier; peu lui importe que la piastre papier, la seule qu'il connaisse, vaille chez les changeurs 5 fr. ou 3 fr. BO : ce qu'il possède, c'est une piastre; il prétend toujours obtenir, avec cette piastre, la même quantité d'objets : le prix des loyers, celui des terres, des journées de travail, des salaires d'employés de tous ordres reste le même