‹ La vie et les moeurs à la PlataChapitre 76 sur 88 · CIIAP. 11. - LES LOIS ET LE MONDE JUDICIAIRE · texte numérisé non relu

CIIAP. 11. - LES LOIS ET LE MONDE JUDICIAIRE

vîdus, séparés de la société, pour des crimes qu'un jury peutêtre eût absous.

C'est aujourd'hui au Pénitencier que tous les crimes s'expient; prison, réclusion, travaux forcés, toutes ces peines, édictées par la loi pénale, pour des crimes différents, se transforment toutes, pour raisons administratives, eu réclusion cellulaire, avec travail en commun. Autrefois, les criminels étaient envoyés. aux bataillons de ligne, chargés du service de frontière; c'était une peine recherchée; la désertion était facile, le condamné pouvait passer cette frontière, qu'il avait à défendre contre l'Indien, sortir des rangs de la civilisation pour revenir, avec les sauvages, combattre ses compagnons de la veille et se venger de son abaissement en crimes nouveaux contre la civilisation. Ces déserteurs, très nombreux, incessamment recrutés parmi ceux qui, d'après leur expression discrète, avaient eu un malheur, — le malheur de tuer un compagnon, un ami, un ,frère quelquefois, dans un mouvement de colère ou un moment d'ivresse — composaient le bataillon volant des gauchos malos que l'on trouvait partout sur les flancs de l'armée, auprès des estancias isolées, vivant de rapines, ou réunis en groupes, dirigeant les grandes invasions indiennes.

Le Pénitencier, inauguré en 1875, a permis de fermer aux criminels cette issue vers le désert et le brigandage à main armée; on ne sort pas de cette forteresse bâtie, sur le modèle de Mazas, d'où la fuite est impossible.

Au début de ce régime nouveau, lorsque le Pénitencier a été inauguré et a reçu, à l'occasion de cette solennité, tous les criminels, dont les peines n'étaient pas accomplies, qui jusque-là s'étaient habitués à les souffrir en plein air ou dans des prisons de famille, où l'on vivait en commun, doucement, sans règlement, il nous souvient que dans la ville passa un mouvement d'émotion : il circulait des récits de

colères sauvages, dont les quatre murs de quelques cellules avaient été les témoins, colères se terminant par la folie, des fièvres chaudes, quelquefois la mort; on disait que quelques gauchos j en présence de cet abîme de silence, de réclusion, d'isolement, étaient morts de rage.

On le croyait sans peine. Ce n'est pas chose rare que le bandit pampéen soit mort de rage, et les légendes sont nombreuses qui le racontent.

Le crime que, le plus souvent, le juge trouve, devant lui, est rhomicide rarement commis par de vulgaires assassins ; on cite bien quelques grands crimes préparés, l'attaque d'habitations isolées, ayant pour objet le vol, se terminant par le meurtre; le plus fréquemment la mort est donnée dans des rixQS sanglantes, par des fanfarons, devenus criminels de profession, à la suite d'un meurtre involontaire, en commettant d'autres par gloriole, pour établir leur réputation d'hommes terribles, occuper l'esprit public, devenir des héros légendaires. Le type en est assez fréquent pour qu'il ail servi de thème à de nombreux romans locaux*.

Il a conservé, des guerres de l'indépendance, le goût des aventures, jamais l'armée ne lui a donné des habitudes de discipline, il redoute ceUe d'aujourd'hui; entre, le plus souvent, en lutte avec l'autorité, à propos du service militaire, que le commandant de district veut lui imposer. De là à se défendre, sMl est poursuivi, il n'y a qu'un pas. Quelquefois, le hasard d'une querelle ou d'une ivresse lui a mis le couteau à la main ; au milieu de la stupeur, que cause à tous une mort d'homme, il fuit, disparaît pour reparaître, bète fauve traquée par la police, protégée par tous, avertie du danger qui

i . Juan Mordra, — El Tigre de Quequen, — Juan Cuello, par Juan Gutierrez, sont ceux qui ont eu le succès le plus retentissant. Dans le même ordre, nous citerons un roman écrit en français : Fahlo ou VEnfant des Pampas, par M"» Eduarda Garcia.

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