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La Mer

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« C’est une vraie géléo d’eau de mer, disait Réaumur on 1710, elle en a ordinairement la couleur et la consistance. Si on en prend un morceau entre les mains, leur chaleur naturelle suffit pour le faire entièrement dissoudre en eau. »

Spallanzani ne retira que 5 à 6 grains de pellicule d’une Méduse pesant 50 onces. De certaines Méduses, pesant 5 ou 6 kilogrammes, on n’a pu obtenir, selon Frédol, que 10 à 12 grammes de matière solide.

« M. Telfair, dit le même autour, vit, en 1819, sur le rivage de Bombay, une Méduse énorme abandonnée; elle pesait plusieurs tonneaux. Trois jours après, l’animal commençait h se putréfier. M Telfair fit surveiller cette décomposition par les pêcheurs du voisinage, afin de recueillir les os ou les cartilages de cette grosse bête, si par hasard elle en avait. Mais elle se pourrit tout entière et ne laissa aucun reste. 11 fallut pourtant neuf mois pour qu’elle disparût complètement '. ■

Les Méduses, quand elles flottent au sein des eaux, ressemblent à des cloches, à des calottes, à des ombrelles. Elles ressemblent encore à des Champignons nuageux, dont le pied serait divisé en lobes plus ou moins divergents, sinueux, tordus, crispés, frangés, et dont le chapeau offrirait des bords entiers découpés, et pourvus de longs appendices en forme de fils, qui descendent verticalement dans l’eau, comme les branches d’un Saule pleureur.

La substance gélatiniforme du corps des Méduses est tantôt incolore et limpide comme du cristal, tantôt opaline, tantôt d'un bleu clair ou d’un rose pûle. Chez certaines espèces, les parties centrales sont d’une couleur rouge, blcüe ou violette assez vive, pendant que le reste est diaphane.

Ce tissu diaphane, souvent paré de si belles couleurs, est tellement fragile, que ces élégantes créatures, abandonnées par la vague sur la grève, se fondent, disparaissent et s’évanouissent sans laisser, pour ainsi dire, de traces matérielles.

Cependant ces êtres si fragiles, ces bulles de savon vivantes, font de longs voyages à la surface de la mer. Tandis qu’un rayon de soleil suffit pour dissiper et faire évanouir leur

]. Le Monde de la mer, page 150.

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vaporeuse substance, sur une grève inhospitalière, elles s’abandonnent sans danger, pendant leur vie entière, à l'agitation des flots. Les Baleines qui vivent autour des tles Hébrides, se nourrissent principalement de Méduses qui ont été transportées par les flots en essaims innombrables, des côtes du Mexique jusqu’à ces tles, situées à l’ouest de l’Écosse, dans notre Atlantique.

« La locomotion des Méduses, qui est fort lente, dit «le Blainville, et qui dénote un assez faible degré d’énergie musculaire, parait au contraire n’avoir pas de cesse, puisque étant d’une pesanteur spécifique plus considérable que l’eau dans laquelle ils sont immergés, ces animaux, si mous qu’il n’est pas probable qu’ils puissent se reposer sur un sol solide, ont besoin d’agir constamment pour se soutenir dans le fluide qu’ils habitent. Aussi sont-ils dans un mouvement continuel de systole et de diastole. Spallanzani qui les a observés avec soin dans leurs mouvements, dit que ceux de translation sont exécutés par le rapprochement des bords de l’ombrelle de manière à ce que son diamètre diminue d'une manière sensible : par là une certaine quantité d’eau contenue dans le corps est chassée avec plusou moins de force et le corps est projeté en sens inverse; revenu par la cessation de la force musculaire à son premier état de développement, il se contracte de nouveau et fait un pas. Si le corps est perpendiculaire à l’horizon , cette succession de contractions et de dilatations le fait monter ; s’il est plus ou moins oblique , il avance plus ou moins horizontalement. Pour descendre , il suffit à l'animal de cesser ses mouvements; sa pesanteur seule l’entraîne. Jamais il ne se retourne, la convexité do l’ombrelle en bas. >

C’est par une série alternative de contractions et de dilatations de leur corps que les Méduses font de longs voyages à la surface des eaux. Ce double mouvement de contraction et d’amplification de leur charpente légère avait déjà été remarqué par les anciens, qui la comparaient aux mouvements de la poitrine de l’homme pendant la respiration. Aussi les anciens appellaient-ils les Méduses, Poumons marins.

Les Méduses habitent ordinairement la haute mer. Elles sont rarement solitaires. Le plus souvent elles voguent par bataillons considérables , sous les latitudes appropriées à leurs espèces. Pendant leur marche à la surface des eaux, elles dirigent en avant et un peu obliquement la partie convexe de leur corps, c’est-à-dire ïombrellr. Si un obstacle les arrête, si un ennemi vient à les toucher, l’oinbrellesc contracte, dimi-

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nue de volume, les tentacules se replient, et l’animal craintif descend dans les eaux profondes.

Les Méduses, avons-nous dit, constituent dans les mers arctiques un des principaux aliments des Baleines. Leurs troupes innombrables couvrent quelquefois plusieurs lieues carrées d'étendue. Elles se montrent et disparaissent parfois dans le même pays, à des époques déterminées, alternatives, qui dépendent sans doute des vents et des courants réglés qui les emportent ou les ramènent.

« Les barques qui traversent l'étang de Thau rencontrent, à certaines époques de l’année , dit Frédol , des colonies nombreuses d’une espèce de la taille d’un petit melon , presque transparente , blanchâtre comme de l’eau troublée par un nuage d’anisette. On serait tenté de prendre ces animaux pour une collection flottante de bonnets grecs de mousseline '. »

Les Méduses sont pourvues d’une bouche, située habituellement au milieu du pédicule. Cette bouche est rarement oisive. De petits mollusques, de jeunes crustacés, des vers, forment leur nourriture ordinaire. Malgré leur petite taille, elles sont très-voraces. Elles happent leur proie tout d’une venue, sans la diviser. Si la proie résiste et se débat, la Méduse, qui l’a saisie par une partie du corps, tient bon, et sans faire elle-même un seul mouvement, attend que la fatigue ait épuisé et tué sa victime, qu’elle peut alors avaler en toute sécurité.

Sous le rapport de la grosseur les Méduses varient beaucoup. Il en est de très-petites, tandis que d’autres atteignent jusqu’à plus d'un mètre de diamètre. Plusieurs espèces sont phosphorescentes pendant la nuit.

La plupart des Méduses provoquent une douleur très-vive, lorsqu’elles viennent à toucher le corps de l’homme. La sensation douloureuse qu’elles font éprouver par le contact est tellement générale dans ce groupe d’animaux, que ce caractère a longtemps présidé à leur dénomination. Jusqu’à ces derniers temps, en effet, ona désigné, avec Cuvier, tous les animaux du

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