‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 100 sur 152 · L VUE III · texte numérisé non relu

L VUE III

Aussi est-il difficile de découvrir l’idée générale, la philosophie particulière de l’éducation et de l’enseignement.

Ce que l'on y voit dominer c’est l’individu, et l’isolement de cet individu. L’enseignement du maître, le travail de l’élève sont individuels. Aussi, les résultats ordinaires de l’éducation procèdent-ils ici, moins d’elle-même, que du caractère de chacun. Ajoutons que les relations sociales, que l’éducation a partout pour mission de régler, sont dominées en même temps que par l’individualisme, par le sentiment du droit. C’est ce qui contribue le plus vivement à perpétuer, dans la société américaine, la marche vers l’absolu démocratique.

Le sentiment du droit peut rendre les hommes courtois et policés, il est insuffisant à produire cet effet sur les adolescents. Aussi, pendant que l’homme des champs luimême, soit que la vie pastorale l’ait tenu en dehors des travaux rudes, soit que l’hérédité lui ait profondément imprimé l’usage des anciennes formules de politesse castillane, évite avec soin tout ce qui, dans une attitude négligée, un laisseraller de langage, pourrait le faire juger avec défaveur par ceux qu’il tient pour ses supérieurs, par contre, le dédain des convenances se remarque-t-il trop souvent chez les tout jeunes gens des villes.

Entrés trop tôt dans le mouvement général de la vie, indépendants et sans retenue, ils exagèrent les habitudes remuantes des peuples démocratiques et la présomption trop fréquente chez les peuples jeunes. Pourquoi? Pour cette raison qu’aucune discipline n’existe dans la famille, pas davantage au collège, et que l’autorité paternelle n’a préparé, par aucune sévérité, l’enfant à supporter celle moins douce du maître.

Jeunes gens de dix ans, électeurs de dix-huit, tous sont dévorés de cette soif d’être soi, maladie endémique, qui pousse les enfants à repousser fièrement l’aide d’un plus fort, les

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