‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 101 sur 152 · CHAP. III. — LA JEUNESSE ET L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

CHAP. III. — LA JEUNESSE ET L'ÉDUCATION

adolescents à se dégager de la famille, des leçons qu’on y reçoit, même de l’appui que peut fournir la situation sociale ou la fortune du père. Se laisser guider, instruire, diriger, ce serait sacrifier son indépendance et sa dignité personnelle; il n’y a pas un gamin de dix ans qui le souffre. Ce sentiment très américain est dans l’air. Dans les familles du pays personne ne songe à s’en étonner ni à le combattre ; il surprend dans les familles, où le fils, créole, né de père étranger, semble, tout enfant, capable d’apprendre à son père la science de la vie, quelquefois si dure à rapprendre pour celui qui s'est transplanté dans ce pays nouveau.

Il nous souvient qu’un jour, dans une excursion, un accident de voiture survint à un étranger, déjà depuis longtemps dans le pays, où ses lils étaient nés; les chevaux étaient attelés à la mode indigène et l’étranger se débrouillait mal au milieu des harnais, si simples, qu’ils étaient pour lui compliqués à l’excès. Son fils, âgé de dix ans, né dans le pays, descendit de voiture, coupa, rogna, fit des nœuds magiques, remit tout en place. Rentré au logis et s’adressant à sa mère, il lui disait, le plus naturellement du inonde, sans orgueil, sans forfanterie :

— Ah ! maman, si je n’avais pas été là, je ne sais pas comment papa s’en serait tiré !

Et c’était vrai. Cette facilité à sortir des embarras, à trouver des ressources, en soi, dans les circonstances difficiles, à se tirer d’affaire, en pleine pampa, seul, à pied, d’instinct chez le jeune Américain, surprendra toujours un vieil Européen, mûri, expérimenté, mais mal préparé pour 1 isolement.

Les pères, cependant, ont le tort de se laisser aller à admirer les premières manifestations de l’individualisme précoce des enfants; ceux-ci prennent l’habitude d’occuper une

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