‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 102 sur 152 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

grande place dans la vie de famille et très vite dans la vie publique.

Les assemblées législatives, les ministères, les tribunaux, sont envahis par des députés, des ministres, des juges ou des avocats imberbes, arrivés là, sans préparation, par leur turbulence, frais émoulus de l’école buissonnière où ils ont trop souvent fait toutes leurs classes.

Ces hommes publics seront usés vite, naturellement, par les erreurs de leur inexpérience; mais le temps leur manquera pour les réparer; leurs années d’essai sont à peine écoulées qu’il leur faut céder la place à l’inexpérience, plus impatiente encore, de successeurs qui ont fait leurs dents.

La politique n’y gagne ni en dignité, ni en science. L’activité juvénile, qui l’anime trop, lui est fatale. Elle lasse vite même ceux qui y sont entrés avec le plus d’ardeur, en même temps qu’elle est désertée par ceux qui ont voulu s’en faire un marchepied et ont vu le plus souvent l’échelon se briser sous eux.

Les hommes mûrs, riches ou sages, s'en éloignent et se retirent dans le silence de la vie privée, dédaignés par les générations de collégiens qui se disputent les postes; ceuxmêmes de Gouverneurs de Provinces el de Président de la République deviendront la proie de la jeunesse : un des derniers présidents avait quarante ans, son successeur trente-cinq, il ne saurait en avoir moins de trente ; on modiliera, s’il le faut, la Constitution, comme ailleurs on a baissé le minimum de taille pour les soldats.

Dans la société, il en va tout de même. La rue, les salons sont envahis par cette jeunesse, pour qui l’homme de trente ans est déjà d’une époque préhistorique.

Leur nombre est une des causes de cet encombrement. Il est naturellement beaucoup plus considérable que celui des adultes et des hommes mûrs, il n’y a qu’un père pour six, huit, dix jeunes gens ses fils, et la société, aillant que la famille, est

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