‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 107 sur 152 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

l'alphabet introuvable. C’est bien clans la pampa cpie le proverbe campagnard est vrai : « Quand on n a de rien, on s'en passe! » On s’y passe de tout: l'école se passe de chaises, de bancs et de tables, l’instituteur improvisé se passe de science elles élèves de chaussures, leurs chevaux, attachés en groupe serré devant la porte, se passent de brides, de selles, d’abri et de nourriture; et tout ce monde, cependant, ces jeunes gardeurs de moutons, finissent par apprendre à lire, sinon à cette première épreuve, du moins à une autre; plus tard, devenus de riches pasteurs, peut-être même de hauts fonctionnaires, ils raconteront, soyez-en sûrs, leurs souvenirs d’école.

De longtemps, dans la pampa, avant et après la loi de 1874, qui a, platoniquement, déclaré qu'à l’avenir l’enseignement primaire serait obligatoire, gratuit, gradué et hygiénique, le programme est rempli de cette façon. Il n’en peut être autrement. Si, de loin en loin, il ne passait, par hasard, quelque alcoolisé, ayant encore une lueur de bon sens, avant d’arriver aux limites extrêmes du delirium tremens , la loi resterait lettre morte, en dehors des villes et des villages, dont le nombre est fort restreint.

Dans ceux-ci, l’école a, un peu, meilleur aspect. C’est toujours, devant la porte, le même entassement de chevaux faméliques, attendant patiemment la fin de leur station quotidienne et reprenant, pour les remmener au logis, éloigné quelquefois de deux ou trois lieues, les fillettes ou les bambins, que chacun a déposés, par couples, par trios, quelquefois, par quatuor, comme le cheval légendaire de la famille Aymon.

Il y a quelques années, les classes étaient toutes pauvres, elles tendent aujourd’hui à s’installer, toutes à la fois, sur un

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