‹ La vie et les mœurs à la Plata (volume 2)Chapitre 11 sur 152 · CÏIAP. 1. -FLEUVES ET RÉGIONS · texte numérisé non relu

CÏIAP. 1. -FLEUVES ET RÉGIONS

résolus à tout combattre, désarmés, devant cet ennemi imprévu, innombrable, barrière grouillante et hérissée que l’on considéra longtemps comme infranchissable.

Plus de trois siècles se sont écoulés, des milliers de navires ont parcouru ces grands fleuves, le mouvement est continuel dans le delta, devenu jardin d’une fertilité rare ; des embarcations de tout genre le sillonnent, troncs d’arbres creusés, yoles élégantes, caravelles ou steamers d’outre-mer. L’homme a transformé toute la région inférieure, laissant seulement aux îles, en amont, l’aspect sauvage qu’elles avaient à la première heure; de grands taillis d’arbres, dont fort peu ont plus de vingt ans, soumis qu’ils sont à une exploitation impatiente, bordent les îles et dénoncent la fertilité du sol, toujours arrosé, et les efforts de l’homme à qui sait que ces saules, ces peupliers, ces pêchers, ces orangers ne sont pas indigènes, et que l'Européen les a semés là. De loin en loin ils abritent une pauvre cahute sur pilotis, où, si vous entrez, vous trouvez un Européen, aussi loin du monde sur son île, chaque jour battue par le remous de quelque vapeur, que l’était le sauvage avant lui. Il y a là, pour les désespérés, poulies vaincus, pour les découragés un asile discret, domaine de la barbarie en plein centre civilisé. Les seuls compagnons de l’homme, dans ce désert fréquenté, sont restés ce qu’ils étaient au temps des premiers arrivants; ils continuent leur vie paisible et la succession inconsciente de leurs générations : la nature perpétue ses effets que la présence de l’homme n’a pas modifiés.

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